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Politique

Affaire du Quai de Valmy

Voiture de police brûlée. Le procès des camarades commence aujourd’hui

Dans la droite ligne des ordres donnés, au printemps 2016, par Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, qui voulaient des exemples, le procès de « l’affaire de la voiture de police brûlée du Quai de Valmy » s’ouvre aujourd’hui, au TGI de Paris, avec neuf camarades à la barre des accusés. Sous Macron, la « justice » procède au pas cadencé.

Des images montées en épingles

Le rappel du déroulé des événements n’est plus à faire : le 18 mai 2016, en plein mouvement contre la Loi Travail, alors que les « syndicats » d’extrême droite de la police appellent à manifester, Place de la République, contre « la haine anti-flics » avec le soutien de Marion Maréchal Le Pen, un contre-rassemblement, convoqué par « Urgence, notre police assassine ! », est interdit. Sur place, les contre-manifestants sont dispersés violemment et partent en manifestation non-autorisée.

Quai de Valmy, alors que le petit cortège croise un véhicule de police, les vitres volent en éclat et les deux agents à l’intérieur sont pris à parti. Ils parviennent à s’extraire de l’habitacle alors que le véhicule commence à prendre feu, en raison d’un fumigène qui a été lancé à l’intérieur. Les images du véhicule en feu, après que le cortège spontané a quitté les lieux et que les policiers sont loin, font la une des médias, donnant naissance à « l’affaire de la voiture de police brûlée », montée en épingle à partir de quelques clichés, opération d’enfumage en pleine mobilisation contre la Loi Travail. On est bien loin de « l’opération planifiée de guérilla urbaine » dénoncée par les grands médias et relayés par les socialistes au pouvoir.

Machination

Moins de 24h après cet événement, ce sont néanmoins quatre camarades, appartenant à l’antifascisme militants, déjà ciblés par la police, qui sont interpelés… sur la base du témoignage sous X d’un flic et de « notes blanches » du renseignement de la Préfecture de Police de Paris (DRPP). Sous état d’urgence, plus qu’en temps normal, la police interpelle des « coupables », tout désignés, pour rassembler par la suite des preuves… qui n’existent pas. Cela n’empêchera pas deux des quatre camarades, les frères Bernanos, de faire de la prison, alors que le dossier est vide. Quatre autres camarades seront interpellés par la suite.

Parmi les chefs d’inculpation les plus graves qui pèsent sur certains des neuf prévenus convoqués à partir d’aujourd’hui, mardi 19 septembre, ceux de « tentative d’homicide » ont étaient requalifiés en « violences volontaires ». Les juges ont été incapables de suivre le parquet qui, sur ordre du gouvernement, voulait casser du militant, au nom du fait que l’on s’en serait pris à la police.

Qui est coupable ?

Et quand bien même certains des camarades qui passent en jugement auraient reconnu leur participation aux faits qui en aucun cas ne seraient assimilables à une tentative de meurtre sur policiers, ce procès est surtout la mise en scène de l’hypocrisie d’un Etat adepte du matraquage, au sens propre comme au sens figuré. Comme nous le disions, il y a un an et demi, dans notre couverture de la journée du 18 mai, le principal responsable de ce qu’il s’est passé, Quai de Valmy, c’est avant tout le gouvernement, qui a autorisé la manifestation de la police ; une manifestation qui était, objectivement, une provocation en bonne et due forme pour chercher l’incident, pour flirter sciemment avec le dérapage, une façon d’incriminer a posteriori « une frange violente de manifestants ». A l’époque, à la mi-mai 2016, après plus d’un millier d’interpellations, des centaines de gardes-à-vue, plusieurs dizaines d’interdictions administratives de manifester, des dizaines de blessés graves et un œil crevé, les violences auraient été le fait des manifestants ? Un comble.

Combien de flics, auteurs de « violences volontaires sur manifestants par personnes dépositaire de l’ordre public » ou « de harcèlement systématique suivi de violences contre les jeunes dans les quartiers », des chefs d’inculpation bien entendu inexistants, sont passés en procès, ces derniers mois ? Aucun. Ils coulent des jours paisibles dans les fourgons de CRS, en attendant de réprimer la prochaine manif ou le prochain coup de sang.

Relaxe !

C’est bien pour tout cela qu’à l’instar de l’ensemble des camarades qui ont été interpellés, déférés, jugés ou en passe de l’être, pour leur participation à des actions contre la Loi Travail, et pour qui nous continuons à exiger l’amnistie ou l’arrêt des poursuites, c’est la même logique qui doit prévaloir lors de ce jugement des « neufs de l’affaire du Quai de Valmy », dont trois sont, aujourd’hui, incarcérés.

A l’appel de nombreuses personnalités, dont Danielle Obono, députée de la France Insoumise, d’Olivier Besancenot, porte-parole du NPA, de syndicats, d’organisation et de collectifs, un rassemblement de soutien est organisé devant le Palais de Justice de Paris, tous les jours, à partir de 13h, entre mardi et vendredi, avec un rassemblement le 19 septembre, à 19h. Nous y serons nombreux-euses à exiger la relaxe pure et simple des camarades !

[Crédit photo : Cyrielle Sicard-AFP]




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