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Politique

« Make France Great Again »

Visite aux Etats-Unis : Macron travaille sa posture de chef d’état international

Emmanuel Macron est en visite diplomatique aux Etats-Unis pour trois jours. Le président jupitérien, mis en difficulté par la contestation de ses réformes, et notamment la grève des cheminots face à son projet de casse du rail, tente de renforcer sa stature internationale.

« Je suis là pour rendre à la France sa grandeur (make France great again, NDLR), comme dirait quelqu’un que je connais bien » : dès son arrivée, lors d’une interview – en anglais - à la très réactionnaire chaîne américaine, Fox News, Emmanuel Macron a donné le ton de sa visite. Et d’évoquer les contre-réformes en cours et la contestation qu’elle suscite : « Mon programme de réformes vise à moderniser le pays (…) et nous poursuivrons ce programme de modernisation jusqu’à la fin. Je veux que ce pays soit à la fois plus fort et complètement adapté aux nouveaux défis, comme l’économie digitale et verte. »

Alors que le gouvernement fait face à sa première contestation d’ampleur, notamment sur les fronts étudiants et cheminots, le message adressé aux grévistes par Emmanuel Macron est clair : tenter de légitimer ses contre-réformes en mobilisant la concurrence internationale entre les capitalistes à l’échelle internationale mais aussi consolider son image d’homme fort, passablement écorné par les éléments de mobilisation actuels qui montrent que celui-ci n’est pas aussi invincible qu’il cherche à le montrer.

La rencontre avec Donald Trump, première du genre depuis l’élection du président américain, est une occasion rêvée pour cela. Cette visite qui laisse cependant sceptique les observateurs internationaux : il y a peu de chances pour que les lignes bougent sur les dossiers iraniens, syriens et russes à l’ordre du jour. Elle est cependant l’occasion de mettre en scène l’idylle entre les deux présidents, quelques dizaines de jours seulement après avoir organisé l’agression impérialiste commune de la Syrie. Cette rencontre est aussi l’occasion de corriger le tir après le couac d’Emmanuel Macron, qui avait tenté de s’attribuer la paternité de l’attaque en Syrie... avant d’être démenti par les autorités américaines.

Cette erreur de communication montre les limites actuelles du gouvernement Macron, dont le volontarisme affiché le pousse parfois à aller trop loin. Le voyage de courtoisie de Macron vise aussi à rassurer les capitalistes internationaux sur ses faiblesses, notamment dans sa capacité à conduire ses contre-réformes. Interrogé sur des éventuels reculs, celui-ci s’est montré inflexible, dans un discours quelque peu différent de ses dernières interventions : « Aucune chance. J’ai dit aux Français avant l’élection que je voulais traiter les racines profondes de nos problèmes. Cela prendra parfois du temps. Nous allons devoir prendre des décisions audacieuses, mais nous devons régler la situation en profondeur. »

Mardi, le programme présidentiel est chargé : plantation d’un chêne pour « sceller l’amitié » des deux présidents, puis allocution du président français devant le congrès du Capitole puis devant les étudiants de l’université Georges Washington. Avec un bénéfice pour Macron : celui-ci ne risquera de se faire interpeller par une foule en colère comme cela semble être devenu une habitude lorsqu’il se déplace en France ces derniers temps… et qui ne manqueront pas de refleurir avec le printemps social qui se prépare.




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