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Politique

16 juin. Après les applaudissements, manifester aux côtés des soignants 

La date du 16 juin appelée dans la santé par plusieurs syndicats et collectifs doit être une journée de mobilisation générale pour appuyer les revendications de la première ligne et exiger des moyens hospitaliers à la hauteur des besoins de la population.

lundi 15 juin

Les hospitaliers avaient prévenu l’exécutif. "N’en déplaise au Premier ministre, (…) à l’issue de la crise il faudra que les responsables passent à la caisse et paient. Il y’a une grande colère chez les personnels de santé". Une colère profonde, maintes fois exprimées en amont de la crise épidémique. Mais ce qu’a changé le Coronavirus, c’est l’évidence du caractère central de ces métiers tant méprisés par le gouvernement. 

Comme l’expliquait la sociologue du travail Dominique Méda, "il y a une contradiction énorme entre la hiérarchie des salaires, de la reconnaissance sociale, d’une part, et l’utilité des métiers, d’autre part". Une contradiction telle que le gouvernement a cherché à désamorcer le mouvement de lutte et la colère accumulée des soignants au travers le « Ségur de la santé ». Des « négociations » qui ne visent qu’à agiter la carotte sur le terrain du « dialogue social » et à canaliser les luttes.

Après plusieurs rassemblements appelés dès le 11 mai, jour du déconfinement, c’est désormais une mobilisation nationale dans 200 lieux à travers le pays qui s’organise pour ce mardi 16 juin. Et au-delà de la présence des médecins, infirmiers, libéraux, brancardiers, se pose la question de la participation active de la population. "La crise du Covid 19 a montré (si certains n’en étaient pas convaincus) la place essentielle de l’hôpital public et la nécessité absolue d’avoir des personnels en nombre et des moyens matériels pour répondre aux besoins de santé de la population" explique en ce sens le collectif inter-hôpitaux

Pendant deux mois, celle-ci a applaudi scrupuleusement à 20 heures pour exprimer son soutien et sa reconnaissance au personnel hospitalier, au cœur de la tornade sanitaire. À chaque coup de gueule de soignants, à chaque dénonciation des conditions de travail dans les hôpitaux ou signe de colère face au manque de moyens, la population a répondu au rendez-vous sur les réseaux sociaux ou à la fenêtre. Désormais, ce soutien doit s’exprimer dans la rue. Le gouvernement et le patronat plébiscitent le déconfinement accéléré affirmant que la crise sanitaire serait derrière nous quand bien même une deuxième vague en Chine devrait nous inciter la prudence. Une manière de tourner la page de la gestion catastrophique de la crise par le gouvernement. Et si Macron revendique une "victoire", il s’agit cependant d’un bilan humain extrêmement lourd que les soignants ont dû affronter seuls. "On a été contraints à ce combat, on a été contraints d’y faire face" explique le docteur Jérôme Marty. "On a du mal à parler de victoire quand on a 30 000 morts" ajoute-t-il.

"Vous aviez applaudi ??? Ce jour-là, rendez-vous est donné, pour exprimer son soutien aux soignants." La page du collectif inter-urgences appelle en ce sens et sans détour les usagers du service public à descendre dans les rues aux côtés des soignants. De fait, les revendications portées par ces derniers concernent aussi l’avenir de l’hôpital public et les moyens qui lui sont alloués : embauche massive de personnels, réouverture de lits ou encore la titularisation de tous les CDD et contractuels. 

Pendant la crise, de nombreux décès ont été directement liés à l’insuffisance des lits en réanimation et à la contrainte pour les soignants de trier les patients. Dans les EHPAD, l’hécatombe de ces derniers mois est encore bien présente et alimente la colère et la détermination à se battre. "On a eu beaucoup de pression psychologique, fait beaucoup d’heures, on n’a pas eu du tout de renfort" témoigne une aide-soignante de Langres pour expliquer sa participation à la mobilisation du 16 juin. Également, la pénurie de masques (ces derniers étant finalement été réservés à la grande distribution), a non seulement aggravé la courbe épidémique mais a aussi couté la vie à une centaine de professionnels de la santé. "Au front sans armes" avaient ainsi dénoncés ces travailleurs en première ligne. 

Ce mardi, il est impératif de sortir dans les rues aux côtés de ceux qui ont sauvé des vies et essuyé l’irresponsabilité criminelle du gouvernement et des réformes de casse du service public. Aux côtés des soignants mais aussi des salariés de la grande distribution, des enseignants, de tous ces travailleurs en première ligne, il s’agit de passer des applaudissements à la manifestation active et au déconfinement de notre colère. De même que le mouvement qui se dessine contre le racisme et les violences policières, cette date est un appui central pour commencer à construire le rapport de force nécessaire à la construction du monde de demain qui ne soit pas celui des plans de licenciement massifs, de l’austérité et de la coercition dans les quartiers.




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