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Politique

11 mai. RATP et SNCF prêtes à oublier les gestes barrières pour assurer la reprise économique

Les dirigeants des entreprises de transport assument que l’exigence de relance de l’activité économique est incompatible avec la protection des salariés et usagers. Pour remplir les objectifs du gouvernement, RATP et SNCF oublient les gestes barrières, augmentant fortement le risque d’une deuxième vague de l’épidémie.

samedi 25 avril

Un bus bondé en région parisienne pendant le confinement

Déconfinement : la reprise économique à marche forcée au risque d’une deuxième vague ?

 
Alors que la date du 11 mai a été annoncée la semaine dernière pour un début de déconfinement, la crainte d’une deuxième vague et les interrogations sur les mesures de prévention mises en place demeurent. Outre les écoles, dont la réouverture a suscité un tollé chez les parents comme chez les professionnels de santé, dénonçant une mesure dictée par des impératifs économiques, c’est la reprise des transports qui inquiète.
 
Alors que la semaine dernière, les ministres tempéraient la nature du 11 mai, évoquant un déconfinement progressif, les déclarations récentes concernant les transports ne laissent plus de doute sur la volonté du gouvernement : faire repartir au maximum l’activité économique. Interrogé hier sur BFM TV, Jean-Baptiste Djebarri, Ministre des Transports a ainsi expliqué : « La demande de transport va augmenter avec le retour de l’activité. Aujourd’hui, nous avons 30% des transports en Île-de-France pour 4% des voyageurs. Nous visons 70% de l’offre pour le 11 mai ».
 
Pourtant, si le gouvernement et les dirigeants des entreprises de transports mettent en avant des objectifs élevés de reprise, ce sont les mesures de prévention mises en œuvre qui inquiètent de nombreux salariés et usagers. Catherine Guillouard pour la RATP et Jean-Pierre Farandou pour la SNCF ne s’en cachent pas : l’objectif imposé par le gouvernement pour relancer l’activité implique de rogner sur certaines mesures de prévention, et notamment les gestes barrières.
 
La semaine dernière, le PDG de la SNCF s’est ainsi exprimé devant la commission de l’Aménagement du territoire et du Développement durable au Sénat. « Devant la perspective d’une hausse du nombre de voyageurs, la SNCF s’interroge sur la poursuite des règles en vigueur, comme le placement d’un passager sur deux. Dans les trains du quotidien, il sera difficile de maintenir une distance d’un mètre et demi entre les passagers. En appliquant ce principe à l’Île-de-France, la SNCF ne pourrait transporter que 20 % des voyageurs qu’elle achemine en temps normal, même si tous les trains étaient en circulation. « Donc ça ne marchera pas, et on n’y arrivera pas », constate Jean-Pierre Farandou » rapporte Guillaume Jacquot pour Public Senat. Une préoccupation technique, qui va de pair avec un enjeu économique. Expliquant l’impossibilité de limiter de trop le remplissage des trains pour rendre possible les gestes barrières, Jean-Pierre Farandou ne s’est ainsi pas caché de sa préoccupation, assurer la rentabilité de l’entreprise. « La dimension économique doit commencer à entrer en compte » a-t-il ainsi affirmé devant la Commission.
 
Même son de cloche du côté de la RATP hier matin. Sur France Inter, Catherine Guillouard a ainsi expliqué sans détour que l’application de la distanciation sociale dans les transports était impossible à concilier avec l’impératif de reprise de l’activité économique – elle propose donc, par opposition, de s’en remettre aux... gestes barrières dont la distanciation fait partie ! « Ce n’est absolument pas une question de rentabilité mais de faisabilité, mais aussi de savoir si on veut rallumer l’activité économique ou pas. » a-t-elle ainsi expliqué, avant de préciser « si on devait appliquer la distanciation sociale, on ne produirait plus que 2 millions de voyage par jour », soit quatre fois moins que l’objectif affiché de 70% du trafic, qui correspond à 8 millions de voyage par jour.
 
En clair, du côté de la RATP comme de la SNCF, l’objectif de reprise de l’activité économique à marche forcée empêche la mise en place des mesures de prévention sanitaires de base, dont les principaux gouvernements du monde et l’OMS martèlent pourtant quotidiennement l’importance depuis des semaines ! Face aux annonces de la RATP et la SNCF, les salariés ne cachent pas leur colère. Dans un tract, la CGT RATP Bus dénonce les mesures préconisées par la direction pour permettre la reprise d’un trafic maximal : « Afin de permettre ce retour aux TM plein trafic, la direction déciderait donc : de mettre fin aux services dépôt/dépôt ; de rétablir les services en 2 fois : de remettre en place les glissements sur le tramway ; de rétablir la montée par la porte avant du Bus ; de supprimer en conséquence la condamnation des 4 sièges avant des bus et des trams. Bref, il s’agit de supprimer la plupart des aménagements de travail que nous avions obtenu ces dernières semaines afin de protéger a minima les machinistes. »
 
Un choix explicite de privilégier la reprise économique sur les enjeux sanitaires qui met en danger salariés et usagers, et que les directions des entreprises de transport tentent de légitimer en évoquant le « port du masque obligatoire » comme une solution miracle.
 

Le port du masque obligatoire, un faux substitut aux gestes barrières

 
Une réponse qui pose question sur plusieurs points. D’abord, malgré les annonces du gouvernement la question de l’accès à ces masques alors que ceux-ci continuent de manquer pour toute une partie des professionnels de santé et de soin (hôpitaux, mais aussi EHPAD ou aides à domicile) ne manque pas d’interroger. Outre le risque de priver certains professionnels de masques, l’accès aux masques risque de poser problème aux usagers, les responsables d’entreprises de transport ayant déjà affirmé qu’ils ne pourraient a priori pas en distribuer aux voyageurs, tout en étudiant la perspective de sanctionner les usagers qui ne porteraient pas de masques !
 
Surtout, sur un plan sanitaire, la substitution annoncée des gestes barrières par le port du masque apparaît comme une absurdité évidente. En effet, ces deux mesures sont nécessairement complémentaires, et si le port du masque peut jouer un rôle pour limiter la transmission, il apparaît totalement insuffisant dans l’éventualité d’un afflux de passagers dans les transports, imposant une très forte proximité entre les voyageurs. Autres mesures évoquées pour limiter le danger : le lissage des heures de pointe et le maintien du télétravail. Des mesures qui ne résolvent rien, mais qui rappellent que les usagers les plus exposés seront à nouveau tous ceux qui ne peuvent pas télétravailler, dont sont souvent les plus précaires.
 

 

Face aux politiques absurdes du gouvernement, de la RATP et la SNCF, l’urgence d’un contrôle par les salariés

 
Finalement, les annonces sur la politique de reprise des transports ne sont qu’un révélateur supplémentaire de l’orientation de la politique de déconfinement adoptée par le gouvernement : une priorité absolue accordée à la reprise économique sur la sécurité sanitaire et la lutte contre l’épidémie. En ce sens, les travailleurs des transports publics devraient imposer leur droit de veto sur la reprise de leur activité, en exigeant la mise en place de commissions réellement décisionnaires, composées de syndiqués et de non-syndiqués, à mêmes de se prononcer sur la stratégie de reprise adoptée par la RATP et la SNCF.
 
 
Face à des directions obsédées par l’impératif de rentabilité économique ou le remplissage des objectifs du gouvernement, de telles commissions constitueraient un moyen d’imposer des modalités de reprise de l’activité respectueuses des exigences sanitaires. En effet, dans la santé et dans tous les secteurs de production, les travailleurs ont prouvé tout au long de l’épidémie qu’ils étaient les seuls à mêmes de prendre des décisions sur la continuité ou l’arrêt des productions qui ne soient pas guidées par la seule logique du profit. C’est cette capacité à penser une gestion rationnelle des transports publics, en phase avec les impératifs de lutte contre l’épidémie, que les salariés de la RATP et la SNCF doivent plus que jamais revendiquer ! Seul ce contrôle ouvrier garantit un déconfinement qui protège autant les salariés que les usagers.




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