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Notre classe

Le capitalisme tue

172 décès de travailleurs et travailleuses : l’exploitation tue en silence

« Allô Muriel Penicaud, c’est pour signaler un accident du travail » depuis janvier 2019, le compte twitter « Accident du travail : silence des ouvriers meurent‏ » recense les accidents du travail : 172 décès ont été recensés depuis le 1er janvier. Un drame qui reste très silencieux, et que l'on fait souvent passer pour des faits isolés.

jeudi 29 août

Les statistiques donnent le vertige : sur le 1er semestre de cette année, sur 469 accidents du travail graves ou mortels, on compte 172 personnes décédées sur leur lieu de travail. Les chiffres de l’Assurance Maladie indiquent que c’est environ 1 100 personnes chaque année qui décèdent en raison de leur activité salariée.

Si les chiffres sont éloquents, ils sont pourtant partiels puisqu’ils sont ceux que les patrons des entreprises privées transmettent à l’Assurance Maladie. Les accidents et décès de la fonction publique et des agents statutaires n’y sont donc pas comptabilisés, tout comme ceux qui n’ont pas été reconnus comme accidents du travail. Mais ils révèlent les secteurs les plus accidentogènes : le BTP, le transport, la métallurgie. On voit aussi que la mortalité augmente dans l’industrie du bois (+40%) ainsi que dans les activités de service (+16%).

Dans cette société capitaliste, l’exploitation du travail comporte une morbidité d’autant plus choquante que les responsables n’ont jamais de compte à rendre. Plusieurs procès pour exposition à l’amiante des salarié.e.s ont abouti à des non-lieux : l’entreprise Eternit le 10 juillet dernier, où les patrons de l’usine Ferrodo-Valeo, dans le Calvados, le 18 du même mois.

Des morts silencieuses et qu’on laisse invisibles, comme si à chaque fois il ne s’agissait que d’un individu isolé ou d’un accident malencontreux : seule l’Assurance Maladie, pour son propre fonctionnement d’indemnisation, en connaît le nombre. Et lorsque des chercheurs s’y intéressent, ils montrent que ce sont essentiellement les salarié.e.s de la classe ouvrière qui sont concerné.e.s par ces accidents et ces décès : la classe invisible, c’est-à-dire, pour une bonne part, celle qui a relevé la tête ces derniers mois dans le mouvement des Gilets Jaunes.

Le capitalisme porte dans sa logique même la possibilité de la mort des travailleurs : l’exploitation est une manière de nommer l’usure que le travail fait aux corps. Et c’est la même logique partout : aux frontières du monde capitaliste européen, lorsque des personnes cherchent un lieu pour vivre, c’est aussi la mort qui siège. La même mort que dans l’histoire coloniale, où les populations ont été exploitées et dominées pour les bénéfices des entreprises du vieux continent.

L’horizon du développement capitaliste, c’est aussi la destruction de la nature et l’anéantissement par la force des espèces vivantes, humaines et animales : lorsque la marchandise est totale, il n’y a plus nulle part où respirer et vivre une vie décente. Ce monde marchand que Macron essaie de rendre attractif sous la forme d’un "projet" et d’un "nouveau monde" est en réalité un progrès vers la violence renouvelée d’un capitalisme rendu plus dur ; ce "projet", c’est la mort de ceux qui travaillent, la destruction des écosystèmes, et la marchandise comme aboutissement de la créativité humaine.

Ces décès liés au travail sont les décès d’un système qui écrase les travailleurs, qui les réprime aux frontières, qui les assujettit au profit et aux patrons. C’est ce système qui doit être anéanti pour que notre classe invente les conditions d’une vie véritablement humaine.

Crédit photo : iStock / lamontak590623