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Politique

ÉDITO

24 septembre : Construire le "tous ensemble" par la grève illimitée avec l’ensemble du monde du travail

Ce mardi, une journée de grève interprofessionnelle et de manifestation contre la réforme des retraites est appelée par la CGT, Solidaires, la FSU, mais aussi l'Unsa-ferroviaire, et des organisations de jeunesse comme l'UNL et l'Unef. Face à un gouvernement déterminé à laminer nos retraites, il faut se le dire : une journée de grève, isolée, ne suffira pas. Il nous faudra manifester et faire grève en emboîtant le pas aux travailleurs de la RATP qui appellent à une grève illimitée le 5 décembre. Comme en 1995, c'est par un "tous ensemble" et par la grève reconductible qu'on fera plier ce gouvernement.

lundi 23 septembre

 Crédit photo : ALAIN PITTON/NURPHOTO 

Le mardi 24 septembre, une journée de grève interprofessionnelle et de manifestation est appelée. Les travailleurs et travailleuses manifesteront leur opposition à une réforme des retraites qui s’annonce être celle de « la retraite pour les morts ».

Une grève à la SNCF, dans la fonction publique, l’éducation nationale, la santé...

Plusieurs grands médias font leurs titres sur le 24 septembre en parlant d’une grève de la SNCF. Si le mouvement promet d’avoir une certaine ampleur chez les cheminots, ce secteur est loin d’être le seul concerné par la réforme des retraites et l’appel à la grève et à la manifestation !

Pour ce qui est des transports, la direction de la SNCF annonce que seuls deux Intercités sur cinq circuleront demain, et seul un Intercité de nuit sur quatre. Elle annonce également trois TER sur cinq et un Transilien sur deux, et un trafic légèrement perturbé (quatre trains sur cinq) sur les axes Atlantique et Nord. La CGT CGT-Cheminots et SUD Rail appellent à la grève, l’UNSA-ferroviaire appelle à la manifestation, rompant de manière progressiste la division syndicale qui prime en ce mois de septembre, comme l’ont démontré les manifestations séparées entre FO et la CGT.

Du point de vue de la RATP, si le trafic devrait être peu touché par cette journée de grève, les travailleurs de la RATP préparent une "grève illimitée" à partir du 5 décembre. Les travailleurs montrent ainsi la voie pour construire le rapport de force contre le gouvernement : préparer une grève reconductible. Après cette éclatante démonstration de force le 13 septembre, paralysant Paris pendant une journée, la majorité des directions des syndicats de la RATP (hormis la CGT) a préféré ne pas appeler à faire grève ce 24 septembre. Pourtant, cette journée de grève nationale interprofessionnelle aurait pu être l’occasion de tisser les liens avec d’autres secteurs du monde du travail, notamment les cheminots, mais aussi la jeunesse afin de commencer à construire un "tous ensemble" fait de grève illimitée comme en décembre 1995 - mouvement qui avait réussi à faire reculer Juppé.

La fonction publique est également appelée à faire grève, ainsi que l’éducation nationale et les crèches. Dans le secteur de la santé, les personnels médicaux et non médicaux sont aussi appelés à débrayer mardi 24 septembre. Ce mouvement s’inscrira dans la continuité de la grève des urgences qui dure et s’étend depuis le mois d’avril.

Cependant, loin d’être suffisante, cette date de mobilisation s’inscrit dans le paysage d’une rentrée sociale certes explosive mais qui se joue, pour l’instant, en ordre de bataille divisé. Elle s’ajoute ainsi au 11 septembre des hospitaliers, au 20 septembre des lycéens pour le climat, au 21 septembre de Force ouvrière, à ce même 21 septembre mais qui a donné lieu à une autre manifestation des Gilets jaunes et des écolos, etc. Les principaux responsables de cette division sont les directions syndicales qui, plutôt que de tenter de fédérer les multiples colères en une grande grève générale, appellent à des dates divisées et se rendent aux négociations avec Macron et son gouvernement.

« Emmanuel Macron danse sur un volcan qui ne demande qu’à se réveiller » Le Monde

Comme l’écrivent Cédric Pietralunga, Alexandre Lemarié et Olivier Faye dans le journal Le Monde, Macron « danse sur un volcan qui ne demande qu’à se réveiller ». Et d’ajouter qu’entre les manifestations contre la réforme des retraites, les marches pour le climat, la mobilisation toujours grandissante des urgences, et « toujours ces "gilets jaunes" qui n’en finissent pas d’ajouter un nouvel acte, chaque semaine, à leur mobilisation », le gouvernement est confronté à « une multitude de départs de feu, certes différents, mais qui menacent d’embraser la plaine ».

Mais comme le notent les éditorialistes, Macron et son gouvernement ne craignent pas tant une énième mobilisation syndicale « classique », avec ses journées saute-mouton et ses parcours de manifestation déposés en préfecture, que l’imprévisibilité et la spontanéité des mouvements de type Gilets jaunes. Cette radicalité qui fait tant peur au gouvernement tient aussi et surtout dans le refus des Gilets jaunes d’aller négocier quoi que ce soit avec l’Élysée. Les directions syndicales, au contraire, pratiquent la tactique des « journées saute-mouton » pour une raison : entre deux journées isolées, elles se rendent aux concertations avec le gouvernement, afin de « négocier » les modalités de la réforme. Encore très récemment, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, demandait à être reçu à l’Élysée. Mais cette politique de casse des acquis sociaux ne se négocie pas, il faut imposer son retrait !

Tous ensemble, en même temps, en grève reconductible pour les mêmes revendications !

Bien que Macron « danse sur un volcan », ni la seule date du 24 septembre, ni les diverses mobilisations – puissantes mais pour l’instant trop isolées, et avec des stratégies perdantes comme le saute-mouton et la négociation avec le gouvernement – ne suffiront pas à le faire tomber. L’appel à une grève illimitée en décembre, lancé par des syndicats de la RATP, a ravivé le spectre de 1995, c’est-à-dire d’un mouvement de grève générale qui a fait échouer le plan Juppé de réforme des retraites. Si l’entrée d’un secteur en reconductible en décembre pourrait bien changer totalement la situation, le « tous ensemble » reste cependant à construire. Il s’agirait de coupler la radicalité des Gilets jaunes avec la mise en mouvement des secteurs centraux des travailleurs, comme les cheminots, la RATP ou les salariés des autres grandes concentrations ouvrières.

Des aspirations à la convergence, notamment entre Gilets jaunes et mouvement pour le climat, commencent à être visibles comme ce samedi à Paris et dans plusieurs villes. Cette convergence doit être généralisée à tous les secteurs qui se battent actuellement contre Macron et ses politiques de casse des services publics et des acquis sociaux : les Gilets jaunes et les écolos donc, les cheminots et la RATP bien sûr, mais aussi les jeunes, les urgences, les profs, les pompiers, la fonction publique, les femmes qui n’attendent pas le gouvernement pour s’organiser contre les violences, etc.

Le mois de septembre est donc émaillé de très nombreuses dates de mobilisation de tous ces secteurs, témoignant de la profondeur de la colère. Pour faire reculer Macron, il s’agirait de partir tous ensemble, en même temps et pour une grève reconductible et non pour une seule journée. C’est en effet de cette manière que les travailleurs peuvent réellement bloquer l’économie d’une part, et d’autre part s’organiser eux-mêmes, à la base, par des assemblées générales quotidiennes pour décider des suites du mouvement. De plus, contrairement à ce que prônent Martinez et les directions syndicales, la stratégie gagnante n’est pas celle de la négociation : il faut imposer le retrait de la réforme !

L’union des secteurs en lutte implique de dépasser les revendications corporatistes de chaque secteur. Cela est non seulement souhaitable mais possible, car ces mouvements ont en commun de lutter contre les politiques anti-sociales de Macron.

Il apparaît donc indispensable de faire émerger un série de revendications générales, unifiant l’ensemble des revendications sectorielles. Contre le chômage de masse et la précarisation des travailleurs, revendiquons le partage du temps de travail entre toutes et tous, l’interdiction des licenciements, l’embauche massive dans le privé comme dans le public avec une baisse drastique du temps de travail et la retraite à 60 ans. Revendiquons l’augmentation générale des salaires et des pensions, avec indexation sur l’inflation. Contre la sur-exploitation des ressources naturelles et la crise écologique, revendiquons l’expropriation des grands groupes capitalistes et leur gestion par les travailleurs et la population. Avec un programme constitué de ces mesures, en défense des droits démocratiques, contre les violences policières, les discriminations et oppressions, etc., il s’agirait là d’imposer un autre projet de société, où les richesses et les moyens de production ne seraient plus entre les mains d’une minorité capitaliste, mais entre les mains de la majorité.




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