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Politique

Comme un parfum de convergence

21 septembre : Malgré les lacrymos, Gilets jaunes et mouvement climat convergent

C'est sur fond de première utilisation de la loi antiterroriste de 2017 que le premier véritable rendez-vous de la rentrée sociale a commencé. Malgré un saut dans le quadrillage policier à Paris, le retour des blindés, c'est un autre parfum que celui des gaz lacrymogènes qu'on a senti : celui d'une première journée de manifestation massive sur fond de convergence consommée entre gilets jaunes et mouvement pour le climat, mais aussi de premiers signaux de gilet jaunisation de secteurs du mouvement social.

samedi 21 septembre

Le gouvernement avait donné le ton : à tout prix maintenir l’ordre et ne pas ré-éditer le scénario cauchemar du 1er mai dernier. Et c’est avec un quadrillage policier de Paris particulièrement serrée et un déploiement massif autour des bâtiments ouverts pour la journée du patrimoine, sur fond d’utilisation de la loi anti-terroriste, que le gouvernement a débuté sa journée, avec le spectre de la crainte d’intrusion des Gilets jaunes dans des lieux de pouvoir.

Et pour cause, Macron « suit très attentivement la situation à Paris et en province. Il est mobilisé et mobilisable à chaque instant », explique-t-on à l’Elysée. Derrière la communication, l’objectif est de montrer que le gouvernement a tiré les leçons du soulèvement des Gilets jaunes. On se rappelle l’épisode du ski à la Mongie, ou encore les images du Fouquet’s en flamme qui ont été désastreuse pour Macron. Mais si cela sert la communication, cette mise en scène illustre aussi la réelle peur des classes dominantes d’échouer à nouveau dans le maintien de l’ordre. Derrière les démonstrations de force, Brav-M, policiers cagoulés en noirs, c’est plutôt la fébrilité qui prime dans la situation.

Et pour cause, ce samedi 21 septembre était une date centrale en termes de mobilisation sociale. Elle a été globalement réussie pour une journée de rentrée, alors même que certains présentaient les Gilets jaunes comme ne réunissant plus qu’une bande de nostalgiques du mouvement. De fait, les Gilets Jaunes ont répondu présents, bien accueillis par la Marche pour le climat, sur fond d’appel à la convergence. A Paris, ce samedi, était aussi appelé à un lieu différent une manifestation contre les retraites du syndicat Force Ouvrière.

Mi-septembre, une série de collectifs militants, écologistes et Gilets Jaunes avaient appelés à une unité dans la lutte. Et les manifestations de ce 21 septembre témoignent de premières convergences concrètes, dans la rue.

A Paris, alors que la manifestation des Gilets Jaunes a été le théâtre de multiples violences policières, les manifestants ont bel et bien convergé à Luxembourg, dans une ambiance très combative. Pour la première fois, les Gilets jaunes n’étaient pas majoritairement munis de leur fameux gilets. Peut-être pour en finir avec les amendes mais aussi pour mieux fusionner avec le mouvement social.

Une convergence de fait, qui a permis de réunir, selon les organisateurs de la Marche pour le climat, près de 50 000 personnes à Paris. Face à une mobilisation pour le moins massive, en cette rentrée, les forces de police ont multiplié les provocations, cherchant à diviser par la force le cortège, au niveau de Val de Grâce. D’après la Préfecture de Police on compterait ainsi 90 gardes à vue, 302 verbalisations sur périmètre interdit et 163 interpellations.

Dans ce contexte de début de convergence, la manifestation organisée par Force Ouvrière, a réunie 16 000 personnes contre la réforme des retraites. Une importante mobilisation à la base au regard notamment de la stratégie de division avec le mouvement social et les Gilets jaunes entretenue par la direction du syndicat. La massivité du rassemblement, qui a même étonné parmi les leaders de FO, tranche avec la voie empruntée par Yves Verrier qui souhaite à tout prix éviter la convergence, « la grève, la paralysie » (et ne surtout pas faire grève le 24) mais « souhaite être entendu » par Macron. Pourtant, à la base, des liens se sont tissés, notamment dans la santé, avec les Gilets jaunes et blouses blanches. Et c’est bien vers cette voie qu’il faudrait creuser pour construire les liens de convergences et le « tous ensemble » nécessaire pour faire tomber la réforme des retraites.

Ailleurs dans l’hexagone, des exemples de convergences visibles

Ce phénomène de premières convergences n’est pas spécifique à Paris. Ainsi, à Bordeaux, la manifestation des ouvriers de Ford, luttant contre leur licenciement, des Gilets Jaunes et des manifestants écologistes ont convergés dans la rue.

A Toulouse, la convergence est aussi de mise. Alors qu’hier, plusieurs milliers de jeunes s’étaient mobilisés, nombre d’entre eux sont retournés dans la rue ce 21 septembre, participant à la manifestation appelés par les Gilets Jaunes. Comme le souligne Gaëtan Gracia, ouvrier dans l’aéronautique, militant CGT, alors qu’au vue des multiples journées d’action appelés, « le divisé pour mieux régner à de beaux jours devant lui », une journée comme celle du 21 septembre est « intéressante » car témoigne d’une tendance « à la convergence entre différents mouvements sociaux ». A ce titre, comme l’indique Gaëtan, « Le Tous ensemble ne se réalisera que si on organise nos luttes nous-même ». Et c’est le 24 septembre, que se tiendra la prochaine journée de manifestation et de grève à l’appel de la CGT et de Solidaires.




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