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1 million d'offres, vraiment ?

« 1 million d’offres d’emploi » : Pôle Emploi ment et gonfle ses chiffres avec des offres illégales

CDI de trois mois, CDD de six ans ou offres en double : si Pôle Emploi annonce plus d’un million d'offres sur son site – un chiffre sur lequel s'appuient de nombreux politiques et médias pour légitimer les attaques contre les droits des chômeurs à l’instar de l’entrée en vigueur de l’assurance-chômage – FranceInfo et la CGT CNTPEP ont démontré la fausseté de ce chiffre.

jeudi 28 octobre

Crédit Photo : AFP / Pascal Guyot

Alors que la réforme de l’assurance chômage va être totalement appliquée dès décembre, l’annonce par Pôle Emploi de plus d’un million d’offres sur leur site est évidemment arrangeante pour le gouvernement, qui s’appuie notamment sur ces chiffres pour chercher à convaincre de la nécessité de “durcir” les règles du droit au chômage et “renvoyer les gens aux travails” grâce à leur réforme antisociale.

En réalité, ces chiffres sont mensongers selon des enquêtes et études de FranceInfo et de la CNTPEP-CGT (Comité National CGT des Travailleurs Privés d’Emploi et Précaires).

17% d’offres en doublon pour gonfler les chiffres

Sur ce million d’offres d’emplois, ce sont notamment de nombreux doublons qui sont mis en avant dans les observations du média et du syndicat. Dans la vidéo de FranceInfo, on parle tout de même de plus de 100 annonces qui correspondaient à seulement 8 postes… qui avaient, en plus, déjà été pourvus !

Cette multiplication des annonces est en grande partie dû aux sites partenaires qui peuvent aujourd’hui publier sans vérification sur le site de Pôle Emploi. La proportion est importante, FranceInfo : parle de 77% des annonces qui renvoient vers des sites extérieurs ! Finalement, les chiffres du média et de la CGT tendent à dire que plus de 17% des annonces seraient des doublons, que de nombreuses offres seraient encore en ligne alors que les emplois étaient pourvus, ou encore que des offres sont tout simplement inexistantes, le lien renvoyant vers des pages mortes.

Jobs précaires et offres illégales : le cocktail du gouvernement pour légitimer l’assurance chômage

Au-delà des doublons, les études de la branche CNTPEP-CGT montrent de plus que les annonces sont régulièrement mensongères voire illégales : “Nous avons aussi trouvé des offres illégales : CDI de 3 mois ou CDD de 6 ans”, ou des offres non pas d’emplois mais de cessions de fonds de commerces : “Dans l’Hôtellerie-Commerce-Restauration, 46.4% des offres sont illégales dont des cessions de fonds de commerces pour la modique somme de 310 000€ !”.

La grossièreté de ces annonces rend difficilement croyable qu’elles puissent fonder le discours du gouvernement relatif à l’abondance des offres d’emploi, corollaire d’une tendance à la décrue du taux de chômage qui régressait de 5,5% au troisième trimestre de l’année. De fait, Pôle Emploi qui ne vérifie plus la totalité des offres publiées sur son propre site depuis 2015, encourage les contrats illégaux où les droits minimaux du salarié relatifs aux contrats à durée déterminée sont inexistants. Jouant sur l’angoisse liée à l’augmentation du taux de chômage et l’aggravation des conditions de vie avec la baisse du pouvoir d’achat, les employeurs poussent en effet les travailleurs à accepter des offres illégales et ce avec la complicité de l’institution. De fait, les sans-emplois ne pouvant infiniment refuser des offres d’emploi sous peine de perdre leur pension, ils sont contraints d’accepter des postes dont les conditions de travail et les salaires sont scandaleuses.

En parallèle, la CGT estime que “sur 1 million et quelques d’offres, seulement 87 515 (soit 8.22%) sont des offres CDI à temps pleins rémunérées à minima au SMIC !”. On voit bien ici la réalité des offres qui sont proposées : en grande majorité des contrats précaires. Fin septembre, Elisabeth Borne s’était faite recadrer par une ancienne chômeuse – “vous vous vivez avec 800 euros par mois ?” – qui pointait à juste titre que si le chômage ne permet pas de vivre dignement, la précarité par laquelle le gouvernement veut soit disant combattre le chômage ne le permet pas non plus.

L’objectif financier pour les sites partenaires de Pôle Emploi est non négligeable puisqu’ils sont rémunérés au nombre de personnes se connectant à leur page : multiplier les annonces pour être certains que leurs annonces soient repérées devient alors un moyen de se faire de l’argent sur le dos des chômeurs qui cliquent évidemment plusieurs fois sur des annonces souvent similaires afin de vérifier les missions et conditions qui pourraient être différentes.

Mais le gonflement des chiffres répond aussi à un objectif de légitimation des politiques anti-sociales du quinquennat Macron et participe d’une stratégie de précarisation généralisée du monde du travail. Tout en encourageant la précarisation des contrats de travail, le gouvernement réduit les droits relatifs aux périodes de chômages pour contraindre les salariés à accepter de tels types d’offres.

Si la réforme de l’assurance chômage constitue de toute manière une attaque ignoble envers celles et ceux que l’on a privé de travail et revenu digne, les chiffres qui entourent le chômage, régulièrement mensongers donc, participent à une légitimation culpabilisante qu’il faut combattre. En commençant par mettre fin aux multiples annonceurs qui ne sont finalement que des entreprises cherchant à se faire de l’argent sur le dos de celles et ceux qui cherchent à travailler. S’il s’agit bien de se battre contre la réforme de l’assurance-chômage, il faut aussi revendiquer des mesures qui donnent d’autres perspectives pour sortir de ce chômage structurel, notamment la généralisation des CDI et l’abrogation de tous les contrats précaires, la répartition du temps de travail nécessaire, qui permettrait de donner à toutes et à tous de quoi travailler. Cela doit se combiner avec le maintien des salaires dignes, revalorisés et financés par les profits existants qui sont systématiquement empochés par les patrons. Loin des chiffres gonflés et du mirage de la relance économique par un système économique en décadence, il nous faut un réel plan de bataille pour faire face à ces attaques de plus en plus lourdes.




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