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Elections primaires aux Etats-Unis

Wisconsin. Victoire pour Bernie Sanders, une claque pour Donald Trump

Publié le 6 avril 2016

Dans le Wisconsin, Bernie Sanders et Ted Cruz viennent de remporter deux victoires qui laissent ouvert le jeu des primaires aux Etats-Unis. Le chemin est encore long avant que les démocrates et les républicains ne sacrent leur candidat.

Celeste Murillo

Mardi 5 avril, Bernie Sanders s’est donc largement imposé sur Hillary Clinton, au sein du camp démocrate, alors que Ted Cruz n’a gagné qu’à une courte majorité, mais majorité tout de même, face à Donald Trump, chez les républicains.

Pour ce qui est du parti de l’éléphant, cela signifie deux choses. La division interne se maintient au sein du camp républicain. L’establishment du parti peine toujours à donner l’estocade finale à Donald Trump bien que rien ne garantisse qu’il recueille le nombre suffisant de délégués. Cruz, par ailleurs, reste une option, bien qu’il n’incarnait pas le « Plan A » pour répondre à la « révolte électorale » de la base républicaine qui continue à porter ses suffrages sur la candidature Trump.

Côté démocrate, le résultat dans le Wisconsin montre que la course est encore ouverte entre Sanders et Clinton. L’ancienne secrétaire d’Etat d’Obama ne réussit pas à s’affirmer comme « la » candidate du Parti Démocrate bien qu’elle continue à devancer Sanders, mais la campagne de ce dernier est toujours aussi dynamique. Dans son discours de victoire prononcée depuis Laramie, dans le Wyoming, le sénateur du Vermont a souligné les avancées de sa campagne, lui que l’on donné 40 à 50 points au-dessous de son niveau actuel alors qu’il vient de remporter sept des huit dernières élections primaires et qu’en termes de soutiens financiers, il continue à multiplier encaisser les apports de petits donateurs.

Est-ce suffisant pour faire passer Sanders devant Clinton ? Non, mais cela entrave la campagne de cette dernière. Clinton continue à bénéficier du soutien de l’establishment démocrate et de l’appui d’une fraction non négligeable de l’électorat démocrate traditionnel : les Afro-américains, les travailleurs Blancs et les femmes. Mais #FellTheBern, pour reprendre le hashtag de ses partisans, continue à gagner du poids au sein de la jeunesse et de plusieurs secteurs progressistes et de gauche en reprenant plusieurs de leurs revendications, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation, et en attaquant dans ses discours le pouvoir des multinationales.

Lors de ce discours prononcé le 5 avril, Sanders en a profité pour se différencier de Clinton. Entouré par un public enthousiaste, le sénateur du Vermont a dénoncé les inégalités dans un pays gouverné par les « 1% » des plus riches. Il a récolté les applaudissements de ses soutiens en rendant hommage aux mouvements sociaux les plus importants qui ont tenté de transformer les Etats-Unis « par en bas », à commencer par le mouvement des droits civiques ou le mouvement des femmes, tout en abordant également le scandale des « Panama papers ». Il s’agit d’un discours, en réalité, davantage calqué pour polaire à sa base électoral que des positions qui reflètent la totalité de ses propres positions comme en témoignent ses dernières déclarations au sujet des drones et de la politique extérieure étatsunienne.
Aucun des deux partis ne choisit son candidat sur la seule base des grands électeurs obtenus à l’issue des primaires. Mais ce qui est sûr, c’est qu’alors que la moitié des scrutins est passé, les conventions, pour chaque parti, risquent de s’avérer plus compliquées que prévu.

Côté républicain, les instances du parti continuent à ne pouvoir répondre à la bronca de leur propre base électorale qui a opté pour Trump. Les plus modérés continuent à très peu mobiliser : il suffit pour cela de songer aux scores plus que modeste du gouverneur de l’Ohio, John Kasich, qui bénéficie pourtant du soutien de certains poids lourds du parti. Ce qui continue à séduire la base républicaine continue à être cette radicalisation des positions les plus conservatrices dont se fait le porte-parole Trump. C’est ce qui a fait gagner Cruz, dans le Wisconsin, qui en multipliant les charges contre Obama et en rendant hommage à l’armée et à la grandeur des Etats-Unis a claqué son discours sur celui de… Trump.

Côté démocrate, Clinton pourrait remporter cette primaire, notamment avec un bon coup de pouce des « super-délégués », mais elle ne réussira pas, en dernière instance, à s’imposer comme la candidate naturelle, ce qui était son projet initial. A mi- campagne, Sanders a commencé à remettre en cause rien timidement les mécanismes anti-démocratiques des super-délégués, mais c’est surtout sa base qui prend en charge l’interpellation des élus qui, en tant que super-délégués, pourraient voter différemment de ce que l’électorat a choisi dans les Etats dont ils proviennent.

La course, par conséquent, est toujours ouverte, marquée par la crise de l’establishment et le rôle essentiel joué par les « outsiders » qui incarnent le ras-le-bol, à gauche comme à droite, contre Wall Street et les élites. C’est maintenant en direction de New York, où aura lieu la prochaine primaire, le 15 avril, que tous les regards se tournent.

Trad. CT