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Notre classe

Les ouvriers votent FN ?

Vote FN : dans les syndicats ouvriers, le vote frontiste recule

Le mouvement syndical ne ferait plus rempart au vote FN. Pourtant, loin de la petite musique des médias dominants, les résultats du 1er tour des présidentielles 2017 révèlent une facette différente d’une réalité politique complexe. Si le premier tour laisse maintenant le « choix » entre la peste et le choléra, il a aussi été le canal d’expression de voix sur la gauche, en rupture avec le PS, et il semblerait que les syndicalistes, les salariés syndiqués ou « proches d’un syndicat », aient voté majoritairement pour cette voix là plutôt que celle, réactionnaire, du FN.

Dans un article de Challenges, média patronal par excellence, en septembre 2016, on peut lire une analyse courante dans la presse dominante : le FN serait le premier parti chez les ouvriers. Les ouvriers votent frontiste et le mouvement syndical serait gangréné par les idées xénophobes, réactionnaires et d’extrême droite de Marine Le Pen. Ainsi, selon le journaliste, « il s’éloigne le temps où la gauche était le parti le plus plébiscité par les ouvriers et les employés, le temps où l’affiliation syndicale constituait encore un rempart au vote frontiste. »

Pourtant, les faits viennent contredire cette propagande distillée à longueur de journée qui tend à nous faire intégrer que les ouvriers seraient tous des réactionnaires racistes et que la classe ouvrière par ailleurs n’existe plus. Le FN implanté dans la classe ouvrière ? Le mouvement syndical ne fait plus rempart au FN ? Qu’en est-il ?

Selon l’enquête d’Harris Interactive publiée dans Liaisons sociales, ce sont seulement 13% des votants qui se déclarent « proches d’un syndicat » qui ont voté pour Marine Le Pen au 1er tour, un score bien en-dessous de sa moyenne nationale (21%). Moins qu’en 2012, où le vote frontiste atteignait 20% chez les « proches d’un syndicat ». Les conclusions sont donc toute autre que celles du journal Challenges : le syndicalisme résiste aux idées du front national. Plus encore, le mythe selon lequel les ouvriers votent majoritairement FN est à déconstruire. S’il est juste de dire que plus de la moitié de l’électorat FN se recrute dans les classes populaires (ouvriers, employés et retraités ex-ouvriers ou employés), c’est moins d’un ouvrier sur sept qui a voté pour le FN si l’on tient compte des abstentionnistes et des non-inscrits (en effet, de très nombreux ouvriers peuvent ne pas avoir la nationalité française ; ils n’en sont pas moins ouvriers). C’est l’abstention qui sort grande gagnante chez les ouvriers et les classes populaires, ne nous y trompons pas.

A y regarder de plus près, les résultats du 1er tour des présidentielles 2017 révèlent que les adhérents et sympathisants de la CGT ont voté majoritairement pour Jean-Luc Mélenchon et près d’un cédétiste sur deux a voté en faveur d’Emmanuel Macron, bien loin du vote front national donc. Maintenant, comparons avec 2012 où les sympathisants d’un syndicat avaient voté pour François Hollande à 34 %, Jean-Luc Mélenchon n’arrivant qu’en troisième position (17%) derrière Marine Le Pen (20 %). En 2017, on constate donc un recul du vote FN à la CGT et la CFDT : Macron et Mélenchon arrivent à égalité (respectivement 28 % et 27%), loin devant Fillon, arrivant au même niveau que Le Pen, et Hamon (11%). Comment cela s’explique-t-il ? Les élections présidentielles 2017 –aucun candidat ne peut fermer les yeux là dessus– arrivent quelques mois après l’une des plus grandes mobilisations de ces dernières années : la lutte contre la loi travail, et son « monde » du printemps 2016. Une lutte contre le passage de la loi travail, rejetée par plus de 70% de la population, avec l’irruption d’une politisation à gauche, radicale et anti-capitaliste dans toute une avant garde ouvrière et étudiante.

Alors, quelques mois plus tard, cette radicalisation sur la gauche s’est exprimée tout au long de la campagne présidentielle. On a assisté et assistons encore au discrédit de la classe politique mouillée dans des affaires de corruption, à la colère contre les programmes libéraux des candidats, au rejet des partis « traditionnels » et à l’attrait pour les mouvements –soit disant– anti-systèmes. Les résultats obtenus par le mouvement de la France insoumise et de Mélenchon, ainsi que par les candidats de l’extrême gauche, ne doivent pas être éclipsés par l’accession au second tour de Macron et de Le Pen dont les projets incarnent tout deux ce qu’il y a de pire pour les travailleurs, les salariés, les classes populaires et les jeunes.

Il est impossible de séparer le mouvement contre la loi travail du printemps 2016, dans lequel les travailleurs ont joué un rôle clé, du mouvement syndical et du vote à gauche aux présidentielles ; d’un vote clairement plutôt donné à Mélenchon, puis à Macron ou encore à Hamon, qu’à Le Pen.

Alors d’où viennent les 1,3 millions de voix que Marine Le Pen a gagné en cinq ans ? D’après la même enquête d’Harris interactive, c’est un quart des interviewés qui ne déclarent aucune proximité syndicale qui ont voté FN cette année. Autre donnée, même chez les syndicats où les votes vont toujours plus à droite, voire à l’extrême droite, le vote FN aussi a reculé : chez Force Ouvrière, 24% ont choisi la candidate FN et à l’Unsa, très implantée dans la police, le vote FN a aussi considérablement baissé, passant de 28 % en 2012 à 14 % en 2017.

La réalité est que dans le mouvement syndical, loin d’exploser, le vote lepéniste stagne voire recule dans les syndicats ouvriers comme la CGT. On note au passage que dans les organisations patronales c’est Fillon qui est arrivé en tête. Un constat très important à faire alors que nous nous retrouvons face à un second tour Macron-LePen, face à deux candidats bourgeois, avec deux projets certes différents mais défendant les intérêts des patrons, l’un ultralibéral, l’autre ultraréactionnaire et nationaliste. CFDT et CGT appellent désormais en vue du 1er mai à « faire barrage contre le FN ».

Les salariés, les ouvriers, comme en mai dernier, contre la loi travail, ont surtout montré que c’est en se mobilisant, en s’opposant aux politiques ultralibérales, en se mettant en grève, en refusant la division entre salariés pour leurs différences de statut, de couleur de peau, d’origine, d’orientation sexuelle, que nous faisons reculer les idées du front national. Parce que le FN n’est jamais du côté des travailleurs, parce qu’il n’était pas dans la rue aux côtés des jeunes et des salariés contre la loi travail. Rappelons nous les propos de Marine Le Pen sur les travailleurs en grève, en mai dernier, «  ces syndicalistes, ultimes adeptes d’une lutte des classes périmée  ». Ce que veut profondément le FN ? Détruire les droits syndicaux, supprimer le droit de grève. Les travailleurs et le mouvement syndicaliste, n’en déplaise au FN, lui résiste bel et bien encore.




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