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« 120 élèves absents, 47 cas positifs ou contacts… et aucuns moyens » : une AED raconte sa rentrée

Dimanche soir, Jean-Michel Blanquer annoncé un protocole sanitaire totalement dérisoire à quelques heures de la rentrée. Nous relayons ci-dessous le témoignage d’une AED dans un lycée parisien qui revient sur la désorganisation face au covid en ce premier jour de classe.

lundi 3 janvier

Crédits photo : La cour du lycée Brequigny, à Rennes (Ille-et-Vilaine), le 1er septembre 2020, jour de rentrée - DAMIEN MEYER / AFP

Je suis étudiante et AED dans un lycée parisien, et ce matin j’aimerais raconter ce que c’est que de devoir appliquer le protocole sanitaire de Blanquer.

Une matinée face à l’avalanche des cas positifs et des cas contacts dans un lycée

La journée commence avec, dès 7h52, un appel d’un premier parent d’élève. Leur fils est négatif mais eux deux sont positifs. Il est vacciné et négatif : selon le protocole il doit venir. On fait quoi ? Ensuite, une élève appelle, elle est cas contact de sa cousine après le nouvel an. Négative, non vaccinée. 7 jours d’isolement donc, mais comment va-t-elle suivre les cours cette semaine ? Rien ne semble prévu en ce sens.

Le masque est obligatoire dans la cour de récréation et on doit donc contrôler les élèves. Une prof est absente, positif au covid, pas de remplacement prévu. Les élèves se retrouvent tous dans le foyer, enlèvent les masques et chahutent. Les contaminations vont exploser, c’est une certitude.

Un autre élève appelle. Il est positif, non vacciné. 10 jours de confinement selon le protocole. La direction est énervée, il faut que je leur transmette toutes les décisions. Ils pestent contre l’absentéisme et les « mensonges » des élèves. Mais ce n’est pas de l’absentéisme, ce ne sont pas des mensonges : c’est une vague épidémique. Un autre prof appelle, la maîtresse de sa fille a le Covid, il ne sera pas là aujourd’hui. Pas de remplacement prévu.

Autre nouvelle, on se retrouve avec une classe quasi-entièrement cas contact d’une élève positive. Ils ont fait le nouvel an ensemble, elle vient d’être testée. Un des jeunes se sent malade. On dirait une simulation mais je vous jure que tout ça est bien vrai, ça ne s’arrête jamais. Du coup, on a ouvert toutes les fenêtres… La situation va être drôle quand il va refaire vraiment froid ! C’est n’importe quoi, et même les CPE sont obligés de l’avouer, ça ne peut pas tenir comme ça.

Pas de protocole sanitaire à la hauteur face à la situation, il va falloir se mobiliser !

Mon collègue m’apprend qu’il a passé les vacances sous covid. Pour lui c’est sûr, il a attrapé le Covid-19 en travaillant au lycée avant les fêtes. En même temps, on a aucun matériel de protection et on joue les infirmières et les épidémiologues depuis 1 mois, et la rentrée risque d’être encore pire.

Ce matin, les premiers chiffres sont déjà énormes : plus de 120 absences sans justification, 47 cas contacts ou positifs Covid-19 signalés, trois profs absents à cause du coronavirus et tout ça sans aucun moyens pour faire face. A mon avis, on n’a pas toutes les informations, mais c’est déjà un record pour un lycée de 900 élèves. La rentrée du 3 janvier se passe sous le signe de Omicron sachant que les cours viennent à peine de commencer et que les gens n’ont même pas eu le temps de se contaminer au lycée.

Or, face à ça, le gouvernement a choisi… d’alléger les protocoles d’isolement. Les cas contacts vaccinés, même si c’est leur entourage proche qui est contaminé, ne s’isoleront pas. C’est hallucinant. On sait pourtant qu’il faut tester, tracer et isoler. Les protocoles annoncés pour l’école la veille sont, de même, totalement insuffisants. Ca effraye une AESH. Elle est personne à risque et obligée de travailler sans masque FFP2 à côté des élèves. Mais pour Blanquer, « il est très difficile de faire cours avec des masques FFP2, lequel est d’ailleurs réservé au monde soignant ». C’est fou le nombre de bêtises qu’on les laisse dire.

De notre côté, la matinée continue avec des dizaines d’appels pour nous signaler des cas positifs ou contacts. Il va falloir très vite faire grève, on ne peut pas se laisser écraser comme ça ! D’autant que la situation de notre lycée n’est pas isolée. Depuis ce matin, le #Blanquerdémission est en tendances sur Twitter et de nombreux témoignages et indignations affluent sur les réseaux sociaux pour dénoncer l’absurdité de la gestion sanitaire du gouvernement. Alors que nous nous trouvons face à une cinquième vague qui menace d’avoir des effets dévastateurs, il va falloir imposer des protocoles sanitaires ambitieux et réclamer des moyens pour ne pas que les établissements scolaires soient condamnés par Blanquer et Macron à être des incubateurs épidémiques.




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