^

Politique

11 mai. Derrière le flou, Philippe maintient le cap : renvoyer les salariés au travail

Dans son discours à l’Assemblée nationale, Edouard Philippe, plus prudent que d'habitude, semble avoir reculé partiellement sur le plan de déconfinement. Mais, en réalité il a maintenu ce qui lui importait : la nécessité de la reprise de l’activité. Malgré des retours en arrière, la priorité accordée à la relance des activités économiques reste claire, tandis que les mesures de prévention restent floues comme les conditions de sécurité promises aux travailleurs.

mercredi 29 avril

Le gouvernement prépare le déconfinement...

En pleine baisse de confiance, après le discours de Macron et l’annonce d’une date buttoir pour le 11 mai, et de plus en plus isolé, l’exécutif a présenté hier à l’Assemblée Nationale son plan de déconfinement. Brandissant le risque d’un « écroulement » de l’économie du pays, Edouard Philippe a décidé de continuer à avancer vers la réouverture des écoles et la reprise du travail pour le 11 mai.

Dans un discours plus prudent qu’à l’accoutumé, le gouvernement, sous le feu de nombreuses critiques, a cependant été forcer d’annoncer des reculs sur de nombreux points. La réouverture des lycées a ainsi été repoussée à plus tard, tandis que les collèges réouvriront à partir du 11 mai. Concernant le « tracking », le gouvernement a annoncé un vote en propre suite au tollé provoqué au sein de la majorité par cette mesure. Sur le volet de la prévention, le gouvernement a par ailleurs changé de discours, évoquant la nécessité de « protéger, tester, isoler ». A ce titre, face aux critiques de la communauté scientifique et de la population sur le flou des mesures, le gouvernement a cherché à préciser sa position sur les tests. « Dès lors qu’une personne aura été testé positive, nous engagerons un travail d’identification et le test de tous ceux, symptomatiques ou non, qui auront eu un contact rapproché avec elle. » a ainsi expliqué le Premier Ministre, promettant au passage 700.000 tests par semaine... au 11 mai. Mais il ne dit rien de clair sur la question des malades asymptomatiques, pourtant clairement la grande inconnue du plan. En vérité, pour pouvoir être testé il faudra soit avoir été contaminé avec certitude c’est-à-dire avoir des symptômes soit avoir un proche contaminé. Encore une fois un programme qui se fonde sur l’insuffisance des tests.

En parallèle, le gouvernement a tenté de défendre son bilan et de légitimer ses très nombreuses erreurs. Sur la question des masques, Philippe a évoqué une situation de pénurie mondiale pour se défendre face au scandale suscité par la gestion des stocks de masques. Il a expliqué qu’il y aurait « assez de masques dans le pays pour faire face aux besoins à partir du 11 mai » et essayé de faire croire que la doctrine du gouvernement avait suivi celle des scientifiques. Mais ce changement de ton sur les masques ne permettra pas de faire oublier les déclarations scandaleuses de Sibeth Ndyae et de tous les membres du gouvernements au début de la crise. Surtout, alors que le manque de masque est criant et que les chiffres annoncés sont très en deçà des besoins, par exemple 100 millions par semaine alors que les soignants en ont déjà besoin de 45 millions, et après les révélations sur les mensonges du gouvernement, nous ne pouvons accorder aucune confiance à ces promesses.

Le premier ministre a par ailleurs continué de se dédouaner de la crise, allant jusqu’à faire porter sur la population la responsabilité d’un éventuel nouveau pic. « Un peu trop d’insouciance et c’est l’épidémie qui repart. Un peu trop de prudence et c’est l’ensemble du pays qui s’enfonce » a ainsi noté Edouard Philippe en guise d’avertissement. Une posture mal venue de la part d’un gouvernement qui a minimisé constamment les mesures de protection et de prévention nécessaires pour dissimuler sa gestion erratique.

Finalement, le gouvernement a annoncé la mise en place d’un déconfinement en différé selon les départements. Celui-ci sera précisé le 7 mai à travers un code couleur (vert ou rouge) distinguant les départements où le virus circule plus, pour moduler le déconfinement selon l’état local de l’épidémie, ou encore les capacités d’accueil des hôpitaux. De fait, le gouvernement a légué aux collectivités territoriales de nombreuses décisions à prendre, restant très flou et allusif sur les mesures précises. Pour autant, si Edouard Philippe a tenu à rester prudent, expliquant que « si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai, ou nous le ferons plus strictement » le gouvernement maintient son objectif : préparer la reprise de l’activité. Sur le fond, le discours du premier ministre reste dans la lignée de la politique pro-patronale appliqué jusqu’alors.

Comme l’ont confirmé, les dernières déclarations de Bruno Le Maire, invité sur LCI ce matin et qui martelait : « Nous devons retourner au travail (...) il faut qu’un maximum de Français reprennent le travail ». Il a également affirmé à nouveau que les travailleurs seraient les premiers à payer, ajoutant : « Il y aura des faillites dans les mois qui vont venir et des pertes d’emplois. Nous le savons »

Mais surtout le retour au travail !

Laissant le champ libre aux directions d’entreprises, Edouard Philippe a invité « toutes les entreprises, quand leurs moyens le leur permettent, à veiller à équiper leurs salariés » tout en annonçant la mise en place de « guides de bonnes pratiques sanitaires ». En clair, une politique non-contraignante et floue, alors que partout depuis des semaines ce sont les salariés qui ont dû se battre pour obtenir des mesures sanitaires à la hauteur de leurs besoins, ou la fermeture de leurs activités non-essentielles. Un grand flou sanitaire, sensé légitimer la reprise mais qui a de quoi inquiéter à l’heure où sur les transports, les discours du gouvernements sont contraires aux annonces des directions. Alors que le premier ministre nous explique qu’il faudra respecter la distanciation sociale dans les transports, les annonces de Catherine Guillard, PDG de la RATP dénotent : « La distanciation sociale, ce n’est pas une question de rentabilité, c’est une question de faisabilité. Si on devait l’appliquer, on ne pourrait pas faire 8 millions de voyages par jour mais seulement 2 millions. »

De fait, si le fond du projet de déconfinement de Macron vise ainsi à renvoyer au travail, à l’image de la réouverture des écoles, Edouard Philippe n’a en revanche pas eu un seul mot pour les salariés. Alors que le taux de chômage a bondi de 7,1 % au mois de mars, les travailleurs subissent une double pression sanitaire et économique. Dans certains secteurs, comme l’aéronautique la crise s’annonce plus grave que toutes celles déjà connues comme l’explique Philippe Petitcolin, directeur général de Safran au journal les Echos : « Cette crise va être beaucoup plus profonde et plus longue que ce que l’on pensait il y a seulement quelques semaines », et ce alors qu’à Daher, sous-traitant de l’aéronautique, 3300 emplois ont été supprimés.Un autre dirigeant de l’aéronautique explique même anonymement aux Echos qu’« il va y avoir des plans sociaux partout et des défaillances en cascade dans la filière. Et il sera impossible de sauver tout le monde ».

De même, alors que l’entreprise Air France a reçu deux prêts d’une valeur de sept milliards pour empêcher la faillite, celle-ci annonce déjà un plan de départ volontaire. Une attitude cautionnée par le gouvernement qui assume une politique qui fait primer le sauvetage des entreprises sur la vie des travailleurs en les remettant au travail sans aucune assurance pour la santé des travailleurs, tout comme il a renfloué leurs caisses sans aucune assurance que les travailleurs n’en pâtissent pas.

Ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise !

Aujourd’hui, ce sont les travailleurs qui subissent et subiront en premier lieu les effets de la crise sanitaire et de la crise économique, alors que le chantage à la faillite se multiplie pour encourager le déconfinement malgré l’impréparation. Dans le monde entier c’est à qui relancera le plus vite l’économie, au mépris de la santé et d’une préparation à la hauteur des enjeux. Après avoir détruits les hôpitaux publics et les services pour faire face à la crise de 2008 et causé une crise sanitaire des plus grave, les capitalistes sont prêts à faire payer à nouveau aux travailleurs les effets économiques de cette pandémie.

Il s’agit d’exiger des mesures sanitaires à la hauteur des besoins comme la mise en place de campagnes de dépistage massif mais aussi des investissements dans la santé financés par les grandes fortunes. Face à la crise économique, nous devons exiger des entreprises qu’elles dévoilent leurs livres de compte et interdire les licenciements. Dans les entreprises où le patronat cherche à licencier, il est nécessaire de reprendre le contrôle de l’activité pour empêcher toute fermeture d’emploi qui mettrait en péril la vie des travailleurs. Alors que les capitalistes veulent nous faire payer la crise, nous devons lutter pour une autre perspective, anticapitaliste et en indépendance de classe. Seuls les travailleurs sont capables de gérer la crise actuelle, sanitaire et économique et de faire valoir les intérêts de la majorité !




Mots-clés

Déconfinement   /    Daher   /    Code du Travail   /    Édouard Philippe   /    #NosViesPasLeursProfits   /    Licenciement(s)   /    Aéronautique   /    Chômage   /    Air France   /    Politique