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Politique

Edito

11 mai : Macron maintient le cap malgré l’impréparation, les salariés doivent être prêts à se défendre !

Alors que le 11 mai s’annonce être un véritable fiasco, entre la défaillance au niveau sanitaire et la défiance qui augmente, les responsables de la crise tentent de se défausser de toute responsabilité. Au Sénat et dans les hautes sphères, patrons et politiques se renvoient la balle. Alors que ce sont les travailleurs qui vont devoir payer pour l’impréparation du gouvernement, il est urgent de s’organiser pour le refuser.

mardi 5 mai

Crédit photo : Ian Langsdon // AFP

Plan de déconfinement du gouvernement : le grand flou

Alors que jeudi, le gouvernement doit donner son feu vert au déconfinement, c’est le flou qui continue de régner sur le plan annoncé. Face à la contestation des échéances fixées par le gouvernement, celui-ci a alimenté les incertitudes pour mieux atténuer sa responsabilité, sous couvert de « souplesse ». « Il y aura des départements verts, des départements rouges, mais il y aura partout une discussion intense, précise, confiante, pour prendre les bonnes mesures » expliquait ainsi Edouard Philippe le 30 avril.

Une délégation de sa responsabilité aux élus locaux, mais aussi sur la population, que le gouvernement assume comme le note Gauthier Vaillant dans La Croix : « L’exécutif assume aussi de laisser aux responsables publics locaux le soin d’adapter la doctrine nationale. (…) Quant au grief fait au gouvernement de culpabiliser les Français en leur faisant porter, s’ils se « relâchaient » trop, la responsabilité d’une potentielle reprise de l’épidémie, Matignon le balaie. »

Une stratégie qui a fait sursauter les élus locaux ou directions des entreprises de transport souhaitant se défausser de leur responsabilité et jeter la balle dans le camp du gouvernement qui compte bien mettre en oeuvre son déconfinement. En ce sens, 329 maires d’Ile-de-France ont dénoncé une réouverture « à marche forcée » des écoles « dans la plupart de [leurs] communes, intenable et irréaliste », tandis que l’opposition de droite des Républicains a désavoué le plan de déconfinement du gouvernement au Sénat hier. Une opposition dont l’amendement des sénateurs à la loi prolongeant l’Etat d’urgence sanitaire révèle la logique profonde : exonérer les élus locaux et les employeurs de toute responsabilité dans la mise en œuvre du déconfinement.

Même son de cloche du côté des transporteurs, dont les directions ont décidé elles aussi de renvoyer la balle au gouvernement pour se défausser de toute responsabilité, annonçant ne pas pouvoir faire respecter les mesures de distanciation sociale dans une lettre. « Si le gouvernement devait néanmoins souhaiter prendre des mesures réglementaires nationales sur la distance physique, elles ne pourraient que relever d’une obligation de moyens. » affirmait-elle notamment, récusant toute « obligation de résultat ». Des éléments de polémiques qui révèlent la fébrilité des classes dominantes face à un déconfinement dont personne ne veut se rendre responsable, tout en partageant un objectif commun : la reprise coûte que coûte de l’activité économique au profit des entreprises.

C’est dans cette situation complexe, où le gouvernement est isolé autour d’un plan contesté, qu’Emmanuel Macron a tenté d’afficher une attitude sereine, et réaffirmé le maintien du déconfinement annoncé. Dans une interview depuis une école à Poissy hier, Macron a expliqué que tout se ferait « dans le dialogue, calmement » et remis au premier ministre le soin de tout préciser jeudi, cherchant à rassurer sur la possibilité d’une reprise le 11 mai dans une opération de communication explicite.

Si le gouvernement cherche à défendre le déconfinement pour permettre aux employeurs de faire reprendre leurs salariés, il n’a en revanche pas apporté de précision concernant les mesures de prévention. Outre le scandale autour des masques payants et chers, ce sont les tests massifs sur lequel le gouvernement garde le silence !

Face aux dangers du déconfinement, les travailleurs doivent s’organiser

Le déconfinement proposé par Macron c’est aussi le recul sur les libertés démocratiques et les droits des travailleurs, comme le montrent les inquiétudes des personnels soignants sur le pouvoir des brigades, qui pourraient avoir accès à des informations privées, mais aussi la possible application "StopCovid". Avec la prorogation de l’Etat d’Urgence Sanitaire, le gouvernement va pouvoir avancer encore plus sur ces mesures, avec notamment dans le projet de loi la création d’un fichier des personnes contacts et infectées.

Mais, alors que gouvernement, politiques et patrons se renvoient la balle, les travailleurs ont également exprimé leurs désaccords avec le déconfinement. De nombreux professeurs se sont ainsi positionnés contre un déconfinement prématuré et insuffisamment préparé, tout comme une large frange des soignants. Pour le 11 mai, des préavis de grève ont même été déposés comme dans l’Essonne ou dans le Loiret, tandis que des AGs ont lieu pour discuter de la reprise, parfois même avec les parents d’élèves. A Toulouse, le personnel soignant du CHU est également appelé à la grève ce 11 mai.

De même, dans les transports, face à l’impréparation du gouvernement et des entreprises, les travailleurs réagissent. « Quand on voit la situation actuelle on se dit que le 11 mai on aura droit à des émeutes dans nos bus, et pas par plaisir ni par manque de « civisme » : nous les ouvriers n’avons pas le choix que de prendre les transports pour aller travailler. Le machiniste se retrouvera encore seul au monde à gérer un flux d’usagers impossible à contrôler. » note ainsi Ahmed Berrahal, élu CGT RATP dans un récent article pour Révolution Permanente. « Pour ce qui est des sièges condamnés, on nous a dit en CSE qu’il n’y aurait pas de rubalise sur les sièges car pour faire tout le parc il faudrait plusieurs semaines. Du coup, comme à la RATP, ils proposent un sticker, un simple autocollant qui demande de conserver les distances… Une mesure absurde. » rapporte de son côté un syndicaliste de la SNCF. Le 11 mai, ce pourrait être une vague de droits de retrait auquel fera face le gouvernement, une perspective qu’évoquent effrayées les directions des entreprises de transport dans leur courrier à Edouard Philippe.

Alors que depuis le début de l’épidémie ce sont les travailleurs qui ont fait tourner le pays et ont pris en charge tout le travail nécessaire à résoudre la crise sanitaire, ce sont eux qui devraient trancher à la fois sur le déconfinement et sur ses modalités. Face à l’impréparation et à des capitalistes qui font tout pour se défausser, ils sont les plus à même de connaître les besoins et de satisfaire les intérêts de la majorité.




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