Société

Il faut bien que jeunesse se passe...

Vous souhaitez tout péter dans un train sans dommage judiciaire ? Soyez patron !

Publié le 27 juin 2016

Ce fait divers remonte à l’année 2014. 120 jeunes patrons, membres du Centre des jeunes dirigeants d’entreprise (CJD), avaient pris le TGV Bordeaux / Lille pour participer à un congrès national de leur organisation. Rien de bien extraordinaire jusque ici... sauf que ces derniers – en plus de s’être trompés de train et de n’avoir donc aucun billet valide – avaient ramené de nombreuses bouteilles d’alcool et s’en étaient alors donné à cœur joie. De quoi leur valoir des ennuis avec la police ? Que nenni, aucune interpellation ne fut alors signalée. A la lumière des récents événements, il nous semble intéressant de rappeler les faits mettre en relief la justice à deux vitesses qui s’exerce dans notre pays – et bien d’autres.

Julian Vadis

« Vu le surnombre que cela a provoqué dans le train et l’état d’excitation de ces passagers, le chef de train a demandé le concours des forces de police » avait à l’époque déclaré le commissariat de Tours. Il y a deux ans, le TGV Bordeaux / Lille a été arrêté en gare de Tours-Saint-Pierre-des-Corps alors que près de 120 passagers, qui s’étaient trompé de train et donc sans billet, causaient de graves troubles dans leur wagon, sous l’emprise de l’alcool.

De dangereux hooligans sillonnant l’hexagone en marge de l’Euro ? De terribles "anarcho-syndicalistes" de la CGT menant une action "coup de vin" pour perturber la bonne tranquillité des voyageurs ? Ou pire, une centaine de "terroristes casseurs" opposés à la loi travail, errant sans foi ni loi ? Non, il s’agissait de 120 jeunes patrons ralliant le nord de la France pour le congrès de leur organisation, le Centre des jeunes dirigeants d’entreprise (CJD), et qui avaient emporté avec eux une grande quantité d’alcool, sûrement pour rendre supportable un voyage entouré de gens de la plèbe.

Mais ce fait divers, qui pourrait s’apparenter à une anecdote cocasse, porte un message lourd de sens lorsqu’il est mis en perspective avec les derniers épisodes de répression d’État à l’encontre des manifestants, des personnes racisées et des jeunes issus des quartiers populaires,. Alors que le train avait été immobilisé plus d’une heure, le temps que le wagon soit vidé de l’ensemble des bouteilles jonchant le sol et que les esprits se calment, et alors que les passagers n’étaient pas muni de billet, ces derniers ont pu tranquillement reprendre place à bord du train. Aucune interpellation, alors que la Police était sur place, n’a été effectuée. « Il faut bien que jeunesse se passe »... ou il faut bien que « justice de classe » ? En effet, il y a fort à parier qu’un travailleur ou un jeune de quartier populaire serait passé en cellule de dégrisement pour de tels agissements. L’imagination ne suffit pas – ou trop bien, c’est selon - à imaginer le sort qui leur aurait été réservé si ces 120 patrons avaient été travailleurs et issus de l’immigration. Somme toute, ce fait divers est porteur du même message que celui du gouvernement et sa politique : les patrons sont roi.