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Politique

La pression monte

Voter « utile » Mélenchon ou voter Poutou pour préparer les combats de demain ?

Depuis que Jean-Luc Mélenchon monte dans les sondages et que la possibilité d’être présent au second tour de l’élection présidentielle devient réelle, la pression au « vote utile » se fait sentir sur les réseaux sociaux et sur le terrain, dans les discussions avec les travailleurs et les jeunes qui se demandent pour qui ils vont voter. Depuis quelques jours, on dirait que les soutiens de Jean-luc Mélenchon essayent de rendre responsables les deux candidats d’extrême gauche, et en particulier Philippe Poutou, au cas où le candidat de la France Insoumise ne passerait pas le premier tour.

D’abord, de nombreux journalistes ont critiqué la présence de Lutte ouvrière et du Nouveau parti anticapitaliste dans cette campagne présidentielle, expliquant que cela ne sert à rien de participer à la campagne pour faire 0,5%. Mais depuis la remontée dans les sondages de Philippe Poutou, suite à sa victoire sur les 11 candidats lors du débat sur BFM et CNews, certains militants de la France insoumise, qui voient en même temps leur candidat monter petit à petit dans les sondages, s’inquiètent de voir le candidat du NPA prendre les quelques points qui empêcheraient éventuellement Jean-Luc Mélenchon de passer au second tour. Comme si la candidature de Philippe Poutou, qui vise à défendre des idées anticapitalistes sans aucune illusion sur la possibilité d’accéder au trône présidentiel, n’était qu’une candidature de témoignage. Se désister pour que Mélenchon soit au second tour serait ainsi le choix de la raison de tout candidat qui se revendiquerait de « gauche ».

Ainsi, les militants d’extrême-gauche et les électeurs de Philippe Poutou ou de Nathalie Arthaud devront-ils se sentir responsables de quoi que ce soit ? Bien sûr que non !

Pour que l’anticapitalisme et la voix de la classe ouvrière soient présents à cette élection

La première chose que nous disons, c’est que oui, ceux qu’on appelle « les petits candidats », et à fortiori les candidats d’extrême gauche, ont le droit d’exister et de faire campagne comme tous les autres. Car après s’être battus pendant des mois pour obtenir les parrainages, parcourant des kilomètres pour aller chercher les signatures chez des maires freinés par les consignes de leurs partis, après s’être battus pour exister avec des temps de parole inéquitables et anti-démocratiques, le NPA atout à fait la légitimité de faire campagne.

De plus, il est clair que Philippe Poutou,et ce qu’il a à dire dans ces élections,dérange les classes dominantes, les médias et maintenant certains candidats, qui du coup apparaissent beaucoup plus au centre, voire à droite dans les projets qu’ils proposent. Nous l’avons vu très nettement lors du débat à 11, et cela peut apporter beaucoup d’interrogations sur le refus de la part de plusieurs candidats, dont Mélenchon, pour le débat du 20 avril sur France 2.

Alors oui, plus que jamais Philippe Poutou mérite d’être candidat et il mérite de faire le score le plus élevé possible, car c’est une manière d’envoyer un message aux patrons que oui, il y a des ouvriers qui sont pour les luttes sociales, pour cette lutte des classes, pour les mobilisations, comme nous avons fait pendant le printemps dernier contre la loi Travail.

C’est une candidature qui permet de dire que nous voulons imposer une mesure d’urgence comme l’interdiction des licenciements et l’augmentation des salaires,ou encore que nous voulons nous battre pour la baisse du temps de travail jusqu’à en finir avec le chômage, que l’on travaille moins pour travailler tous, que nous voulons aller chercher l’argent là où il se trouve, que nous voulons exproprier les capitalistes.Le vote Poutou, c’est également montrer que la population réfléchit et s’oppose à cette question du tout sécuritaire, au désarmement de la police, à la question des violences policières et des discriminations dans les quartiers populaires, ou encore à la stigmatisation des personnes musulmanes, notamment les femmes qui portent le voile.

Le vote Poutou, un vote de classe pour préparer les affrontements à venir

Les électeurs d’extrême gauche existent, les travailleurs existent, la classe ouvrière existe et nous avons le droit de voter par conviction et défendre une alternative d’indépendance politique de notre classe. Les ouvriers ont le droit de faire de la politique, nous n’avons pas besoin de politiciens professionnels pour décider et gouverner à notre place.

Mélenchon n’est pas notre ennemi, mais il n’est pas la solution à nos problèmes. Nos ennemis de classe sont les candidats des patrons, libéraux de tout poil et d’extrême droite, qui font le jeu des capitalistes. Nous avons des différences profondes avec le programme de la France insoumise et c’est pourquoi la candidature Poutou représente un vote qui prépare la mise en place d’un rapport de force, un vrai vote d’extrême gauche,un vote pour quelqu’un comme nous, un vote pour un travailleur, un vote de classe.

Nous voulons profiter de cette élection pour dire haut et fort que nous ne voulons pas des mesures édulcorées,qui sont marquées par le souverainisme. Comme si les classes dominantes allaient nous laisser récupérer pacifiquement une partie des acquis que la classe ouvrière a gagné de haute lutte ces trente dernières années par la simple volonté de Mélenchon, sans un rapport de force à construire.

Après avoir vu le gouvernement Hollande et les patrons nous imposer la loi Travail à coup de 49-3, il paraît évident que même pour obtenir quelques mesures élémentaires comme la retraite à 60 ans ou la réduction du temps de travail à 32 heures, il va falloir construire un énorme rapport de force et une mobilisation massive des travailleurs et de la jeunesse. Surtout qu’après la présidentielle se posera la question de la majorité parlementaire, étant donné que l’idée de la constituante, avant d’être mise en place, prendra énormément de temps,selon ce que déclare Mélenchon,et donc il faudra gouverner avec une majorité. Mais quelle majorité ?

Voter, et après ?

Voilà pourquoi il est primordial que l’extrême gauche anticapitaliste se distingue dans cette campagne, car nous voyons comment avec un discours offensif et décomplexé, Poutou a réussi à mettre en difficulté la fin de campagne de Le Pen, ou encore comment les débats sur la lutte des classes sont réapparus dans la campagne. Et, bien sûr, les travailleurs ont pu remarquer comment celle qui est souvent présentée comme la « candidate des ouvriers », à travers sa nièce et des déclarations de la part de certains représentants du Front national, a montré un mépris de classe vis-à-vis du seul candidat qui travaille à l’usine sur sa tenue vestimentaire ou encore sa coiffure, oubliant volontairement le sujet de fond qui est celui de l’immunité parlementaire et de l’arnaque des fonds publiques,ou, autrement dit,comment ils profitent des lois du système pour se protéger et continuer à nous voler.

Voilà un certain nombre d’arguments qui montrent à quel point le vote Poutou compte, car c’est ouvrir le débat et commencer à inquiéter cette bourgeoisie qui a peur de la rue. Mais la présidentielle ne fera pas tout, il faudra rapidement après les élections continuer le travail et préparer l’affrontement sur nos lieux de travail et d’étude, pour que « l’immunité ouvrière » ne reste pas qu’une simple punch-line, mais un vrai mot d’ordre pour cette lutte des classes qui doit se terminer par la récupération du pouvoir par la rue et pas par les urnes. Donc oui,n’ayons pas honte de voter par conviction, nous les travailleurs devons faire de la politique, il est temps de prendre nos affaires en main !




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