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20 décès de parents du Covid au lycée Delacroix (93). Profs et hospitaliers demandent des moyens

Au lycée Delacroix à Drancy dans le 93, vingt parents d'élèves sont morts depuis le début de la crise sanitaire, et chaque semaine des dizaines de nouveaux cas sont testés positifs. Face à cette hécatombe, à l’initiative de professeurs en droit de retrait, un rassemblement était organisé devant l’hôpital Avicenne pour lier leur lutte à celle des personnels médicaux victimes des mêmes politiques.

lundi 29 mars

Au lycée Eugène-Delacroix de Drancy , dans le 93, le nombre de cas de Covid a explosé chez les personnels mais aussi chez les élèves. Sur la seule semaine dernière 35 élèves et une dizaine de personnels ont été positifs, depuis le premier mars c’est presque 60 élèves ainsi que 20 enseignants qui ont été testés positif. Ce sont aussi 20 parents d’élèves qui sont décédés du covid depuis le mois de mars, un chiffre particulièrement tragique et alarmant. Face à cette situation, les enseignants et personnels ont adressé une lettre à Emmanuel Macron le 25 mars pour exiger la fermeture de l’établissement, seule possibilité face au manque de moyens ; « Les mesures sanitaires sont inapplicables en raison du manque de moyens matériels et humains. En effet les effectifs en infirmiers, médecins scolaires, CPE, agents d’entretien, assistants d’éducation et enseignants ne sont pas suffisants pour permettre d’appliquer le protocole. Nous sommes, comme tous les professeurs soucieux du bien être de leurs élèves et de leurs apprentissages. Cependant, il nous semble irresponsable de mettre leur vie et celle de leur famille en danger ». De plus, depuis le 23 mars, une cinquantaine de professeurs font valoir leur droit de retrait. Ils affirment le renouveler si la fermeture de l’établissement n’est pas actée. Une détresse face à la crise sanitaire et face à l’impossibilité d’exercer son métier à cause de la casse de l’éducation nationale et du manque de moyens qui était également exprimé dans le rassemblement devant l’hôpital Avicenne

Les professeurs et personnels de l’établissement ont décidé de lier leur combat au sein de l’éducation nationale à ceux des soignants en organisant un rassemblement ce lundi 29 mars devant l’hôpital Avicenne. Les professeurs, en droit de retrait depuis mardi, ont voulu se mobiliser avec le personnel hospitalier qui subit également de plein fouet les conséquences de la gestion catastrophique. Ainsi sur les pancartes sont inscrits les slogans : « Classes surchargées = hôpitaux saturées » ou encore « la minimisation n’est pas une solution ».

De nombreuses prises de paroles ont lieu, dans toutes les bouches c’est cette même colère qi s’exprime, une colère contre le manque de moyens et contre l’impossibilité d’exercer son métier dans ces conditions : « on a tout fait pour garder nos écoles ouvertes mais là on ne peut pas, c’est trop dramatique, pour pouvoir enseigner correctement ça voudrait dire plus de salle plus d’embauche notamment pour nettoyer les salles,pour ne pas nous mettre en danger, mettre en danger nos élèves et les parents de nos élèves »

Nombreux sont les professeurs à exprimer leur indignation et leur incompréhension face à la politique du ministre de l’éducation, une politique de destruction de l’éducation nationale qui rend impossible aujourd’hui la mise en place de protocoles sanitaires conséquents, comme nous l’explique une enseignante « Blanquer affirme qu’il va fermer des classes sauf que depuis sa réforme il n’y a pas de groupes classes, les élèves sont mélangés à d’autres groupes classes, si un élève d’une classe est contaminé il va ensuite en contaminer 6,7 le protocole n’est donc pas applicable ».

Cette même enseignante revient ensuite également sur une situation intenable à cause du manque de moyens « on a pas de moyen dans nos lycée pour appliquer les protocoles qu’ils annoncent sur les plateaux télés, on a des fenêtres qui ne s’ouvrent pas on ne peut pas aérer, on a pas suffisamment d’agents pour faire le ménage donc on ne peut pas désinfecter comme il faudrait, la vie scolaire n’a pas de gel hydroalcoolique, ça fait des années qu’on dénonce les suppressions de postes dans l’éducation nationale , alors quand la catastrophe arrive on se retrouve avec des élèves qui perdent leurs parents » Pour finir elle insiste sur l’importance de lier « Nos parents d’élèves sont en premières lignes, ils sont aides soignants, femmes de ménage, travailleurs des chantiers, ils prennent le métro et sont donc extrêmement exposés [...]
Pour le cas de l’hôpital nos luttes sont communes, ils sont dans les mêmes situation que nous , ils manquent de moyens, des tas de lits et postes ont été supprimés dans les hôpitaux , la situation actuelle c’est la conséquences de la politique qui est menée depuis des années contre les services publiques »

La situation dramatique au sein du lycée Delacroix, est la triste démonstration de la gestion désastreuse de la crise sanitaire dans les écoles. L’hécatombe et les multiples contaminations ne s’arrêtent malheureusement pas aux portes du lycée Delacroix, elles sont le résultat d’une école qu’on a voulu transformer en garderie du MEDEF, qu’on a rouvert pour pouvoir continuer à envoyer les enfants à l’école et les parents au boulot, pour à tout prix préserver l’économie au mépris de la santé et de nos vies. Le triste cas de ce lycée est une énième démonstration que lorsqu’il s’agit de notre santé et de nos vies on ne peut rien attendre de ce gouvernement et de cette société. Un gouvernement qui porte directement la responsabilité de ces morts, responsable de ne pas avoir alloué de moyens supplémentaires aux écoles rendant la réalisation d’un protocole sanitaire impossible, responsable d’avoir cassé nos services publics. Face à l’incompétence criminelle de ce gouvernement, les professeurs en droit de retrait du lycée Delacroix montrent qu’il est possible de s’organiser pour reprendre en main la lutte contre la pandémie mais aussi contre le gouvernement.




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