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Politique

Marine et François au coude à coude

Emplois fictifs : les 1.1 millions d’euros que le FN doit au Parlement européen

À l’heure actuelle, on ne sait plus si les candidats se disputent la présidence de la République ou la palme du plus gros scandale financier. Emmanuel Macron est accusé d'avoir détourné les fonds du ministère des Finances pour sa campagne à hauteur de 120 000 euros, François Fillon est soupçonné d’avoir rémunéré son épouse Penelope à hauteur de 900 000 euros grâce à des emplois fictifs. Mais c’est le Front national qui prend la tête du classement avec 1,1 million d’euros détournés via des emplois fictifs au Parlement européen, dont 300 000 uniquement pour Catherine Griset, l’assistante fantôme de Marine Le Pen, dont le travail s’effectuait plutôt à Nanterre en tant que chef de cabinet qu’au parlement de Bruxelles. Gherasim Bataille

mercredi 1er février 2017

« Je rentrais par le parking »

« Je rentrais par le parking dans la même voiture que Madame Le Pen ». C’est comme ça que Catherine Griset a tenté d’expliquer son invisibilité au Parlement européen depuis cinq ans. Au vu des registres des entrées et des sorties qui n’ont enregistré que trois heures de sa présence entre le 1er octobre et le 31 décembre 2014 – les assistants parlementaires doivent obligatoirement passer par des portiques distincts de ceux des députés – on peut regretter des conditions de travail difficiles pour Catherine qui a vraisemblablement effectué son labeur coincée au sous-sol. Aussi, si son contrat d’assistante parlementaire accréditée précise qu’elle doit travailler et vivre à Bruxelles, de cela on ne trouve trace. Ni bail, ni contrat d’eau ou d’électricité. Elle répond qu’elle vivait chez des amis possédant une grande maison : « je dormais sur le canapé-lit ». Des témoins affirment au contraire qu’elle n’a jamais passé plus d’une semaine à Bruxelles. Quant à sa fille en bas âge, restée scolarisée à l’école primaire de Garches, dans les Hauts-de-Seine, elle a dû souffrir de son absence.

Marine Le Pen refuse de rembourser les 300 000 euros demandés

Pour cet emploi fictif de 5 ans au Parlement européen, dévoilé par l’Office européen de lutte anti-fraude (OLAF), la chef de cabinet de Marine Le Pen a touché 298 500 euros. Le Front national avait jusqu’à hier soir, mardi 31 janvier à minuit, pour rembourser le salaire versé frauduleusement de 2010 à 2016, ce que le parti d’extrême droite a refusé. À partir d’aujourd’hui, le Parlement européen devrait saisir la moitié du salaire parlementaire de Marine Le Pen et son enveloppe de frais généraux. Il lui restera 3000 euros nets par mois sur les 10 400 euros qu’elle recevait jusque-là. Tout juste de quoi payer un Airbnb à Catherine.

Outre sa chef de cabinet, Marine Le Pen aurait également fait percevoir un salaire d’assistant parlementaire à son garde du corps, Thierry Légier, à hauteur de 41 500 euros. Cinq autres eurodéputés FN, Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch, Mylène Troszczynski, Sophie Montel et Dominique Bilde, sont accusés d’avoir pratiqué la même combine pour détourner des fonds publics au profit d’une vingtaine de membres du Front national. Parmi eux, quatre autres membres du cabinet de Marine Le Pen, huit de celui de Florian Philippot, le directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen, son majordome, etc. En tout, c’est la somme de 1,1 million d’euros qui est réclamée par le Parlement européen au Front national. À se demander ce que le FN ferait sans l’Union européenne…


Problèmes de transparence à Montretout

Marine et Jean-Marie Le Pen sont embourbés eux aussi dans un nombre d’affaires qu’on ne compte plus. Sans parler des emplois fictifs, ils sont actuellement accusés d’avoir sous-évalué leur patrimoine immobilier. Une de leurs propriétés familiales située à Montretout dans les Hauts-de-Seine, déclarée à 1,8 million d’euros en vaudrait 3,6. Si ce détournement de plus d’un million et demi d’euros était avéré devant la justice, cela constituerait un délit passible d’une peine de trois ans de prison et de dix ans d’inéligibilité. Sans compter la propriété de Rueil-Malmaison dans les Hauts-de-Seine qu’ils ont eux-mêmes évaluée à 350 000 euros, alors que le fisc l’estime à 3,3 millions.

Hic dans le système ou crise systémique ?

En pleine campagne électorale, l’éclatement du Penelope Gate aurait dû être l’occasion rêvée pour les grands partis rivaux, le PS et le FN en tête, de taper sur le challengeur Fillon et tenter de remonter dans le classement. Effrayés sans doute que tous ces bruits de casseroles attirent encore plus l’attention sur leur propre cuisine, les députés de tous bords défendent le népotisme de droite ou de gauche et le Front national, à travers la voix de son trésorier Wallerand de Saint-Just, vole au secours de Fillon en déclarant « qu’il a été condamné notamment par le monde médiatique avant d’avoir pu dire quoi que ce soit ».

Crédit photo :Elyxandro Cegarra/NurPhoto/AFP




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