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Notre classe

Contre Macron et sa réforme

19 janvier : les travailleurs de l’éducation doivent massivement rentrer dans la bataille !

Face à l'offensive du gouvernement, le secteur de l’éducation doit massivement rentrer dans le mouvement ce 19 janvier. Pour cela, il faut renouer avec ce qui a fait la force des enseignants en 1995 notamment : la grève reconductible. Billet de Marion, professeure en collège dans le 93 et militante à RP.

lundi 16 janvier

crédits photo : AFP

"Je devrais nettoyer les couloirs en fauteuil roulant" : pour ne pas mourir au travail, c’est maintenant qu’il faut lutter !

L’annonce du recul de l’âge de départ à la retraite à 64 ans et l’accélération de l’application de la réforme Touraine qui allonge la durée de cotisation à 43 ans ainsi que la baisse des pensions s’inscrit aujourd’hui à l’agenda des travailleurs qui ont le sentiment d’essuyer coup sur coup. Le rejet massif de la réforme s’apprête dès lors à prendre corps autour de la date du 19 janvier. La grève qui a été appelée par une intersyndicale large se doit de mettre sur le pavé et de faire entrer en mouvement l’ensemble des catégories professionnelles du secteur de l’éducation.

Nettoyer des classes, servir à la cantine, faire la plonge, surveiller les récrés, accueillir les élèves, accompagner les plus en difficulté d’entre eux, leur donner cours, les emmener en sortie ou en classe verte tout cela jusqu’à 64, 67 ans... L’horizon s’assombrit alors que les travailleurs de l’éducation sont d’ores et déjà éreintés des conditions de travail. "Je devrais nettoyer les couloirs en fauteuil roulant" me disait hier Fouad, un collègue en poste depuis 27 ans sur mon collège. Aussi pour l’ensemble des travailleurs de l’éducation, il y a urgence à faire reculer cette nouvelle réforme mortifère.

Pour un départ à la retraite à 60 et 55 ans, l’augmentation et l’indexation des salaires et pensions sur l’inflation

Le ministre de l’Éducation et son prédécesseur n’ont eu de cesse d’enchaîner les fausses promesses d’augmentation de salaires au secteur, à l’instar du mensonge récent des 10% en Janvier en 2023. Le mépris que récolte en flux tendu les personnels de l’éducation montre que sans un combat d’ampleur rien ne pourra être arraché au gouvernement. Ce dernier est déterminé à poursuivre la casse du secteur et à rendre nos métiers de plus en plus impossibles, comme la crise de recrutement qui a ouvert l’année scolaire 2022/2023 en témoigne.

Afin d’accueillir les élèves dans des conditions d’accueil convenables, il est urgent d’embaucher massivement du personnels enseignant, ce qui passe par une revalorisation immédiate de tous les salaires et la titularisation de l’ensemble des travailleurs contractuels et précaires qui font aujourd’hui le quotidien de l’école. De plus, face à l’inflation qui précarise plus que jamais les personnels, il est primordial d’indexer les salaires sur l’inflation.

En 2019, nous avons pour un bon nombre participé aux côtés de la SNCF et de la RATP au mouvement de grève qui, crise du Covid oblige, a obligé Macron à reculer sur sa première réforme des retraites. Sur les piquets et dans la rue nous avons montré que nous pouvions jouer un rôle d’appui important à la grève reconductible historique des travailleurs de la RATP. Mais nous pouvons être capable de bien plus.

Pour cela, il est nécessaire de s’inspirer de ce qui a fait historiquement la force du mouvement enseignant en 1995 et même en 2003, celui de son entrée en grève reconductible. C’est seulement avec cette perspective que nous pourrons contribuer significativement au rapport de force dans un mouvement d’ensemble qui permette non seulement de faire reculer le gouvernement sur la réforme, mais aussi imposer un départ à la retraite à 60 ans et 55 ans pour les métiers les plus pénibles et arracher des salaires et des pensions dignes, indexés tous deux sur l’inflation.

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Construire les AG, suivre le plan de bataille des raffineurs pour construire la grève reconductible

Les militants organisent en ce moment dans les établissements scolaires les heures d’infos syndicales et les assemblées générales regroupant les personnels, votant la grève et préparant communiqués, banderoles et pancartes pour la journée du 19 janvier qui s’annonce chaque jour un peu plus prometteuse. Selon Sud Education Paris, au moins 75 écoles annoncent déjà qu’elles seront fermées pour le 19. Chaque jour un nouveau secteur entre dans la danse, avant-hier les raffineurs, hier les lycéens promettaient de bloquer leurs lycées, aujourd’hui les énergéticiens… Les éléments d’une grève massive se précisent chaque jour.

Au cœur de cette dynamique, les AG de bahuts, de ville, et les cortèges d’établissements qui se préparent, sont d’une importance fondamentale. Ils témoignent de la préoccupation des lendemains du 19. Les travailleurs sont conscients qu’un seul jour de grève ne suffira pas à faire plier le gouvernement et qu’il y a, pour cela, une nécessité de se regrouper, de discuter, d’aller chercher ceux qui sont contre la réforme mais qui n’osent pas encore passer le cap de la grève, d’organiser des caisses de grèves pour tenir dans la durée, de penser le calendrier et la manière de le rythmer.

Sur ces questions de calendrier, les raffineurs ont mis sur la table un plan de grève crescendo : une grève de 24h le 19 janvier, de 48h à partir du 26 janvier et de 72h à partir du 6 février. C’est avec une telle perspective, orientée vers la construction d’une grève reconductible, que nous devons converger. Cette ambiance, ces tendances à la grève et à l’auto-organisation doivent continuer de se structurer.

Si l’intersyndicale a posé une date unitaire pour lancer la bataille - après avoir joué pendant de long mois le jeu du gouvernement sur les « concertations » - la question de la reconduction reste aujourd’hui introuvable dans son discours. Pour chercher à construire cette perspective, il va falloir que nous prenions nous-même en main notre grève, qu’on s’approprie ses modalités et ses rythmes, pour imposer un rapport de force qui permette la victoire. En 2019, c’est parce que les travailleurs étaient organisés et coordonnés à la base, notamment dans les coordinations RATP-SNCF, que le mouvement ouvrier a été à la hauteur alors que les syndicats tournaient casaques et appelaient à la « trêve de noël ».

C’est en développant l’auto-organisation que nous éviterons les impasses stratégiques comme les journées isolées qui, loin de construire un réel rapport de force, épuisent le mouvement. Il faut poser d’emblée la perspective d’une montée en puissance, de la reconduction et de la généralisation. À nous profs de construire les cadres qui, à l’appui des secteurs les plus stratégiques de notre classe, entraînent l’ensemble de notre camp social dans la bataille. À nous d’expliquer patiemment aux plus jeunes, à nos élèves, pourquoi nous nous battons pour eux aujourd’hui, à nous de permettre aux parents travailleurs eux aussi de se réunir en AG pour discuter et lutter à nos côtés.

Nous devons nous saisir de ces instants de mobilisations pour prendre le temps et recréer du lien entre ceux qui font réellement tourner la société ! Nous avons devant nous la possibilité d’engager un bras de fer du tous ensemble contre Macron et son monde, pour ne pas passer sa vie à devoir la gagner. Si nous nous organisons alors oui, les mauvais jours finiront.



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