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Politique

Comment scénariser son duel avec Zemmour

11 novembre : après l’avoir célébré en 2018, Macron se la joue anti-Pétain !

Après avoir endossé son costume de candidat dans son allocution de mardi, Macron reprend son costume présidentiel pour développer son récit national. Un récit qui, il faut le rappeler, avait commencé avec les honneurs au "grand soldat" Pétain en 2018. Il s'achève en 2021 en commémorant cette fois, Hubert Germain, qui se revendiquait comme « le premier anti-pétainiste de France ». Un grand écart, qui s'inscrit dans la poursuite de la construction d'un récit national, cherchant à construire un nouveau scénario pour 2022 : celui d'un duel face à Zemmour.

vendredi 12 novembre

Crédits : AFP

Dans sa course aux présidentielles, Macron développe son récit national. Après avoir commémoré le 17 octobre 1961 en condamnant Papon pour mieux dédouaner De Gaulle et la République, le chef de l’Etat écrit une nouvelle page : celle de la commémoration des 103 ans de l’armistice de la guerre 14-18, ainsi que l’hommage et l’inhumation de Hubert Germain, dernier compagnon de la Libération décédé le 12 octobre.

Anaphorique, son discours fait écho à celui que Malraux avait récité lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon. « Serions-nous là ? » répète-t’il en citant différentes figures de la résistance. Parmi elles, Hubert Germain, dont le corps a été déplacé dans la crypte du Mont Valérien. Un cérémonial qui n’est pas sans rappeler celui voulu par De Gaulle en 1945, qui commémorait, le 11 novembre également, la mort de 15 hommes et femmes morts durant la Seconde Guerre Mondiale, accueillis eux aussi sur la colline du Mont Valérien.

Que de symboles forts, et surtout chers aux idéaux républicains. Ce n’est pas un hasard si le discours de Macron s’est présenté si solennel et profond, cherchant à la fois à émouvoir mais aussi à mettre en le mettre en valeur, sous l’image de l’homme fort. Sa voix plus grave que d’habitude lui donne un air plus sérieux, plus mature, plus « présidentiable ». Et c’est exactement la force de ces symboles dont raffole Macron à l’aube de 2022.

Enfin, ce dernier a pleuré et sorti un mouchoir au moment de l’inhumation du corps de Hubert Germain. Il a aussi déclaré dans son discours que l’Ordre des compagnons de la Libération, qui vient donc de perdre son dernier membre, sera désormais placé sous la protection du Président de la République. Un moyen pour Macron de s’offrir un coup de communication, apparaissant comme la figure présidentielle, se tenant debout aujourd’hui après tout cet « héritage historique » auquel il fait hommage.

Dans son discours, il évoque les compagnons de la Libération, femmes et hommes « faits de bravoure, et de sacrifice pour la France ». Des « chevaliers de la liberté » auquel il rend hommage, évoquant à quel point « la France est liberté, la France est transmission » et "Leurs braises ardentes sont dans nos mains. Et quand viendra le jour, quand sonnera l’heure, nous saurons les raviver", a-t-il assuré. Tout un scénario cherchant à raviver l’héritage du Général De Gaulle, comme une manière de répondre sur le terrain du récit national à Zemmour et ses polémique sur Pétain. En ce sens, il n’est pas anodin qu’Hubert Germain, une fois adulte, se présentait comme « le premier anti-pétainiste de France ».

A la fin du mois, c’est Joséphine Baker – vedette des Années folles née aux Etats-Unis, elle s’était engagée dans la France Libre - qui entrera au Panthéon. Là encore, Macron lui réserve un hommage sous des teintes nationalistes : il « élargira son propos dans un nouveau discours pour expliquer ce que signifie le fait de « devenir Français » », d’après Le Figaro.

Après avoir endossé mardi son costume de candidat, avec un programme résolument adressé à la droite, Macron a cherché au travers ces commémorations à reprendre de la hauteur en ré endossant le costume présidentiel. En campagne, l’objectif pour Macron se situe avant tout sur le terrain électoral : se représidentialiser, dans les pas du Général De Gaulle, pour reconstruire un récit national, terrain sur lequel, il n’est pas forcément en position de force, après les moultes polémiques qui ont parcouru son quinquennat autour de Pétain, et plus récemment ses sorties sur l’Algérie qui ont ouvert la voie à un incident diplomatique. Pour le chef de l’Etat, il faut consolider un récit national pour se poser comme l’expression du "progressisme" avec en ligne de mire la mise en scène d’un duel contre Zemmour sur lequel parie désormais l’exécutif pour empêcher l’émergence d’une candidature à droite en 2022.




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