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Politique

Une surprise pour personne

+10 milliards de dividendes par an : le « ruissellement » de Macron ne profite qu’aux riches selon un rapport

Après plus de trois ans de recul sur les réformes néolibérales les plus importantes du quinquennat Macron, France Stratégie a publié un rapport révélant l'absence des supposées retombées positives de ces cadeaux fiscaux aux riches sur l’économie et les différentes couches de la population.

jeudi 14 octobre

A la suite des promesses de campagnes de Macron en 2017, l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) avait été supprimé puis remplacé en 2018 en un simple impôt sur la fortune immobilière (IFI). Dans le même temps, une « flat tax » avait été instaurée : celle-ci a créé un prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % sur tous les revenus du capital (plus-values, intérêts, et dividendes), au lieu du progressif impôt sur le revenu qui pouvait aller jusqu’à 45 %.

Les défenseurs de ces réformes les justifient par un argument clé : ces cadeaux fiscaux seraient réinvestis dans l’économie réelle, déclenchant un supposé « cercle vertueux » au sein de l’économie, créant ainsi un « ruissellement » qui profiterait à tous et notamment à la création d’emploi.

Or, le rapport mené par France Stratégie, organisme d’évaluation et de prospective rattaché à Matignon, n’a pas réussi à prouver ce phénomène. Et, comme le souligne Médiapart, "pour bien saisir la sévérité du rapport, dont les termes restent extrêmement prudents, il faut avoir en tête la composition du comité d’évaluation. Ce dernier a été construit sur mesure pour produire une évaluation positive. Il est formé d’économistes mainstream convaincus des effets bénéfiques de cette réforme, d’élus de la majorité, de représentants du Medef, de syndicats « réformistes » (CFTC et CFDT) et de fonctionnaires de la Banque de France ou de la Direction générale du Trésor. Autant dire que si ce comité avait été capable de démontrer le moindre effet macroéconomique positif, il ne s’en serait guère privé. Mais il n’en est rien." En effet le rapport est clair : l’impact de ces réformes sur l’économie réelle reste très incertain, voire nul.

Quand Macron passe ses réformes, les dividendes augmentent par milliards

L’effet le plus notable de cette réforme concerne le versement des dividendes, qui a considérablement augmenté depuis 2018, soit l’année depuis laquelle les taxes ont baissées. En effet, dès la mise en vigueur de la "flat tax", "les dividendes versés ont augmenté de 9 milliards d’euros sur un an, soit une hausse de 64 %. Et le flux s’est encore accru en 2019 de 1 milliard d’euros, avant de se stabiliser à ce niveau très élevé en 2020, en pleine crise sanitaire et alors que le gouvernement « demandait » de réduire ces versements." explique Médiapart. Ainsi, en l’espace de seulement trois ans, les dividendes perçues sont passées de 14,3 milliards d’euros en 2017 à 24,1 milliards en 2020.

Cela est dû à la taxation de 30 % quel que soit le niveau des revenus concernés, avec le fameux PFU ou "flat tax". Avec un taux d’imposition si bas, Libération soulève l’explication principale : "pourquoi un patron-actionnaire choisirait-il de se rémunérer en salaires imposables jusqu’à 45 % quand il peut se gâter en dividendes imposables à 30 % ?".

Quant à la suppression de l’ISF, mesure phare du quinquennat Macron qui lui a valu le titre de « Président des riches », le président du comité d’évaluation, Fabrice Lenglart, déclare que « les entreprises dont les actionnaires étaient jusqu’en 2017 assujettis à l’ISF n’ont pas investi davantage ensuite ». De plus, le montant total rapporté par l’ISF s’élevait à 5.067 milliards d’euros pour l’année 2017, contre 1.6 milliards d’euros pour l’IFI en 2020.

La finalité de ces réformes est qu’elles ont accru la concentration des dividendes chez les plus riches : en 2017, 0,1 % de contribuables percevaient la moitié des dividendes (soit 7,6 milliards d’euros), contre deux tiers de ces dividendes en 2019 et 2018 d’après Le Monde.

Verdict : la « théorie du ruissellement » définitivement invalide

Ce bilan économique révèle la faiblesse des arguments libéraux en faveur des réformes anti-sociales, scandés à tout vent afin de convaincre les « gaulois réfractaires » (cf. Emmanuel Macron) de leur bien fondé. Or, l’argumentaire basé sur le « ruissellement vers le bas », stipulant que la bourgeoisie investirait considérablement dans l’économie suite à ces cadeaux fiscaux est loin de s’appliquer dans la réalité, et cette étude ne fait que le démontrer.

Ces nouveaux éléments confirment le caractère antisocial et réactionnaire des contre-réformes qui ont marqué le quinquennat Macron. Cette même logique persiste avec les attaques de l’assurance chômage, en vigueur depuis le début de mois, mais aussi avec la réforme des retraites, bien que son entrée en vigueur attende sans doute l’ère post-présidentielles.

Alors que la bourgeoisie connaît une augmentation de ses dividendes sans précédent suite à la politique pro-patronale de Macron, la population elle, continue de subir de plein fouet ses politiques austéritaires, l’augmentation du coût de la vie et la précarité financière. Ce clivage est d’autant plus criant suite à la crise sanitaire, où pendant que le top 10 des plus fortunés a vu sa richesse grimper de quelques 540 milliards de dollars pendant la période Covid comme l’a révélé le magazine Forbes, 860 millions de personnes devraient tomber dans la pauvreté d’ici dix ans suite à la crise.




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