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12 profs manquants au lycée Gustave Eiffel à Paris : « J’ai jamais assisté à un tel manque de moyens »

Tandis que les médias et le gouvernement cherchent à clore la séquence sur la crise de recrutement dans le primaire et le secondaire, le manque de professeurs dans plusieurs établissements en cette rentrée met en lumière les conséquences de la casse de l'Education Nationale. Entretien avec Pierre, enseignant syndiqué dans un lycée du 93.

jeudi 1er septembre

Crédits photo : AFP / Mehdi Fedouach

Révolution Permanente : Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Pierre* : Je m’appelle Pierre* et je suis professeur syndiqué, au lycée Gustave Eiffel.

Révolution Permanente : Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qui s’est déroulé aujourd’hui ?

Pierre* : On nous a annoncé là, en cette rentrée, qu’il manquait 12 profs. 12 ou 13 a dit la proviseure. C’est soit des postes stagiaires où il n’y a pas eu de stagiaires nommés, soit des postes à temps complet. Les élèves vont donc recevoir aujourd’hui leur emploi du temps dans lesquels sont prévus des créneaux avec les disciplines concernées, mais sans les noms d’enseignants désignés pour l’instant.

Révolution Permanente : Comment vous expliquez cette situation ?

Pierre* : Il y a un manque global parce qu’on est habitués à recevoir des stagiaires dans l’établissement, mais là il y a eu un loupé en termes de recrutements en juin. Quant au temps complet, là ce sont des manques d’enseignants qui sont à déplorer, ou alors une mauvaise répartition des remplaçants. Par exemple, une collègue, suite au message que j’avais écrit à mon syndicat pour les prévenir de la pénurie de profs, m’a écrit pour me dire qu’elle cherche elle une affectation qu’elle n’a pas encore eue. On est donc plus sur un problème d’organisation du mouvement par le rectorat, qui pose problème depuis que les syndicats n’ont plus la possibilité d’assister aux réunions pour traiter des mutations (commissions paritaires), depuis Blanquer.

Révolution Permanente : Quelles sont les conséquences de cette pénurie ?

Pierre* : Il y a toujours eu des contractuels à Gustave Eiffel, mais les années précédentes il devait y en avoir 1 ou 2. Si ces postes restent tels quels et qu’on y met des contractuels, on en aura 6 fois plus. C’est inquiétant pour l’avenir qu’on réserve à l’Education Nationale, car derrière il y a aussi les élèves... On a un manque de profs et derrière, c’est les élèves qui trinquent. J’enseigne depuis quelques années et c’est la première fois que j’assiste à un tel manque de moyens dès le début de l’année.

Révolution Permanente : Mais d’où vient cette pénurie de profs d’après vous ?

Pierre* : Il y a un problème d’attractivité de la profession. Je pense que l’accompagnement pour les enseignants qui débutent n’est pas non plus la meilleure, par exemple avec la réforme Blanquer qui propose à des étudiants de faire cours y compris lors de leur formation initiale. Et on a un problème de moyens, c’est comme le service public en général, la casse qui est organisée est globale. Dans le lycée où j’exerce, on avait deux Conseillers d’orientations psychologues, on n’en a plus qu’une, puisque l’autre a été mutée et qu’il n’y a pas de remplaçant. Donc ça fait partie de cette dévalorisation du secteur public qui ne touche pas que les enseignants.

Révolution Permanente : Vous pensez qu’il y a un ras-le-bol aujourd’hui de tous ces secteurs ?

Pierre* : Oui, en espérant que l’interprofessionnelle du 29 donne un ressaut de mobilisation, avec une résonance aussi dans l’opinion publique. Parce que toute la politique du gouvernement peut assommer aussi pas mal. Le dégel du point d’indice de cet été par exemple ne compense pas du tout le gel ni l’inflation. C’est encore une façon de nous mépriser, comme Blanquer avait l’habitude de le faire, par exemple prévenant dans les médias les politiques qu’il fallait que l’on mène sur place. Tout ce mépris pèse. Et quand on a évoqué la question en réunion syndicale, on a aussi parlé des problèmes de recrutement à la RATP à la SNCF, des problèmes des soignants. Ce n’est pas quelque chose qui arrive juste à l’enseignement ou l’Education Nationale mais qui concerne toute la fonction publique en général. Suite au Covid, il y a eu de belles paroles prononcées sur l’importance des services publics, de l’hôpital, du corps enseignant, etc. Et post-Covid, on voit bien que c’était que de la poudre aux yeux et que c’est une nouvelle façon de mépriser des gens qui depuis des années réclament des moyens et ne les ont pas obtenus.

*Prénom fictif



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