Monde

Mobilisation des chauffeurs de transports publics violemment réprimée

Zimbabwe. Vent de colère contre le gouvernement et la corruption de la police

Publié le 4 juillet 2016

De violents affrontements ont éclaté lundi au Zimbabwe dans l’est d’Harare, la capitale zimbabwéenne, entre des chauffeurs de transports publics et la police. A l’origine, les chauffeurs manifestaient contre la corruption de la police à laquelle ils ont quotidiennement affaire et qui peut, par exemple, prendre la forme de barrages policiers érigés à travers la ville pour exiger des pots-de-vin en échange du passage. En réponse à leur mobilisation, c’est la violence policière qui s’est faite entendre. Gaz lacrymogène, canons à eau, dispersion à coup de matraque, interpellations brutales : la police a sévèrement réprimé les manifestants qui ne faisaient que bloquer la route de façon pacifique. C’est finalement une trentaine de ces chauffeurs qui ont été interpellés.

Maryline Dujardin

Un climat de révolte souffle au Zimbabwe depuis plusieurs mois. Le régime de Robert Mugabe, 92 ans dont 36 au pouvoir, a été questionné à de nombreuses reprises ces derniers mois.

Au mois de juin, la majorité des salaires des fonctionnaires n’a pas pu être payée, “faute de liquidités” alors qu’en parallèle, le vice-président Phelekezela Mphoko séjourne depuis plus de 500 jours dans l’hôtel Rainbow Towers à Harare. Pour dénoncer cela, une manifestation avait été organisé fin juin avec, de nouveau à la clé, intimidations et arrestations des manifestants. Dans un pays où la population est toujours plus forcée à se restreindre par la crise économique, le gouvernement, lui, dépense outrageusement ; la colère commence à gronder.

La crise économique du Zimbabwe date de 2009, lorsque le pays a abandonné sa monnaie nationale suite à une inflation incontrôlable et a adopté, au fil des ans, la circulation de neuf monnaies étrangères dans les transactions : le dollar australien, le dollar américain, le yuan, le rand sud-africain, le livre sterling, la roupie indienne, l’euro, le yen japonais, et le pula botswanais. Depuis mars, le Zimbabwe est confronté à une crise d’espèces en devises étrangères et a fait le choix de réduire les produits de base importés principalement d’Afrique du Sud pour pallier à cette crise. Ce choix a été justifié dans l’idée de développer la production locale sauf qu’en attendant, c’est la population qui en pâtit.

La semaine dernière à Beitbridge (sud), limitrophe de l’Afrique du Sud, des manifestants sont justement descendus dans la rue pour réclamer l’importation de certains produits de base qui avait été interdits quelques jours auparavant. A l’issue de cette manifestation, 71 personnes avaient été interpellées.

Face aux revendications de la population le gouvernement ne sait que réprimer, renforçant le rôle de la police pour maintenir son autorité mais surtout ses privilèges.
Restriction sur les produits de bases, salaires non payés, police corrompue : la population zimbabwéenne commence à être fatiguée de payer la crise de ses dirigeants. Et d’autres mobilisations se préparent puisque plusieurs fonctionnaires, dont les médecins des hôpitaux publics, ont quant à eux annoncé la tenue d’une grève pour ne pas avoir été payés en juin.

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