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Société

La prison : « Zone de Non-droit » ?

Violenté par les surveillants, un détenu est laissé nu dans une cellule à l’isolement

Un détenu dénonce des humiliations et des violences dans le centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville commis par des surveillants.

David W., 33 ans, a été écroué pour trafic de stupéfiant. Depuis quelques semaines, il a été transféré dans la prison de Mulhouse suite à sa demande d’intégrer un établissement correspondant à sa peine. Cette demande intervient à la suite de son agression par des détenus et des surveillants de la prison de Nancy. Pour sa mère, « ce n’était pas un transfert de confort mais bien une demande vitale ».

Il était racketté et menacé par d’autres détenus et avait été placé à l’isolement à sa demande pour sa propre protection. Mais, loin de la sécurité qu’était censée lui apporter cette mesure, et au-delà de la détresse dans laquelle sont fréquemment plongés les détenus isolés, il a été humilié et victime de violences par les surveillants de la prison. Son avocat a constaté lui-même les blessures, ainsi que sa compagne, qui lui a rendu visite le dimanche 21 mai. Suite à la visite au parloir, les violences ont continué et les surveillants l’ont mis complètement nu en isolement durant plus de huit heures.

Il a demandé plusieurs fois à voir un médecin, ce qui lui aurait été refusé, et a dû s’auto-mutiler pour être enfin pris en charge. Il a pu faire reconnaître ses blessures, qui lui valent deux jours d’ITT. Il a, avec son avocat, décidé de porter plainte « pour violence par personne ayant autorité ».

Prisons : « zones de non-droit » ?

Les prisons françaises sont les plus peuplées d’Europe, avec un nombre de détenus par chambre qui dépasse la moyenne, ainsi qu’un délabrement croissant des locaux, qui sont trop souvent vêtustes et mal construits. En 2016, la contrôleure générale des lieux de privation de libertés rendait un rapport qui faisait état d’un « recul important des droits fondamentaux » : « Les droits à la santé, au travail, au maintien des liens familiaux, à l’expression collective ne sont pas respectés, alors qu’ils constituent le fondement même d’un projet de réinsertion ».

La mère du détenu explique : « il y a beaucoup de souffrance dans cette prison de Nancy comme nulle part ailleurs où mon fils a été écroué… Beaucoup ne peuvent ou n’osent pas briser la loi du silence par peur de représailles. Moi, j’assume. Au nom de mon fils et de tous les autres détenus violentés derrière les barreaux ! »

Cette affaire, loin d’être un cas isolé, intervient dans un contexte où, depuis quelques années, sous couvert de lutte anti-terrorisme, de nombreuses lois répressives sont promulguées, et que la privation de libertés s’intensifie considérablement, à l’intérieur comme à l’extérieur des centres pénitenciers. Par ailleurs, en France, nombre de détenus effectuant de courtes peines pour des petits délits se trouvent incarcérés aux côtés de personnes réellement violentes et dangereuses, auxquelles on n’accorde aucun soin psychologique ou psychiatrique. Et les matons reproduisent à l’intérieur des prisons, sur les détenus les plus faibles, les mécanismes d’oppressions qui structurent notre société, mais avec une impunité et une amplitude incomparables.

L’avocat de David W. précise : « Même s’il y a des caméras de surveillance en prison, je crains que cette plainte déposée pour « violences volontaires par personnes ayant autorité » aboutisse malheureusement à un classement sans suite ».

Ainsi, l’histoire de David W. est la parfaite illustration d’un État policier qui réprime dans les quartiers mais aussi dans les prisons, couvert par une justice de classe qui, loin de favoriser les aménagements de peine et la réinsertion, isole et torture des milliers de détenus.




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