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JUSTICE POUR STEVE : NI OUBLI NI PARDON

1 an sans Steve. A Nantes, hommages sous haute répression

La journée du 21 juin, bien loin de l’ambiance festive qui lui est habituellement accordée, a été marquée par le triste anniversaire de la mort de Steve Maia Caniço, décédé suite à la violente charge policière à Nantes l'an dernier. Des hommages émaillés par la répression policière.

lundi 22 juin

ESTELLE RUIZ / NURPHOTO / AFP

Steve est mort par noyade dans la Loire le 21 juin 2019 alors qu’il était simplement venu faire la fête sur le Quai Wilson, à Nantes. Ce soir là en effet, les forces de l’ordre ont violemment chargé des jeunes qui cherchaient à continuer leur soirée, tirant lacrymos et grenades, provoquant la chute de 14 personnes dans la Loire. Ce n’est qu’après un long mois d’attente et d’incompréhension que le corps de Steve sera retrouvé. Seulement entre temps, le drame est devenu une affaire, puisque malgré le nombre impressionnant de témoignages accablant la police, l’enquête de l’IGPN et le gouvernement juste derrière déclaraient qu’il n’y a « aucun lien entre l’intervention de la police et la disparition de Steve », s’appuyant sur le fait que son téléphone avait arrêté de « borner » avant l’intervention de la police.

Malgré que dès septembre, le Canard Enchaîné révélait que son portable « bornait » au moment de la charge des policiers, sa famille, interviewée ce 18 juin par Loopsider explique qu’elle « attend de savoir ce que donne les expertises sur le portable de Steve, où est ce qu’il a arrêté de borner et à quelle heure exactement » pour contredire le rapport de l’IGPN : « Pour moi il est inutile ce rapport, il ne sert à rien car ce n’est pas la vérité ».

Seulement Steve est devenu un symbole. Dès sa disparition, de fortes mobilisations se sont multipliées pour réclamer justice, et son nom s’est inscrit dans la dramatique liste des nombreuses victimes de violences policières. Une dénonciation qui s’exprime actuellement à l’international, dénonçant le racisme d’État et les violences policières, des Etats-Unis à la France, réclamant justice pour toutes les victimes de l’impunité des forces de l’ordre. Toujours dans l’interview de Loopsider, la sœur de Steve, répond sur le mouvement actuel et le symbole qu’est devenu Steve : « En fait il faut qu’on nous entende, il faut que là haut ils nous entendent et qu’ils arrêtent de regarder leurs nombrils, et qu’ils regardent ce qui se passe en bas, parce qu’en bas c’est la merde ».

Ce week-end à Nantes, plusieurs hommages à Steve ont été rendus, mais toujours sous le coup de la répression policière. Dès le 19 juin, soit deux jours avant les marches prévues, un énorme dispositif répressif a été déployé sur le quai Wilson, lieu où les policiers ont chargé l’année dernière.

Comme l’explique Nantes Révoltée, le préfet de Nantes a publié six arrêts préfectoraux pour interdire manifestations et rassemblements, mais également les rassemblements festifs et les véhicules transportant du matériel sonore ! Une manière de légitimer la répression qui s’en est suivie, réaffirmant que ceux qui réclament justice face à l’impunité policière prennent le risque d’en être victime à leur tour.

Ca n’a pas empêché la tenue de plusieurs hommages tout le long du week-end, notamment sonore, avec la diffusion de la chanson anti-fasciste « Porcherie » des Béruriers Noirs à 20h ce dimanche, titre sur lequel la police avait chargé l’année dernière. Dès le 20 juin, la fontaine de Place Royale a été recouverte d’affiches et de pancartes, affichant un « Pas de justice pas de paix », réclamant justice pour Steve, mais aussi Adama, Zineb, Cédric, Rémi et Aboubacar, s’inscrivant dans le mouvement contre les violences policières actuel.

Ce dimanche, plusieurs rassemblements étaient organisés au long de la journée. A 15h, une marche blanche s’est rendue au Quai Wilson, là ou Steve à disparu, qui a réuni des milliers de personnes dans un climat soutenu par l’émotion, scandant « on oublie pas on pardonne pas » en hommage à Steve à toute les victimes de l’impunité policière :

Seulement, une répression ultra-violente s’est abattue sur la ville de Nantes dès la fin de la journée. Les forces de l’ordre étaient déployés en surnombre, et alors que les terrasses s’étaient remplies, la police s’est mise à gazer les personnes qui s’étaient rassemblées dans le centre-ville de Nantes, donnant le départ à une soirée sous le signe de la répression policière :

Malgré l’énorme dispositif répressif, les manifestants ont continué le cortège au long de la Loire, en musique, en réclamant « Justice pour Steve » :

Alors que des milliers de personnes cherchaient à rendre hommage à Steve en rappelant la festivité qui l’imprègne, lui et ses proches, tout en dénonçant les violences policières systématiques qui sont infligées à tous ceux qui contestent l’ordre établi, même si cela comprend tristement le simple fait de faire la fête, les forces de l’ordre ont fait usage d’une répression hors-norme, gazant et tirant sur la foule dans des rues étroites :

Des affrontements ont continué une bonne partie de la soirée, la police tirant à coups de grenades de désencerclements et de lacrymos sur les manifestants, les repoussant sur l’île de Nantes, lieu de la charge mortelle de l’année passée :

Alors qu’augmente la contestation face à l’État et face à l’institution policière, par laquelle il exerce la violence physique considérée comme légitime, la réponse que propose le gouvernement est celle d’une plus forte répression contre ceux qui s’opposent à ces violences d’Etat. C’est en ce sens que la répression accrue s’est abattue sur les nantais hier, qui exigeait la justice pour Steve, victime de cet exercice violent du maintien de l’ordre. En ce sens, le combat pour Steve est un combat à mener sur le terrain de la lutte contre l’impunité policière, pour exiger justice pour Steve, Adama, Zineb, et toutes les victimes de violences policières.




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