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Monde

Visca Catalunya Lliure i Socialista !

En Catalogne, c’est la République qui a été proclamée !

70 voix pour, 10 contre et 2 bulletins blancs. La proposition de texte de loi de déclaration d’une République indépendante mise à l’ordre du jour pour la séance plénière du Parlement catalan, ce vendredi, par la coalition Junts pel Sí et la CUP vient d’être adoptée. Parallèlement, à Madrid, le Sénat a mis les menaces de Rajoy à exécution. La mise sous tutelle de la Catalogne, adoptée plus tôt, pourrait entrer en vigueur dès ce soir.

Deux textes diamétralement opposés

C’est donc en absence des députés du bloc espagnoliste du Parti Populaire, de Ciudadanos et du Parti Socialiste Catalan, qui ont quitté l’hémicycle en signe de protestation, que le « Parlament » a voté, en séance plénière, la sécession du reste de l’Etat espagnol. Le texte était soutenu par la coalition Junts pel Sí, qui regroupe le PDECat, le parti de centre-droit catalaniste de Carles Puigdemont, et l’ERC, la Gauche Républicaine Catalane du n°2 de la Généralité, Oriol Junqueras, ainsi que par la CUP, la gauche radicale indépendantiste. Le texte a donc recueilli 70 voix pour, 10 contre et 2 bulletins blancs.

Parallèlement, sur demande de Mariano Rajoy, le chef de l’exécutif, le Sénat madrilène a voté avec le soutien de Ciudadanos et des Socialistes, la mise en application de l’article 155 de la Constitution de 1978. Ce texte permet la mise sous tutelle de la Généralité qui faisait office, jusqu’à présent, d’autorité régionale autonome de Catalogne.

Rajoy, qui réclamait déjà la tête de l’exécutif catalan qui a organisé le référendum, illégal selon Madrid, du 1er octobre dernier, a fait savoir que la mise en application de l’article 155 de la Constitution espagnoliste impliquait, désormais, la dissolution du Parlement catalan et l’organisation, par Madrid, d’élections anticipées d’ici à six mois. A la suite de la séance parlementaire, le chef de l’exécutif espagnol a demandé aux « Espagnols de garder le calme. L’Etat de Droit saura restaurer la légalité en Catalogne ». Il a également réitéré sa demande de destitution de la totalité de la Généralité, à savoir Puigdemont, Junqueras et l’ensemble de leurs ministres.

Visca Catalunya !

Le texte présenté par Junts pel Sí et par la CUP, ce matin, est centré sur la constitution de la « République catalane, état indépendant et souverain, de droit, démocratique et social ». Le texte réclame également l’ouverture de négociations vis-à-vis de l’Etat espagnol, de façon à discuter des modalités de la sécession. Néanmoins, ce texte constituant évoque une égalité entre les deux entités souveraines et l’ouverture de discussions sans aucune condition préalable. Après avoir proclamé les résultats du vote, qui s’est tenu à bulletin secret, les député-e-s indépendantistes ont entonné l’hymne national catalan, « Els Segador », et ont lancé des « Visca Catalunya lliura ! », « Vive la Catalogne libre ».

A l’extérieur du Parlement catalan, dans les rues de Barcelone et des grandes villes du pays, les scènes de joie et les manifestations spontanées se poursuivent. Des dizaines de milliers de personnes sont en train de célébrer, en ce moment-même, la rupture avec Madrid. « Hem votat, hem guanyat i hem proclamat ! » (« nous avons voté, nous avons gagné et nous avons proclamé [la République] ! »), scandent dans les rues les manifestants. C’est sans compter, pour l’instant, les réactions dans le camp des opposants à l’indépendance.

L’Ibex dévisse

La réaction du grand capital espagnol et catalan ne s’est pas fait attendre. Le cours des grandes banques catalanes, qui avaient déjà annoncé le déménagement de leurs sièges sociaux, a dévissé dans la matinée. Ce sont près de 1700 entreprises catalanes qui ont annoncé le transfert de leur siège social à une autre région de l’Etat espagnol et, à la suite d’une réforme parlementaire votée à la hâte permettant à une entreprise de déplacer son siège sans consulter ses actionnaires, on estime qu’une entreprise catalane déménage toutes les quinze minutes, depuis avant-hier. L’Ibex35, le CAC 40 espagnol, continue à chuter depuis ce matin. Certains analystes évoquent une suspension des cotations par les autorités boursières espagnoles, pour éviter tout mouvement spéculatif. Sur le reste des places de l’UE, la situation est tendue.

L’UE inquiète

La préoccupation est grande, en effet, au niveau européen, du côté des partenaires impérialistes de Madrid. La commission, de même que Paris et Berlin, avaient fait savoir, dès le 1er octore, qu’ils ne reconnaîtraient pas l’indépendance de la Catalogne. C’est la position qu’a réitéré le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui a néanmoins demandé à Madrid de ne pas avoir « recours à la force », par crainte que la situation ne précipite encore un peu plus et ne se radicalise. « J’espère que l’Espagne aura recours à la force des arguments, et pas à des arguments de force », a souligné Tusk, en conférence de presse.

La foule grossit à Barcelone

A Barcelone, le rassemblement qui se tient depuis le milieu de la matinée, au Parc de la Citadelle, en soutien au « Parlament », contre l’article 155 et le coup de force madrilène ne cesse de grossir. C’est l’Assemblée Nationale Catalane et Òmnium, dont les leaders Jordi Sánchez et Jordi Cuixart sont derrière les barreaux, accusés de sédition par Madrid, qui appelaient au rassemblement, rejoints par l’ensemble de la gauche radicale et de l’extrême gauche de Catalogne. L’avenue Picasso et les rues Pujades et Wellington, adjacentes au Parc, sont, en milieu d’après-midi, noires de monde.

En l’absence de gardes civiles et de policiers espagnolistes, ce sont des groupes de pompiers et de gardes forestiers catalans qui ont pris position, bloquant l’accès de la Citadelle, par la rue Marquès de Argentera, après avoir déployé des banderoles en faveur de l’indépendance. Les manifestants ont déployés leurs drapeaux républicains. « Ni un pas enrere ! » (« Pas un pas en arrière ! », c’est le slogan qui est repris depuis que le résultat du vote a été officialisé.

Les camarades de LaIzquierdaDiario suivent, en live, la situation en Catalogne et dans l’Etat espagnol.




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