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Politique

Déconfinement autoritaire

11 mai. Le gouvernement confine toujours plus les droits démocratiques

Le déconfinement sera à l’image de la politique sanitaire du gouvernement depuis le début de l’épidémie : répressive et au service du patronat.

samedi 9 mai

Crédit-photo : David NIVIERE / AFP

Le confinement a été mis en place sous le signe de la répression. Rendu nécessaire par un gouvernement qui n’a pas voulu agir alors qu’il savait, qui avait miné le terrain pour résoudre la crise en assurant une gestion criminelle des masques, des équipements hospitaliers et qui a tout mis en œuvre pour que le grand patronat ait le moins à y perdre. Aujourd’hui encore nous ne sommes pas sûrs de pouvoir être testés convenablement, seules les personnes présentant des symptômes étant susceptibles de se faire dépister : là encore de la « théorie » d’Olivier Véran, à la « pratique » il peut y avoir un gouffre. Les épidémiologistes ont critiqué le confinement comme une méthode médiévale dans la gestion d’une pandémie là où nous avons les capacités médicales et scientifiques pour mettre en place des confinements ciblés par l’usage de tests et de mesures sanitaires. Tout cela, l’offensive néo-libérale contre la recherche et la santé, la bureaucratie étatique l’ont empêché. Il restait aux tenants de l’Etat, le bras armé, la répression.

La criminalisation de la population dans la transmission de la maladie quand ceux qui avaient les informations et les moyens n’ont rien fait a été la doctrine étatique. L’expression la plus avancée de celle-ci s’est manifesté avec le préfet de Paris Didier Lallement qui a accusé les personnes en réanimation d’être celles qui n’avaient pas respecté le confinement. Dans les JT, on attaquait les joggeurs et les « jeunes de cité ». Pendant ce temps, les patrons de l’industrie ont pu garder ouverts leurs productions non-essentielles pour la résolution de la crise dans des conditions sanitaires absolument insuffisantes, il en allait de même dans la grande distribution. Cette criminalisation qui répartissait les responsabilités de manière commode s’est donc opérée de manière policière : près de 20 millions de contrôle à ce jour, 1 million de procès-verbaux.

Un confinement et une justice à géométrie variable évidemment selon sa couleur de peau, son lieu d’habitation et sa condition sociale. Dans les quartiers populaires, le confinement a donné un blanc-seing à la police qui n’ y a déjà pas l’habitude d’être trop dérangée, et dans les enterprises les quelques débrayages et actions de mobilisation ont souvent été mis sous pression policière. A l’opposé, le patron du Medef pouvait lui changer de domicile à sa guise.

C’est sous les mêmes auspices que s’annonce le déconfinement. Avec plus d’arbitraire peut-être encore, et plus de tension alors que la responsabilité des capitalistes et de nos gouvernants saute désormais aux yeux dans tous les domaines. Nombreuses sont les personnes qui n’attendent que d’en découdre mais savent tempérer leurs ardeurs par les besoins sanitaires. Les soignants appellent ainsi à des rassemblements dès le 11 mai en respectant la distanciation sociale. Eux qui ont été en première ligne face à la pandémie et face aux attaques des gouvernements ces dernières décennies, « héros » applaudis mais laissés pour compte au nom de la profitabilité des capitalistes.

Castaner a la fâcheuse tendance de projeter sa propre irresponsabilité et celle de ses compères ministres et industriels sur l’ensemble de la population. Pour éviter les actes d’ « imbéciles » (pour utiliser ses mots) consistant à se prendre par exemple en photo sans masque, entouré de dizaines de personnes, de rouvrir les écoles pour le compte du patronat, ou de saturer les transports dès le premier jour de déconfinement en rouvrant une grande partie des entreprises, Castaner et LREM sortent la matraque et le carnet de PV.

Première pierre de ce déconfinement, ce seront 20.000 policiers qui seront déployés sur tout le territoire. A défaut de tests pour les personnes asymptomatiques, les képis tiendront le virus éloigné... Mais La République En Marche ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Tous les coups liberticides sont permis pour faire face à la pandémie. Si l’union nationale sous motif de « guerre » n’a pas pris, la situation peut tout de même être propice à des attaques importantes sur le terrain des libertés démocratiques et la mise en place de tests de mesures de surveillance controversées mais souhaitées par la bourgeoisie avant la crise. Ainsi, la RATP va installer des caméras de surveillance « intelligente » capable de calculer le taux de personnes qui portent ou non un masque. En cas de non-port du masque le montant commence maintenant à être connu – 135€ d’amende. On pourrait peut-être calculer les économies de force de travail et d’argent pour l’ensemble de la population et ds travailleurs qui auraient pu être faites si l’ensemble de ces efforts avaient été reportés vers la fabrication de masques et leur don à l’entrée du métro. Mais le plan de Macron et des capitalistes est différent, les masques représentent désormais un marché juteux (des industriels de l’aéronautique commencent à acheter des machines maintenant que la boîte se vend à 50€) !

Les effectifs étant encore trop réduits selon certains députés LREM dont Jean-Michel Fauvergue et Jean-Michel Mis, un amendement a été ajouté dans la loi de déconfinement proposant d’accréditer les gardiens particuliers (gardes embauchés à titre privé pour une propriété privée) à verbaliser des personnes qui ne respecteraient pas les mesures sanitaires ! Le gouvernement est en manque de flics, il les cherche chez les chasseurs et les gardes privés !

Un autre sujet, sur le terrain médical cette fois, où s’invitent aussi le contrôle de la population, a été dénoncé par de nombreux médecins et notamment l’Académie de médecine et l’Ordre des médecins. Dans la loi de déconfinement, le gouvernement prévoit de rétribuer les médecins en échange des données « précises » sur leur identité et leur entourage, des données qui pourraient être stockées pendant un an. Une mine d’or pour les banques et les assurances si elles arrivaient à mettre la main dessus, elles qui calculent les taux de risque des crédits et contrats d’assurance à partir de statistiques médicales notamment. Un dangereux précédent de fichage de la population !

Enfin, si à la fin de toute cette histoire, certains étaient tenté de se tourner vers les responsables et en premier lieu les gouvernants et les patrons qui auront sacrifié la santé de leurs salariés (il faut choisir entre mourir du virus ou de faim, disait le patron de Derichebourg Aeronautics qui menace maintenant de licencier 700 personnes !), les politiciens se protègent et protègent leurs amis patrons (quand il ne s’agit pas aussi d’eux-mêmes) en introduisant une irresponsabilité pénale face à la contamination des salariés ou des personnes lors des mesures de déconfinement.

Le gouvernement veut profiter du déconfinement pour effectuer un saut répressif sur le terrain des libertés démocratiques mais également accentuer ses attaques contre le droit du travail, en rallongeant les dérogations des ordonnances Covid qui permettent d’augmenter le temps de travail. Un sujet sur lequel Édouard Philippe est resté volontairement flou face aux journalistes : « Si nous voulons dépasser ce cap, ce coup dur, il faudra collectivement nous en donner les moyens »

Ces quelques mesures illustrent la voie prise par le gouvernement pour le déconfinement. Un déconfinement pour les capitalistes, pour faire repartir les productions et les profits, au mépris de la santé des travailleurs et de leurs proches. S’il se trouve quelque râleur pour y trouver à redire on pourra toujours objecter que l’on a mis des centaines de milliers d’amendes, qui restent à ce jour chez LREM le meilleur remède qu’on ait trouvé au virus.




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