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Politique

Généraliser l'arrêt de la production !

2 raffineries sur 8 à l’arrêt total. A Grandpuits, « on espère que les autres sites suivront »

« Depuis 6h, les gars arrêtent les unités d’installations » nous raconte un gréviste de la raffinerie Total de Grandpuits. Après la raffinerie Pétroinéos à Lavéra, les grévistes de la raffinerie de Grandpuits ont voté l’arrêt total du site qui alimente les dépôts pétroliers du bassin parisien. Déterminé, mais conscient que la bataille sera rude, le gréviste espère que « ça fera effet boule de neige ». Des AGs de grévistes se tiendront prochainement à la raffinerie de Feyzin et la Mède pour décider des suites du mouvement.

mardi 24 décembre 2019

Crédits photos : LP/J.M.

À Grandpuits, la décision n’a pas été facile à prendre. À l’avant-veille de Noël, fallait-il continuer à faire tourner la raffinerie au ralenti ou mettre le site à l’arrêt ? Maintenir la pression sur le gouvernement ou durcir le mouvement ? Les grévistes ont fini par trancher majoritairement en Assemblée Générale ce lundi en votant pour l’arrêt total de la raffinerie de Grandpuits. Après la raffinerie Pétroinéos de Lavéra dans les Bouches du Rhône, c’est la deuxième unité de raffinage du géant pétrolier Total qui s’engage à durcir le mouvement de grève contre la réforme des retraites.

Le gouvernement joue le pourrissement : deux raffineries à l’arrêt total

Le mouvement de grève reconductible débuté le 5 décembre dans « cinq raffineries » sur huit monte d’un cran. « On assiste à un durcissement du mouvement car le gouvernement continue de faire la sourde-oreille », explique Thierry Dufresne, délégué central de la CGT chez Total. En effet, jusqu’ici, l’approvisionnement et la production en carburant restaient assurés par l’ensemble des raffineries en grève, où seules étaient bloquées, parfois par intermittence, les expéditions de produits finis par camion.

C’est ce qu’explique notamment le secrétaire général de la branche CGT-Chimie : « Depuis le 5, on expédie (les carburants) uniquement lorsque les cuves sont pleines et que cela pose un problème de sécurité », explique Sébastien Varagnol, délégué CGT sur le site de Lavéra. « A La Mède, toutes les expéditions ont été bloquées. A Fos, les sorties de carburant sont intermittentes avec des blocages les jours de mobilisation nationale. A Donges et Feyzin, la sortie dépend de si l’équipe de quart est gréviste ou non », énumère Emmanuel Lépine.

Du côté de Grandpuits, « on a été gentil pour le moment en ne bloquant que les expéditions de produits finis par camion, laissant libre les livraisons par pipe » explique un gréviste de la raffinerie de Grandpuit. « Le gouvernement se fout de nous, il faut être plus virulent ». En arrêtant les unités d’installation, un processus qui dure de « 3 à 5 jours », il n’y a plus d’expéditions possibles car plus de production de produits finis. La raffinerie est à l’arrêt.

L’intersyndicale partie en vacances : la base durcit le mouvement

A Grandpuits notamment, les discussions quant à un arrêt des unités étaient dans le pipeline depuis plusieurs jours. S’ils font échos à l’ultimatum posé le 16 décembre par un communiqué émis notamment par la branche chimie de la CGT, le durcissement du mouvement n’est pas totalement déconnecté de l’absence de perspective donnée par l’intersyndicale et de sa « trêve déguisée ».

A Grandpuits, cette trêve est discutée dans une AG, le 20 décembre, au lendemain même des annonces des directions confédérales. Au cours de celles-ci, les grévistes avaient décidé de se donner le temps de la réflexion quant à l’arrêt des installations pointant « un moment charnière où la prochaine mobilisation intersyndicale avait été repoussée au 9 janvier, comme une trêve déguisée » expliquait Adrien, porte-parole de la CGT à Grandpuits.

Lavéra, Grandpuits, en arrêt total, la raffinerie de Normandie hors service

A Grandpuits, les grévistes ont entamé ce lundi aux alentours de 6h du matin la mise à l’arrêt des installations. « Il faudra entre 3 et 5 jours, le temps que les unités soient à l’arrêt » nous raconte un gréviste. Pour la raffinerie de Lavéra, c’est déjà le cas pour l’une des unités de production, mise à l’arrêt ce lundi vers 5h, une seconde devrait l’être jeudi. Mais, coïncidence, c’est aussi la raffinerie de Normandie, la plus grande de France, qui est à l’arrêt par suite d’un énorme incendie. En termes de capacité de production, les trois sites à l’arrêt représentent une capacité totale de 27 millions de tonnes de pétrole brut.

Le site de raffinage de Lavéra est le plus important du Sud de la France avec une capacité de traitement annuel de dix millions de tonnes de pétrole brut, alimentant aussi l’Espagne, l’Italie et, par des pipelines, le nord de l’Europe selon LeMonde. Si sa capacité est bien moindre autour de 5 millions de tonnes de brut par an, le site Total de Grandpuits a des particularités stratégiques du fait de sa localisation en Île de France, alimentant ainsi les dépôts pétroliers du bassin parisien, notamment les dépôts de Gennevilliers et Gargenville, mais aussi les aéroports. Ainsi selon Thierry Dufresne, délégué central de la CGT chez Total, et étant donné que « la raffinerie de Normandie » « ne délivrera du produit que dans les trois prochains jours », « on va donc arriver à 20% de production de pétrole en moins à la pompe dans les jours à venir ».

Le gouvernement ne le dit pas mais il a déjà entamé ses « réserves stratégiques »

Mais si le gouvernement réitère comme depuis le début du conflit que « la situation ne donne lieu à aucune inquiétude », c’est essentiellement un artifice de communication visant à éviter une ruée des automobilistes dans les pompes à station essence. C’est ce qu’explique le journal Les Échos : « voulant éviter à tout prix une ruée sur les stations-service, l’exécutif martèle que les raffineries ne sont que la partie la plus visible d’une ‘logistique pétrolière robuste’ » est-il dit.

Mais « ce que le gouvernement dit peu, c’est qu’il a utilisé un autre atout dans sa manche : les réserves stratégiques. Ces réserves d’urgence, mobilisables par l’Etat en cas de crise majeure, couvrent trois mois de consommation. Déjà utilisées en 2016, lors de la mobilisation contre la loi Travail, elles ont de nouveau été mises à contribution ce mois-ci, très tôt dans le déroulement du mouvement de contestation », continue le journal. C’est ce que confirmait le président de l’UFIP, Francis Duseux, le 11 décembre : « On a débloqué pas mal de stocks stratégiques depuis le début de la crise, ce qui nous permet de tourner. […] Chaque fois qu’il y a eu un conflit de ce genre-là […] on les utilise, il y a beaucoup de flexibilité de la part du gouvernement ». Comme l’affirme Les Echos, c’est « une manière d’assurer la continuité de l’approvisionnement dans les stations-service et de contourner les blocages dans les raffineries ».

En réponse Emmanuel Lépine, de la CGT Total, ironise : « Il ne faudrait pas qu’il y ait une crise majeure et que le gouvernement ait utilisé ces stocks pour résoudre une crise sociale ». Et en effet, Thierry Defresne, déclarait lundi sur Franceinfo : « En région parisienne, la situation est déjà extrêmement tendue. Le gros dépôt de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) est quasiment à sec. Il lui reste trois jours de gazole et d’essence. Les camions vont chercher le produit de plus en plus loin, jusqu’à Valenciennes dans le nord, mais également dans l’est de la France. Les stocks sont donc très tendus. Et l’arrêt de la raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne) ne va pas améliorer la situation en région parisienne ».

A Grandpuits : « On espère que les autres sites suivront »

Si le gouvernement cherche déjà à préparer les esprits à une future pénurie d’Essence, la force du mouvement ne pourra pas tenir seulement sur la mise à l’arrêt total de deux des huit raffineries hexagonales. La clé est donc la généralisation de l’arrêt des raffineries dans leur ensemble, à commencer par 3 autres raffineries engagées dans le mouvement de grève contra la réforme des retraites, comme la Mède, Feyzin, Donges, ou encore Fos. C’est l’une des principales craintes du gouvernement, voir se généraliser l’arrêt des raffineries au travers l’hexagone.

Prochainement, les grévistes devaient se réunir en assemblée générale pour voter le durcissement du mouvement dans les usines de Feyzin, près de Lyon et celle de la Mède dans les Bouches-du-Rhône, des votes qui seront décisifs pour la généralisation de la grève.

Plus que jamais, c’est à la généralisation de l’arrêt de la production des raffineries, en lien avec le mouvement de grève qui continue à se durcir avec la RATP et la SNCF, qu’il faut œuvrer pour faire faire un saut au rapport de force contre Macron et sa réforme des retraites. Pour le faire plier, il faut généraliser la grève !




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