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Culture et Sport

Violences policières

YA "R", un court métrage saisissant inspiré de la mort de Zyed et Bouna

Dans son court métrage « Ya R » (« y’a rien »), Ibrahim Koudé raconte la journée banale de deux jeunes de banlieue, jusqu’à une course poursuite avec la police qui aboutira à la mort des deux hommes. Une référence assumée à l’affaire Zyed et Bouna de 2005, ou deux jeunes, de respectivement 17 et 15 ans, sont morts électrocutés dans une centrale EDF après avoir été poursuivis par la BAC (Brigade anti-criminalité). Ne se contentant pas d’un simple récit des faits, l’auteur humanise ses personnages, abordant leurs relations avec leur famille, leurs affaires de cœurs, ou encore les ambitions des parents pour leurs enfants.

Photo : capture d’écran extraite du court-métrage

Bien que le court-métrage soit une œuvre de fiction, le film transpire de réalisme par sa vision sociale et politique de la banlieue. Il dresse une véritable toile de fond à l’environnement des deux protagonistes de l’histoire, Bilal et Zak, abordant à la fois des thématiques comme les violences policières, la vision des banlieues relayée dans les média, la religion, la barrière de la langue pour les parents immigrés en France… En un quart d’heure, le film aborde ces thématiques avec fluidité, avant de conclure sur des vidéos d’archive de la mort de Zyed et Bouna, et des révoltes qui ont suivi à Argenteuil. La volonté de réactualiser cette histoire est cruciale pour le réalisateur, qui considère que la violence policière n’a pas changé depuis dans les quartiers populaires, et qu’elle a même empirée.

« N’oubliez pas vous êtes pas français quand vous vous faites contrôler, regardez ce qu’ils ont fait à Adama »

Le réalisateur, au travers de son court métrage, ne cesse de parler de politique : au travers des parents, qui regardent les chaines de télévision qui écoutent des sorties racistes d’homme politique bien connus, ou au travers d’une discussion entre les habitants, on peut voir le contraste entre ce qui est présenté de la banlieue dans les média, concentré sur le trafic de shit et les voitures brûlées, et la vie au quotidien des banlieusards.

« Eh, tu as pris ta carte d’identité ? »

Avant que son fils ne parte jouer au foot, la mère de Bilal lui rappelle de prendre sa carte d’identité. Cela peut paraître sans importance, mais ce sera la raison qui conduira ces deux jeunes à fuir la police, entraînant leur mort. La même situation que dans le cas de Zyed et Bouna, ou encore d’Adama Traoré, qui ont tous trois tenté de fuir la police pour éviter une énième fois la violence que subissent les jeunes racisés quand ils se font contrôler sans leurs papiers par la police : des heures au commissariat, des menaces, des humiliations, voir même des coups.

« Vous en avez assez de cette bande de racailles ? On va vous en débarrasser »

Ces mots sont ceux de Nicolas Sarkozy, quelques jours avant la mort de Zyed et Bouna et le début des émeutes de 2005 à Argenteuil. La mort des deux mineurs déclenche une révolte dans les quartiers. Le jour même dans les média, différents hommes politiques, tels que Nicolas Sarkozy, affirment que « la police ne poursuivait pas ces jeunes ». Une affirmation démentie par les enregistrement des services de police, publiés sur le Nouvel Observateur, sur lesquels il est clairement dit par l’un des policiers : « en même temps, s’ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau ». Une phrase on ne peut plus éloquente. Les policiers bouclent le quartier, puis finissent par partir sans s’inquiéter des trois jeunes, Zyed, Bouna, et leur ami Muhittin – seul rescapé du drame – qu’ils ont pourtant vu rentrer dans la centrale.

Dix ans après, la justice rend son verdict : contre l’accusation de « non-assistance à personne en danger » dirigée contre les deux policiers accusés d’avoir poursuivi les jeunes, le juge relaxe les policiers. Comme dans toutes les affaires de violence policière, le flou est jeté sur les faits, et souvent des mensonges éhontés sont répandus, afin de disculper ou minimiser le rôle de la police dans la violence des quartiers. L’enjeu de ce court-métrage est de ne pas laisser cette histoire tomber dans l’oubli, objectif particulièrement important pour la famille de ces deux mineurs.




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