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Visites aux colonies : Macron va fêter Noël avec les soldats stationnés au Niger

C’est une vieille « tradition » élyséenne : aller fêter Noël à l’étranger, auprès des soldats en opération extérieure. Cette année, Emmanuel Macron a choisi le Niger et les soldats de l’opération Barkhane. Une occasion pour passer voir le président du pays, fidèle allié du gouvernement français.

Crédits photos : Reuters

Macron rend visite aux soldats qui surveillent le continent africain

Tel un bon garde-chiourme, le soldat français surveille le pré-carré africain depuis maintenant deux siècles. Emmanuel Macron, qui aime rappeler qu’il est avant tout le « chef des armées », est loin de vouloir subvertir cela, même s’il aimerait que les territoires sous domination française coûtent un peu moins à l’État et que d’autres mettent la main à la poche pour surveiller le Sahel et tout ce qui était autrefois l’Afrique Orientale Française (AOF). Comme chaque année, le président de la République va donc fêter auprès des soldats en « opération extérieure » (c’est à dire en présence permanente), les fêtes de Noël. Cette année, c’est le Niger, et les soldats basés à Niamey, la capitale, qui recevront le chef de l’État : fidèle allié de la France. Cette dernière dispose de plusieurs bases sur le pays, ainsi que qu’une base aérienne où avions de chasse et drones Reapers sont basés. Cette visite intervient un semaine après les nouvelles avancées dans la constitution d’un G5 Sahel, grâce aux financements des pays du Golfe, dans un contexte où la France cherche à obtenir plus de moyens pour préserver ses intérêts stratégiques en Afrique. Dans ce pays qui est l’un des plus pauvres du monde, les bandes islamistes menacent au Nord-Ouest, à la frontière malienne, tandis que Boko Haram sévit au Sud-Est du pays, à la frontière entre le Tchad et le Nigéria.

Le Niger, un allié historique pour lutter contre les terroristes et … enfermer les migrants

Après avoir renversé le président Mamadou Tandja en 2011, qui voulait exercer un troisième mandat, l’armée avait « redonné le pouvoir » aux civils, Mahamadou Issoufou avait été élu président de la République. Depuis, il est un des meilleurs amis de la France, près à signer toutes les propositions hexagonales. Son implication dans le G5 Sahel, destinée officiellement à réduire les résistances djihadistes, était éloquente. Son implication dans les politiques migratoires l’est aussi : contre de larges financements européens, le Niger est devenu un des pays où la lutte contre les migrants est la plus importante. La présidence a même proposé à l’Elysée d’installer sur son territoire, comme devrait le faire la Libye, des « hotspots » destinés à gérer l’afflux migratoire en Europe. C’est donc tout naturellement que Macron décrit le pays comme « un modèle » du point de vue migratoire.

Une domination française acceptée de plus en plus difficilement

Evidemment, l’engagement de la France au Niger ne se base pas sur la défense des droits de l’homme ou sur les beaux yeux du président : il s’agit avant tout de défendre les gigantesques mines d’uranium qui sont majoritairement exploitées par Areva via des sociétés mixtes (la SOMAÏR pour les gisements d’Akouta et la COMINAK pour les gisements d’Arlit) avec l’État nigérien. Ce sont ces exploitations qu’il s’agit avant tout de défendre, et c’est ce que dénoncent de plus en plus de nigériens. Ce samedi, de nombreuses associations organisent une marche suivie d’un meeting pour dénoncer l’impérialisme français, caractérisé par « un bradage des ressources naturelles du pays [nigérien] ainsi que sa souveraineté ». La présence française exaspère de plus en plus, d’autant que les actes terroristes ne sont pas en baisse. La petite phrase de Macron sur la natalité des pays africains avait aussi déclenché l’ire des militants nigérien, d’autant plus que le Niger a une natalité de 7,6 enfants par femme.




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