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100% de grévistes au métro, piquet massif : la grève de 4 jours commence fort à Tisséo

A Tisséo, la direction est déterminée à imposer une baisse de salaire aux travailleurs en leur enlevant une clause d’indexation sur l’inflation. Ce mardi marque le premier des quatre jours de grève. Depuis 4h30 plus de 200 grévistes sont rassemblés devant le dépôt de tram.

Joël Malo

30 mai 2023

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100% de grévistes au métro, piquet massif : la grève de 4 jours commence fort à Tisséo

Crédits photos : Dorian M

Des enceintes crachent de la musique, les tas de palettes et de pneus se distinguent derrière les fumées colorées des fumigènes, tandis qu’on se rassemble, tôt ce matin, devant le dépôt de Garossos à Toulouse. Dès 4h30 ce sont près de 200 travailleurs de Tisséo, l’entreprise de transports publics de la métropole, qui se retrouvent à l’appel d’une intersyndicale SUD, CGT, FNCR, CFDT, pour une nouvelle journée de grève. Depuis le mois d’avril, ils ont déjà fait trois journées isolées de grève : désormais, ils entament quatre jours consécutifs.

Lire aussi : 4 jours de grève pour les salaires dans les transports toulousains : les Tisséo durcissent le mouvement

La raison de la colère ? En période d’inflation, la direction de Tisséo et les élus de la métropole décident de passer en force pour imposer une baisse des salaires. Alors qu’une « clause de sauvegarde » permettait chaque année de maintenir les salaires à hauteur de l’inflation de l’année passée, à l’issue des Négociations Annuelles Obligatoires, la direction a rédigé un protocole de désaccord appliquant une « augmentation » de 2,8%. Le coût de la vie globale a augmenté de 5,9% en un an, les prix alimentaires augmentent de près de 15%, c’est une véritable déclaration de guerre contre les travailleurs qui font se déplacer toute la métropole toulousaine !

Pour ce premier des quatre jours de grève, tous services compris, ce sont 60% des employés qui sont en grève. A la circulation au métro, on est même à 100% (mais la direction peut tout de même casser la grève en envoyant des cadres faire tourner à quelques-uns le métro automatique, qui s’arrêtera quand même à 21h au lieu de minuit).

L’impact de la grève est particulièrement fort sur les bus, tandis qu’aucun tram ne circule ce matin. Pourtant, les voitures qui passent à proximité du piquet n’hésitent pas à klaxonner en solidarité avec les grévistes. Les autres travailleurs de transports (bus de la région, lignes sous-traitées) s’arrêtent pour échanger avec les grévistes.

Une délégation d’étudiants du Poing Levé s’est également rendue sur le piquet pour exprimer leur solidarité avec la lutte des Tisséo, à l’heure où la direction fait aussi peser la crise sur les usagers, et en notamment sur les plus précaires. Après avoir introduit un tarif différencié entre les étudiants boursiers et non-boursiers, les non-boursiers vont voir leur titre de transport augmenter de 18 % !

Mais la direction ne reste pas sans rien faire. Après le passage en force sur les salaires, la direction menace de s’en prendre au droit de grève par des réquisitions et en mettant en place un service minimum. « Un peu comme le gouvernement si tu veux » nous souffle un délégué de SUD sur le piquet. Ce matin, un huissier est passé sur le piquet devant le dépôt de tram de Garossos, menaçant les syndicats d’une amende de dizaines de milliers d’euros ! Une méthode déjà utilisée en 2015 où le syndicat SUD a écopé d’une très lourde amende. C’est la méthode Moudenc, le maire de Toulouse, pour briser la lutte des ouvriers.

Mais il en faudra plus pour venir à bout de la colère des agents. Sur le piquet, la détermination est au rendez-vous. Surtout beaucoup sentent que la clause de sauvegarde n’est qu’une première attaque. « Si on laisse passer la clause de sauvegarde, derrière c’est la porte ouverte à la privatisation » nous confie un conducteur de bus. Il faut dire que Moudenc ne chôme pas pour confier de plus en plus de lignes, et même des activités de maintenance à la sous-traitance. Un véritable travail de sape et de dumping social pour menacer les droits des travailleurs et imposer les logiques du profit dans les transports.

Organiser le durcissement du mouvement

Lire aussi : Vertbaudet. La CGT veut « nationaliser le conflit » : à quand une mobilisation nationale pour les salaires ?

Les travailleurs de Tisséo sont déterminés à durcir le rapport de force face à la direction. Celle-ci a quitté les négociations et imposé une baisse des salaires à l’ensemble des salariés. Alors que la grève suivait jusque-là le rythme des réunions de NAO, de fait, l’autoritarisme de la direction a poussé à aller au-delà de ce calendrier.

Les travailleurs de Tisséo vont se rendre au Salon « Mobility Solutions Show » organisés ce mardi au MEETT (parc des expositions) pour faire entendre leurs solutions : accéder aux revendications des travailleurs, que les salaires suivent le coût de la vie ! Autrement, ce salon se tiendra dans une ville où les transports sont paralysés.

Désormais, il faut que l’ensemble des travailleurs organisent la grève pour la rendre plus forte plus effective, pour entraîner les collègues hésitants (certains collègues étaient dans l’expectative du nombre de grévistes en ce premier des quatre jours de grève et vont rejoindre le mouvement) et se tourner vers les usagers pour rendre la vie impossible à Moudenc. Le maire de Toulouse veut dresser les usagers contre les salariés. Les salariés peuvent prouver à l’ensemble des usagers que c’est bien « la direction qui les prend en otage » en refusant d’écouter les revendications des salariés, et opposer à Moudenc un front uni des travailleurs et des usagers.

Pour cela, ces quatre jours doivent être mis à profit pour que tous les travailleurs, de tous les syndicats et les non-syndiqués, organisent la grève et les revendications à la base. Cela veut dire se réunir en Assemblée Générale, où tout le monde peut apporter sa pierre à l’édifice, exprimer les difficultés et les forces relatives à chaque secteur de l’entreprise, et voter sur les orientations de la grève : un gréviste, une voix ! Les travailleurs en lutte doivent agir comme un cerveau et un corps collectif.

Pour durcir le conflit, très rapidement va se poser la question de la reconduction du mouvement pour plus de quatre jours. C’est à l’ensemble des salariés, réunis en Assemblée Générale, de se décider sur le plan de bataille à mettre en œuvre.

Un autre débat s’ouvre également dès maintenant : faut-il en appeler à un médiateur pour reprendre un semblant de dialogue avec la direction, comme le revendique les dirigeants de SUD et de la FNCR, ou bien est-ce en imposant un rapport de force supérieur, par une grève dure sur plusieurs jours, que Moudenc reviendra à la table des négociations en implorant ?

Ce sont deux perspectives différentes pour la grève qui impliquent des modes d’action et de lutte opposés. Ce débat devrait être discuté et son issue décidée par tous les grévistes, pas seulement par les dirigeants des syndicats, c’est un enjeu pour que toute la force des travailleurs de Tisséo s’exprime.

Lire aussi : Rendez-vous à Toulouse le 20 juin : Révolution Permanente en procès pour avoir donné la parole à des ouvriers en lutte contre un plan social


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