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Pari gagné !

#manif14juin : un million de personnes à Paris, une manifestation « monstre » à deux vitesses

Publié le 14 juin 2016

Correspondants

On pourra dire que cette 9ème journée de mobilisation contre la loi travail est un succès. Alors que le cortège de tête, composé de secteurs autonomes, des étudiants, des travailleurs organisés par lieu de travail, arrivent aux Invalides, à l’arrière, les cortèges monstres des centrales syndicales, la CGT et FO en force, partent tout juste de Place d’Italie. Climat échaudé, manifestation ralentie par le dispositif policier à l’avant qui, pour l’occasion a déployé les canons à eaux, l’ambiance est à la lutte pour cette manifestation parisienne, certainement la plus grosse en trois mois de mobilisation contre la loi travail.

Devant, toujours plus de répression...

Comme à son habitude depuis le début du mouvement et des mobilisation sur Paris, le cortège de tête, composé, dans l’ordre, des autonomes, de la jeunesse puis des secteurs indépendants des travailleurs auto-organisés. Le tout se place en tête, devant l’intersyndicale. Mais cette fois, le cortège prend place sur plusieurs kilomètres, véritablement gonflé par plusieurs dizaines de milliers de personnes. En leur sein, les cheminots grévistes, regroupés par gare, les postiers, les étudiants, les secteurs autonomes, les personnels de l’éducation nationale Debout, des travailleurs sociaux debout, des collectif de chômeurs et de précaires, des intermittents, et beaucoup de manifestants venus se greffer sur ces cortèges combatifs.

Les cortèges avancent doucement, extrêmement doucement, retenus par le dispositif policier à l’avant et les charges régulières. Au niveau du métro Vavin, des premiers incidents éclatent au sein du cortège de tête, avec son lot de gazage et de flashballs. Parmi les blessés, deux manifestants seraient tombés à terre, nécessitant l’intervention des pompiers. Un peu plus tard, au niveau du métro Duroc, alors que l’avant de la manifestation se rapproche de la destination finale, la police sort les canons à eaux, et loin de s’en servir contre des individus isolés, et les utilise pour arroser la foule et les cortèges.

Du jamais vu encore à Paris depuis le début du mouvement, même si à Nantes et à Rennes, les canons à eaux, avec autres flashballs, gaz lacrymogène et grenade de désencerclement font désormais parti de l’arsenal de guerre habituel utilisé en manifestation. Les journalistes sont à l’affût. Dans l’après-midi, si certaines unes des principaux quotidiens font leurs gros titres des « troubles » et des « affrontements », - le double meurtre de Magnanville ne laissant cependant pas beaucoup de place à la couverture de la contestation sociale -, les journalistes se font rares à plusieurs kilomètres de là, à l’arrière de la manifestation, au milieu des cortèges syndicaux.

Aux dernières nouvelles, il y aurait six blessés graves parmi les manifestants, dont un a nécessité une intervention de réanimation par les pompiers.

derrière, les cortèges monstres des centrales syndicales et les ballons

En effet, alors que les premiers manifestants arrivent presque au but – Invalides – sur la place d’Italie, point de départ de la manifestation, on défile encore. Se tenant à distance, l’intersyndicale et les cortèges des centrales CGT et FO, par région, un pôle Solidaires également très nombreux, défilent dans une ambiance bruyante et combative, comparativement bien tranquille au regard des nombreux malaises et blessures, de l’ambiance asphyxiante des gaz lacrymogène, et des jets des canons à eau, que subissent au même moment les cortèges de tête.

Ici aussi, la foule est dense est impressionnante. Dans l’immense vague rouge des cortèges CGT et FO, on distingue les traditionnels cortèges cheminots, les chauffeurs, les travailleurs de la propreté, des hôpitaux, de la métallurgie, de l’automobile, avec Renault, et bien d’autres.

Parmi les plus remarqués, les dockers venus d’un peu partout en France. Dans une ambiance tonitruante, ils défilent en nombre. Docker, CGT de Bordeaux, F. assure « qu’à Bordeaux, 99%des dockers sont en grève », et qu’ils seraient plusieurs milliers – près de « 8 000 dockers », selon lui - dans les rue de Paris, venus également de Marseille, Du Havre, de Lille. En effet, c’est plus de 600 cars qui ont été affectés dans toute la France par les principales centrales syndicales, CGT et FO.

Côté solidaires également, Sud-Rail, affichant les couleurs vertes et rose de la fédération, n’est pas en reste et avance avec ses cortèges fournis

« si le mouvement s’essoufflait, on ne serait pas ici »

Pour beaucoup le mot d’ordre n’a pas changé : mobilisation jusqu’au retrait. « Martinez peut bien aller négocier, nous ça bouge pas » affirme une travailleuse de la fonction publique territoriale, affiliée à la CGT. « si le mouvement s’essoufflait on ne serait pas ici », poursuit-t-elle. L., retraité de la métallurgie, du haut de ses 85 ans, n’a pas peur de se frotter à la manifestation : « moi, je sais pourquoi je manifeste aujourd’hui. Les licenciements, j’en ai vécu ».

H. aide-soignante, dans un hôpital parisien se dit elle aussi déterminée. « Les conditions de travail y sont horribles et épuisantes. Quand on rentre à la maison, fatigué, il reste la famille à s’occuper. Pourtant, malgré tout cela, on continue de manifester, déterminés à faire reculer le gouvernement ». Côté rail également, la détermination persiste, X. cheminot, Sud-Rail assure, « on vient de reconduire la grève ce matin, et on compte bien continuer dans le jours à venir ».

Non seulement la manifestation est monstre, mais la combativité est au rendez-vous.

Elle s’exprime également par la grande créativité des manifestants, pancartes, banderoles, slogans et chants, dans toute l’originalité qui est mise au service de la lutte, y compris les plus loufoques.

Pas sur que, contrairement à ce qu’avance Martinez, les secteurs mobilisés contre la loi travail soient prêts à lâcher du lest face à l’Euro. Tant et si bien que si ce dernier comptait préparer la sortie du mouvement, et au premier chef, au travers des sections CGT, il serait bien mis en difficulté par l’énorme popularité dont jouit la mobilisation contre la loi travail y compris trois mois après les premières mobilisations qui l’ont vu naître.

Vers 18h, à Invalides, alors que la manifestation touche à sa fin, les manifestants déplorent une violence extrême : canons à eau, escadrons de la BAC embusqués, gaz lacrymogènes. Ce qui devient une habitude n’empêche pas le sentiment d’effroi et de choc face à un tel dispositif policier. Aux dernières nouvelles, on comptait 26 blessés et plusieurs dizaines d’interpellation.