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10 000 morts de chaleur cet été, explosion du prix de l’énergie cet hiver : il faut exproprier les géants de l’énergie !

Santé Publique France vient de révéler que 10 420 personnes sont décédées en France cet été en raison des épisodes de chaleur intenses. Alors que la crise climatique tue en premier lieux les plus précaires, et qu’après un été meurtrier se profile un hiver sous le signe de la précarité énergétique, il est urgent de faire payer le patronat et les gouvernements pour la crise dont ils sont responsables.

Seb Nanzhel

23 novembre 2022

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Crédits photo : AFP

L’été passé avec ses fortes chaleurs a été le plus meurtrier en France depuis celui de 2003, où 15 000 personnes avaient été emportées par la canicule. C’est ce que révèle un bulletin de Santé Publique France publié le 22 novembre. Cette observation vient confirmer la première estimation qui avait été effectuée par l’INSEE à la sortie de l’été.

Deuxième été le plus chaud enregistré du XIXème siècle

Marqué par 3 périodes de canicules, cet été est le second plus chaud enregistré depuis le début du XXIème siècle en France. Sur ces périodes de canicules uniquement, Santé Publique France relève 2 816 décès excédentaires, et 10 420 décès excédentaires sur tout l’été. Elle rappelle également que 894 personnes (non comptabilisées dans ces derniers chiffres) sont décédées du Covid dans la période, et que les épisodes de chaleur ont pu contribuer à les affaiblir. Comme lors des épisodes de chaleur précédents, la mortalité excessive la plus forte se retrouve chez les personnes âgées. Les recours aux soins et passages aux urgences ont également été multipliés durant la période.

Le réchauffement climatique amplifie la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur. Ainsi, d’ici à 2050, les vagues de chaleur en France devraient être deux fois plus fréquentes.

Classe ouvrière et classes populaires, premières victimes du réchauffement climatique ?

Mais les décès liés à la chaleur sont loin d’être une fatalité « naturelle ». Ainsi, Santé Publique France relève 7 accidents du travail mortels liés à la canicule cet été, dont 3 dans le secteur du BTP. Les fortes chaleurs sont connues pour augmenter les risques que de tels accidents arrivent, ce qui semble bien représenter le dernier soucis du patronat.

Si les personnes les plus âgées sont plus susceptibles de décéder en raison des épisodes de forte chaleur, l’Institut de Veille Sanitaire identifie la catégorie socio-professionnelle comme un facteur déterminant. En étudiant les morts de la canicule de 2003, l’institut conclue que « La catégorie ouvrier apparaît toujours la plus à risque ». En cause : les maladies et affaiblissements dus à leur activité professionnelle mais également un manque de moyens pour faire face aux canicules « La catégorie socioprofessionnelle était par exemple liée au nombre de pièces du logement […] on peut supposer que les personnes occupant de grands logements peuvent plus facilement se protéger en choisissant d’occuper la pièce la moins exposée à la chaleur. »

Une équipe de scientifique observe que lors de la canicule de 2003, les personnes résidant dans les arrondissements les plus huppés de Paris avaient deux fois moins de chances de décéder de la chaleur que les personnes résidant dans les arrondissements les moins riches. Lors de cette même canicule, parmi les personnes décédées à Paris, 92% vivaient seules, 41% dans un appartement d’une pièce, et un tiers dans un appartement situé sous les toits.

Les quartiers très densément peuplés entraînent des risques plus forts de mortalité dues à la chaleur. Les quartiers pollués également, en raison des risques de formation de gaz dangereux, dont l’ozone, avec la chaleur. Ces choix d’aménagement du territoire, et de laisser pourrir toute une partie de la population dans des logements vétustes et inadaptés, ainsi que les politiques conscientes de destruction de l’hôpital public par les gouvernements successifs sont autant de facteurs renforçant la mortalité due aux vagues de chaleur.

Face à la catastrophe capitaliste : expropriation et contrôle ouvrier des industries !

Ce chiffre de 10 420 morts vient grossir le chiffre provisoire de 15 000 décès dus aux vagues de chaleur en Europe cet été. D’autres régions du monde ont été frappées cet été par des chaleur invivables, souvent beaucoup plus élevées qu’en France et en Europe : l’Inde et le Pakistan ou encore la Chine. Mais les chiffres de mortalité n’y sont pas connus avec précision, et souvent très sous-évalués.

Ces phénomènes de chaleurs invivables vont aller en s’accentuant. Dans une étude de 2020, une équipe de scientifiques calculait que 3,5 milliards de personnes pourraient « vivre » en 2070 dans des régions où la température moyenne annuelle est de 29°C. Une température moyenne annuelle qu’on ne retrouve aujourd’hui que dans de très rares régions du monde, dont le Sahara.

Les destructions environnementales résultent de la recherche insatiable de profits par une poignée de patrons avec le soutien sans faille des Etats. 425 sites d’extraction fossiles devraient à eux seuls envoyer dans l’atmosphère le double du budget carbone restant pour rester sous la barre des 1.5°C de réchauffement global, soit plus de 750 milliards de tonnes de CO2. Tout en faisant la joie des actionnaires et du patronat, ils condamneront plusieurs dizaines de millions de personnes à mourir des conséquences de l’augmentation des températures, d’après l’étude avancée par l’économiste Daniel Bessler.

Après un été meurtrier, se profile un hiver sous le signe de la précarité énergétique et la menace de pénuries, sur fond d’inflation. Une augmentation des prix de l’énergie qui vient frapper alors qu’en 2021, 12 millions de personnes étaient déjà en situation de précarité énergétique. Une fois de plus, le patronat compte faire payer les plus précaires de leur santé, voire de leur vie pour absorber la crise dont il est responsable. Dans ces coordonnées, il est urgent de s’organiser pour refuser ces politiques criminelles et faire payer les responsables de la crise. Un premier pas dans ce sens consisterait à exproprier les géants de l’énergie et à les placer sous le contrôle des travailleurs, seul moyen d’assurer un approvisionnement en énergie pour tous et d‘amorcer une véritable transition énergétique.


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