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Répression

19 janvier : Darmanin ressort la rhétorique « anti-casseurs » et se prépare à matraquer

Invité ce mercredi 18 janvier sur RTL, le ministre de l’Intérieur annonce plus de 10 000 policiers et gendarmes mobilisés pour les manifestations du 19 janvier contre la réforme des retraites. Alors que la mobilisation s'annonce massive, ce dispositif policier important prépare le terrain pour diviser les « bons » et les « mauvais » manifestants.

Adèle Chotsky

18 janvier 2023

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Darmanin annonce la couleur. Pour la première journée de mobilisation ce jeudi 19 janvier partout dans le pays contre la réforme des retraites, le ministre de l’Intérieur invité sur RTL ce matin a annoncé que « plus de 10 000 policiers et gendarmes seront mobilisés dont 3500 à Paris », assumant même que « c’est beaucoup » .

Si l’on est habitué à l’encadrement policier de nos manifestations, cela faisait un temps que le gouvernement n’avait pas mobilisé la rhétorique éculée des fameux « casseurs ». Assoiffés de casse, ils seraient d’après les informations des renseignements, « un petit millier de personnes à Paris ». « Ultra-jaunes » ou « ultra-gauche », tous les qualificatifs sont remobilisés pour décrire des personnes qui selon le ministre « pourraient être violentes,  ». La préfecture de police se confiait aussi dans le JDD sur les « éléments extrêmement violents » auxquels il s’agirait de faire face, des « fauteurs de trouble » qu’il faudrait « isoler ». Les services de renseignements quant à eux évoquent « des incidents prévisibles » dans plusieurs villes, et à Paris « de 200 à 400 éléments radicaux »

Alors que 80% de la population est opposée au recul de l’âge de départ à la retraite à 64 ans, et que la mobilisation s’annonce très massive ce jeudi, le gouvernement assume ainsi d’inaugurer le bras de fer qui commence contre la réforme sous le signe de la répression de ces « casseurs ».

Lors du mouvement des Gilets jaunes en 2019, on se rappelle notamment que la rhétorique du « casseur » avait été enrichie avec la notion d’ultra-jaunes. Ainsi, remobiliser ce terme à l’heure de la mobilisation contre la réforme des retraites illustre à quel point le spectre des Gilets jaunes qui plane toujours au-dessus de la tête de la macronie, cela à l’heure où 52% de la population souhaite une explosion sociale de type « Gilet jaune ». Il ne faut donc pas s’y tromper : quand Darmanin parle « d’ultra-jaunes », il entend préparer le terrain à une répression de manifestants qui supposément troublent « la paix et la sécurité » comme l’entendait le préfet Lallement en 2019 à la veille du 5 décembre et de la bataille contre la précédente réforme des retraites

Une fois de plus, il s’agit pour le gouvernement d’instaurer la peur et de légitimer les violences policières qui pourraient se produire, et ce en s’étalant sur la soi-disant violence sans borne des manifestants. C’est la même rhétorique qui était employée pendant le mouvement des Gilets jaunes, alors que la répression policière contre ces derniers avait été féroce, avec son lot de mains arrachées et d’éborgnés dans la véritable escalade sécuritaire du premier quinquennat Macron.

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Ensuite, c’est opération division pour Darmanin avant même que le mouvement ait commencé, et c’est bien par crainte d’un « tous ensemble » qui fasse reculer le gouvernement. Une potentielle mobilisation de la jeunesse fait également très peur au gouvernement : la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris a ainsi mis en place « un dispositif spécial pour surveiller la mobilisation des jeunes », selon les informations de France Inter.
Et le ministre de l’Intérieur de prodiguer sur RTL ses conseils pour distinguer entre le bon grain et l’ivraie, « entre ceux qui viennent dans les manifestations […] qui veulent exprimer une opinion politique et ceux qui veulent casser ». Cyniquement, il ajoute « notre travail est que les gens qui viennent manifester librement et de façon démocratique ne soient pas embêtés par les violents ». Nul doute que la manifestation de demain nous donnera encore une fois l’occasion de voir qui sont les violents qui « embêtent » ou parfois mutilent les manifestants.

Face à un rejet massif de la réforme par la population, et des manifestations qui s’annoncent fournies, le gouvernement entend profiter de toutes les occasions, de tout incident pour essayer de retourner l’opinion publique qui est, au désespoir de Macron, largement acquise à la mobilisation. Il s’agira de préparer le terrain de la division entre les « radicaux » et les « calmes ». En ce sens, il en appelle aussi à la responsabilité des directions syndicales, de sorte qu’il a préparé une succession de réunions entre leurs services d’ordre et les autorités, pour que celles-ci travaillent de concert avec la préfecture de police, notamment à Paris. Tout cela pour éviter que le mouvement naissant ne se radicalise et que la contestation se maintienne dans les clous, sans la « gilet-jaunisation » de secteurs de la base qui fait peur au gouvernement. 

Il faut donc rappeler encore une fois : la violence est du côté du gouvernement, celle sociale de sa réforme qui va toucher particulièrement les plus précaires, mais aussi de sa police qui compte bien réprimer pour diviser les « bon » et les « mauvais » manifestants. Face à un Macron qui se pavane en expliquant qu’il ne croit pas au blocage du pays et à la « victoire de l’irresponsabilité », les directions syndicales doivent refuser ce jeu-là.


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