^

Notre classe

Non à la garderie du Medef !

Pour une école au service de la résolution de la crise !

La réouverture des écoles à compter du 11 mai, décidée par un gouvernement qui n’a en rien su prendre les bonnes décisions depuis le début de la pandémie et qui a, par ses politiques austéritaires consécutives, permis une situation plus qu’intenable, a suscité une large vague de contestation. Au-delà du rapport de défiance légitime, quelle place pour la colère et comment affronter la crise dans la période ? Bien loin des injonctions contradictoires, les travailleurs et travailleuses de l’Éducation ont un rôle à jouer pour la résolution de la crise.

lundi 4 mai

Deuxième vague et relance économique

Ceux qui nous gouvernent, le patronat, la bourgeoisie, ont su amplement démontrer que leurs intérêts primaient sur nos vies tout au long de ces dernières semaines. La démonstration n’est plus à faire et le mot d’ordre « nos vies valent plus que leurs profits » est plus que jamais d’actualité. La compréhension large de la mise en danger des vies de « ceux qui ne sont rien », de ceux qui sont en première ligne, a trouvé son incarnation dans l’injonction faite aux travailleuses et travailleurs de l’Éducation. Pour eux, la reprise du 11 mai entérine la conception de l’école non pas comme un lieu d’apprentissages et d’épanouissement, mais bien comme une école « garderie du Medef », qui offrirait aux patrons l’opportunité de remettre la main sur les parents travailleurs jusqu’alors confinés pour garde d’enfants. Le nœud est là ! Et si pour le défaire le gouvernement a d’abord prétendu se soucier des inégalités, Blanquer assume ouvertement aujourd’hui que l’enjeu de la réouverture des écoles est bel et bien la relance économique. Plus préoccupés à exploiter qu’à développer un plan sanitaire d’envergure, ceux d’en-haut voient la colère grandir et, à coups d’injonctions contradictoires, tentent d’éviter ce qu’ils osent appeler des « chamailleries ». Qui pourra résoudre cette crise pandémique et quel rôle peuvent jouer les travailleurs de l’Éducation dans ce contexte ?

S’organiser, discuter, sortir de l’attente des décisions prises en-haut !

Le confinement côté éducation a commencé de façon chaotique. Avec un Ministre osant prétendre que tout était prêt pour une continuité pédagogique, la situation réelle a montré que la réussite ne reposait que sur la grande capacité des profs, des élèves et des familles à improviser et à s’adapter aux changements brusques. Ainsi, il devient évident pendant cette période de crise sanitaire que les rouages du gros appareil administratif de l’Éducation nationale sont plus que rouillés, mais que les travailleurs, eux, ne le sont pas ! Leur inventivité et leur réactivité n’ont en effet pas pour origine les décisions prises au sommet de l’État, elles reposent seulement sur la conscience professionnelle et la volonté forte d’accompagner les élèves au mieux.
Pourtant, les savoirs et l’adaptation de cette continuité pédagogique ont aujourd’hui peu de lien avec une réflexion commune sur la façon dont l’école pourrait se mettre au service de la résolution de la crise.

Il y a urgence à se retrouver pour débattre du sens et de l’orientation que l’on peut donner à l’École, malgré cette période de confinement et les inégalités d’accès au numérique qu’elle engendre. La mise en place et la multiplication d’AG virtuelles reste aujourd’hui la solution pour permettre échanges, dialogues et réflexions, bien loin des injonctions contradictoires des hiérarchies. Ces espaces collectifs dans lesquels l’inventivité et la créativité des profs, tant de fois soulignées, pourraient se mettre au service de la crise.

Si de nombreuses AG sont aujourd’hui initiées, elles se font souvent en réactivité aux annonces changeantes et permettent peu de réfléchir l’école de demain de façon positive. Ces assemblées permettent d’initier du collectif en regroupant dans les classes interactives (outil que beaucoup savent aujourd’hui gérer) des parents, des profs, des agents qui s’autorisent à discuter collectivement de l’école de demain et de quels savoirs il faut enseigner en priorité. Rapidement, les élèves vont avoir besoin de sortir grandis de cette crise, avec de nouvelles connaissances, et pas écrasés par le poids d’une surcharge de travail occupant le temps et les cerveaux. Cette surcharge ne crée en rien une émancipation intellectuelle. En somme, la continuité pédagogique est parfois devenue une contention idéologique, et c’est ce carcan qu’il faut aujourd’hui détruire en expliquant aux élèves d’où vient la pandémie, comment elle est gérée, il faut leur raconter l’histoire des crises précédentes et les choix mis en œuvre. Pour cela, le contenu des enseignements pourrait être discuté grâce au cadre offert par les AG virtuelles : beaucoup de parents sont au cœur des apprentissages aujourd’hui et en capacité d’aider à penser le contenu des savoirs à développer dans la période. En outre, il s’agit de discuter et de dessiner ensemble la société de demain. Cela ne peut se faire que collectivement.

Une école au service de la résolution de la crise

Les inégalités territoriales créées par la pandémie entraînent chez les travailleurs de l’Éducation et les familles une inégalité de compréhension face à ce choix de réouverture. Ainsi dans l’Oise, le Grand Est, et la région parisienne, demander à des parents ou des profs de ressortir dans 10 jours pour aller au travail, prendre les transports, aller à l’école, est compris, à raison, comme une mise en danger de la vie. N’oublions pas que certains ont perdu amis, familles, collègues. Dans certaines régions fortement endeuillées, la violence d’une reprise sans garantie sanitaire est combinée aux difficultés économiques grandissantes, conséquences du chômage partiel ou du chômage tout court.

Pour toutes ces raisons, l’opposition à la réouverture le 11, ou même après, semble la réponse cohérente face à un gouvernement qui n’a su jusqu’alors protéger les travailleurs en ne leur garantissant aucune mesure sanitaire. Le scandale autour de sa capacité à fournir des masques en dit long sur son incapacité à gérer la crise. Aussi, dans ce contexte, tant sanitaire qu’économique, cette réponse doit s’accompagner de propositions, de solutions par en bas face à cette crise. Pour beaucoup, comme en Ile-de-France où il était déjà difficile de boucler ses fins de mois, la mise au chômage partielle ou totale instaure une situation de précarité sans précédent. Les aides alimentaires ont été décuplées et les initiatives d’organisation de distributions alimentaires démultipliées. L’école dans la période devrait avoir ce rôle de pouvoir garantir que chaque famille ne se retrouve pas dans des situations de famine

Un enfant sur 5 dans la période ne mange pas toujours à sa faim, et les mois à venir vont empirer cette situation, d’autant que l’inflation est grandissante. Les prix des denrées alimentaires ne vont cesser d’augmenter et, là aussi, l’ensemble de la population doit avoir un droit de regard et de contrôle sur les prix. Les parents, profs et agents volontaires pourraient, dans les régions les plus touchées par la crise économique, s’organiser pour permettre les distributions d’aides alimentaires, comme cela a commencé à se faire dans quelques établissements en puisant dans les fonds sociaux. Nous pouvons exiger l’aide de la cantine à la ville ou demander la réouverture des cantines pour les transformer en lieu de préparation de repas à venir et chercher ainsi garantir aux familles les plus modestes le droit à continuer de nourrir leurs enfants. Cette situation est particulièrement urgente dans le 93, et à ce stade il n’y a plus aucune illusion à se faire sur la capacité du gouvernement à prendre en charge ce problème. Alors il y a urgence à prendre les choses en main. Il en va probablement de la vie de plusieurs enfants. L’exemple des travailleurs du Mac Do de Saint Barthelemy doit en ce sens grandement nous inspirer

Certains établissement scolaires, et en particulier les lycées, ont commencé à réaliser des masques ou des visières de protection. Ce type d’initiative devrait pouvoir se démultiplier dans la période et recenser les besoins du plus grand nombre afin de pouvoir y répondre. Là encore, l’école est au cœur de la ville et les volontaires pourraient organiser des chaînes de production dans des établissements reconvertis au service de la crise. La confection de gel hydro-alcoolique en vue d’une distribution gratuite au plus grand nombre pourrait aussi se faire depuis les établissements scolaires. En Argentine par exemple l’usine Madygraf se définit depuis qu’elle est sous contrôle ouvrier, comme une usine au service des travailleurs et de la population. L’année dernière, ils ont produit 150 000 cahiers pour les distribuer aux écoles du quartier. Aujourd’hui, face au coronavirus, ils montrent l’exemple, en produisant, aux côtés des étudiants et professeurs de Sciences et Technologie de l’USAM principalement, des gels hydro-alcoolique et des masques pour les mettre au service des hôpitaux et de la population, notamment dans les quartiers les plus pauvres.

La situation de crise pandémique, la crise économique grandissante et les tergiversations du gouvernement nous mettent dans des situations de paralysie, de stress et d’incapacité à penser par nous-même des réponses au service de la résolution de la crise. Pourtant, nos morts s’accumulent et le gouvernement ne semble pas pressé de nous garantir des mesures sanitaires à la hauteur. Il l’est bien plus en revanche quand il s’agit de relancer l’économie... Il y a urgence, pour notre classe, à préparer les batailles face à ce gouvernement mortifère et à s’organiser pour préparer le monde d’après. Cela ne pourra se faire que par nous. Il y a urgence à prendre nos affaires en mains, à nous organiser, et l’école a un rôle central à jouer au service de la résolution de la crise !




Mots-clés

11 mai   /    Continuité pédagogique   /    Coronavirus   /    Education nationale    /    Jean-Michel Blanquer   /    Notre classe