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Politique

And the winner is…

Xavier Bertrand, faux-gentil et faux-modeste

Camilla Ernst L’autre gagnant de ce deuxième tour, c’est Xavier Bertrand. Faux modeste, faux gentil et vrai loup. Voici les traits dominants qui ressortent de son parcours de politicien de droite au service… du plus offrant. Comme dans la chanson, Bertrand retourne sa veste, toujours du bon côté. Sur ce point, c’est un habile tacticien.

Malgré des hauts et des bas dans sa carrière politique, Xavier Bertrand a su profiter de ce que pouvait lui apporter sa fidélité à la droite, du RPR de Jacques Chirac aux Républicains de Nicolas Sarkozy en passant par l’UMP.
Après un peu plus de dix ans à tenter péniblement de gravir les échelons au niveau départemental, il devient membre, en 2003, du « Club de la boussole » rassemblant les députés qui se revendiquent fidèles au Président Chirac et à son Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin... A défaut d’être brillant, on va récompenser son obstination.
Dès l’année suivante, donc, l’illustre inconnu de Saint-Quentin accède à un poste de secrétaire d’Etat, puis se voit rapidement confier le ministère de la Santé et des Solidarités. Passé maître dans l’art de la cour de récré, il annonce ensuite soutenir la candidature du nouveau caïd en puissance, Nicolas Sarkozy, aux primaires de la présidentielle de 2007, quand Chirac perd en popularité et que son dauphin, Dominique de Villepin, perd pied. Il s’assure ainsi sa place à la tête d’un nouveau ministère, une fois l’élection passée.
Et s’il passe un an en-dehors du gouvernement en 2009-2010, ses arrières sont assurés, à la tête de l’UMP et à l’Assemblée Nationale où il retrouve son siège sans grande difficulté grâce à une toute nouvelle loi lui permettant de brûler l’étape des élections partielles. Habile.
S’il doit reconnaissance à ses petits camarades de l’UMP puis des Républicains, il ne l’exprime certainement pas aux salariés. A commencer dans le domaine de la santé. Alors qu’il est secrétaire d’Etat, il met en œuvre les premiers plans d’austérité d’envergure de même que les débuts de la privatisation à marche forcée de l’hôpital public. C’est lui, notamment, qui impose l’application de la tarification à l’activité imaginée par Mattéi, et par là-même une logique de résultats et de compétitivité. Plus tard, en 2010, alors ministre du Travail, c’est lui qui est à l’origine de la réforme des régimes spéciaux de retraite, nouvelle attaque contre les droits des travailleurs qui passera, malgré l’intense mobilisation sociale qui secoue le pays au cours de l’automne de cette même année.
Lui qui n’a jamais aimé les socialistes, il a su, cette fois-ci, saisir la main tendue par Saintignon, le candidat malheureux de Martine Aubry qui s’est retiré au deuxième tour de ces élections régionales. Pour se faire élire, Bertrand n’est plus à une combinaison prés. Les travailleurs et la jeunesse du Nord et du Pas-de-Calais, qui ont voté pour lui pour faire barrage au Front National, n’ont rien à en attendre. Ceux qui n’ont pas voté pour lui, à l’instar de Cédric Brun, secrétaire général de la CGT PSA Valenciennes, c’est tout à leur honneur. Faux débonnaire un jour, requin toujours. Bertrand s’apprête à sabrer dans les budgets et à être le meilleur soldat de l’austérité dans le Nord-Pas-de-Calais.




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