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Genres et sexualités

Mois contre les violences faites aux femmes

111ème féminicide de l’année : l’impasse de la politique gouvernementale face aux violences de genre

Dimanche, une femme a été poignardée à la Réunion par son compagnon. Ce meurtre s’ajoute à une longue liste de féminicides. Cette terrible réalité révèle l’impasse de la voie pénale, du gouvernement et de la police, pour endiguer les violences patriarcales.

lundi 7 novembre

Crédits : AFP

Une femme de 49 ans, mère de trois enfants, est décédée ce dimanche à Sainte-Rose (au sud de l’île de la Réunion), poignardée par son compagnon a annoncé hier l’AFP. Celui-ci a ensuite tenté de mettre fin à ses jours, et a été hospitalisé. Le parquet de Saint-Denis a ouvert une enquête.

Ce féminicide vient s’ajouter à une longue liste de meurtres similaires depuis le début de l’année. Au total, ce sont 111 femmes qui ont été tuées depuis le 1er janvier par leurs conjoints, selon le décompte de l’organisation Nous Toutes. Un chiffre qui dépasse déjà celui du ministère de l’intérieur pour l’année 2020.

L’impasse de la politique du gouvernement

Cette forme de violence extrême que sont les féminicides sont le bout d’une longue chaîne de violences intrinsèques au patriarcat. Celui-ci fait des femmes des objets à la disposition des désirs des hommes, des citoyennes de « seconde classe » ou présente le mariage et la famille comme seul horizon d’émancipation pour une grande partie de la population, forgeant des rapports qui conduisent certains hommes à s’octroyer le droit de vie ou de mort sur leur compagne.

Malgré la visibilité acquise ces dernières années par les violences sexistes, celles-ci continuent de prospérer. De fait, la politique du gouvernement Macron depuis 2019 et son Grenelle contre les violences conjugales, a été de promouvoir une réponse policière, répressive et judiciaire aux violences sexistes et sexuelles [1]. Une réponse qui entretient l’idée que les violences de genre comme les féminicides sont une anomalie du système, qu’il faudrait donc améliorer, alors même qu’elles en sont une partie intégrante.

Une impasse qui rend les femmes dépendantes d’institutions et d’un État qui les violentent et les cantonnent à un statut de victimes, permet les instrumentalisations sécuritaires les plus crasses de la part de Gérald Darmanin ou Marlène Schiappa [2] et subordonne la vie et la sécurité des femmes à des mesures répressives inefficaces pour éradiquer les violences.

Pour un autre féminisme face aux violences sexistes et sexuelles

C’est pour cela que notre féminisme est résolument en désaccord avec les politiques qui tendent à interpeller le gouvernement et à exiger des formations et des moyens pour la police et la justice. Pour être à la hauteur de la lutte contre les violences patriarcales et de ce qu’elles engendrent de pire à l’instar des féminicides, il est nécessaire de permettre aux femmes d’être actrices de leur propre émancipation en indépendance de l’État et de ses institutions.

Cela passe par l’écoute des victimes de violences et la garantie d’une indépendance économique, afin que chaque femme puisse échapper à un foyer ou un espace violent. Le revenu minimum devrait être fixé à 1800€ net, indexé sur l’inflation, afin de garantir cette indépendance économique. En parallèle, il faut revendiquer comme mesure d’urgence l’éloignement effectif de l’auteur des violences et sa prise en charge par des professionnels, notamment de santé, afin d’éviter la spirale infernale de l’incarcération en tentant au mieux d’identifier les éventuels problèmes psychiatriques qui mènent à ce type de violences.

A rebours de la stratégie du gouvernement qui renforce le ministère de l’Intérieur sous couvert de lutte pour les droits des femmes, il est nécessaire d’exiger la réquisition des logements vides, des papiers pour toutes et tous, des moyens qui servent à financer des structures et le personnel de suivi pour les auteurs de violence, ainsi que des centres d’accueil, de soin, d’aides psychologiques pour les victimes.

C’est ce féminisme d’indépendance de classe, révolutionnaire et internationaliste que nous voulons porter avec le collectif Du Pain et des Roses dans les manifestations contre toutes les violences faites aux femmes en ce mois de novembre.

Notes :

[1] Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a par exemple été l’artisan de nouvelles mesures l’été dernier pour améliorer les dépôts de plainte, et défend régulièrement le bilan du gouvernement Macron assurant que 157 000 policiers et gendarmes ont été formés à l’accueil des victimes de violences conjugales ces dernières années. Il affirme également que 417 intervenants sociaux sont désormais présents dans des commissariats ou gendarmeries pour accompagner, soutenir et orienter les victimes, et promet de vouloir porter ce nombre à 600 d’ici à 2025.

[2] En 2019, déjà, Marlène Schiappa, alors secrétaire d’État en charge de l’égalité femmes-hommes, proposait « d’expulser les citoyens étrangers condamnés pour violences sexuelles », au lendemain d’un comité interministériel sur l’immigration, poussant Marine Le Pen à abonder dans son sens.