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Le sermon ou la matraque

18e arrondissement. Confinement et répression à deux vitesses

Depuis quelques jours, une vidéo tourne sur Twitter où l'on voit des habitants d'un quartier du 18ème arrondissement sortir de chez eux et danser dans la rue, peu de temps avant l'arrivée de la police qui leur a simplement demandé de rentrer chez eux. Cet épisode montre particulièrement la manière dont l’attitude de la police change selon la population visée.

Thaïs Cheynet

28 avril 2020

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 Photo : Capture d’écran Twitter @CocoChrist  

Depuis quelques jours, une vidéo postée sur Twitter fait le tour des réseaux sociaux : on y voit un groupe d’une vingtaine de personnes danser sur une chanson de Dalida, sur une petite place à Montmartre, dans le 18ème arrondissement de Paris.

D’après l’internaute qui a posté la vidéo, la scène n’a pas duré très longtemps puisque la police est arrivée avant même la fin de la chanson pour disperser le groupes de danseurs.

Ce qui choque, c’est si l’on compare cette dispersion, compréhensive et sympathique, aux méthodes répressives violentes des policiers dans les quartiers populaires. Notamment à Château Rouge, au lendemain des annonces de Macron sur le confinement, dans le 18ème arrondissement aussi, où des habitants qui faisaient le marché et leurs courses avaient été violemment brutalisés. La police était allée jusqu’à verbaliser et interpeller une partie des passants.

Ces deux événements se sont déroulés dans le même arrondissement de Paris, quasiment au même endroit, mais ne concernent pas la même population. Une illustration très claire du « deux poids deux mesures » en ce qui concerne le respect du confinement. Quand on vient des quartiers populaires et que l’on croise des policiers, on risque au mieux une amende, au pire de perdre la vie.

D’un côté, il y a ceux qui n’osent pas sortir de chez eux même pour faire les courses, de peur de subir la répression, de l’autre il y a ceux qui savent que la police sera indulgents avec leurs « incartades » et se permettent donc de se « déconfiner » le temps d’une après-midi.

La violence des méthodes utilisées par la police pour faire régner l’ordre d’un confinement autoritaire consiste en réalité à masquer la gestion catastrophique de cette crise sanitaire, conséquence de l’absence de moyens dans les hôpitaux et la recherche due aux politiques néolibérales de casse du service public. Avec cet épisode de l’« auto-déconfinement » à Montmarte, l’hypocrise de ce discours est clairement révélée. C’est en réalité un prétexte pour contenir la colère dans les quartiers populaires et réprimer durement la population.

Depuis le début du confinement, les violences policières que vivent déjà quotidiennement les quartiers populaires ne font que s’accentuer. Face à ce saut répressif sous couvert de lutte contre la pandémie, il est plus que jamais nécessaire de dénoncer ces violences policières qui ne sont pas des « bavures » mais bien le produit d’une violence structurelle, mais également de soutenir inconditionnellement ceux qui se révoltent contre ces violences. Comme l’explique Ahmed, chauffeur de bus à la RATP et syndicaliste à la CGT : « Ne pas dénoncer les violences policières, c’est en être complice ! »

L’État se sert du prétexte de la crise sanitaire pour renforcer son arsenal répressif, notamment dans les quartiers populaires, où les violences envers la population, et en particulier les jeunes, n’a cessé d’augmenter depuis le début du confinement, comme en témoigne le cas emblématique de Villeneuve-la-Garenne. L’Etat et son gouvernement préparent ainsi l’appareil répressif dont ils auront besoin pour mater les révoltes à venir face à la catastrophe de leur gestion sanitaire. Comme nous l’écrivions ce dimanche, entre autres mesures d’urgence, imposons l’auto-organisation solidaire des travailleurs comme cela se fait déjà dans certains quartiers ou à partir de l’action exemplaire des salariés d’un McDo de Marseille !


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