^

Notre classe

CHEMINOTS, USAGERS, MÊME COMBAT POUR LE SERVICE PUBLIC – PARTIE 21

25.000 ouvrages d’art en mauvais état en France, merci la politique de casse de la SNCF !

La catastrophe du pont de Gênes a obligé les autorités italiennes à effectuer un état des lieux, mais l’ampleur du désastre résonne jusqu’en France où les études montrent que 25.000 ouvrages d’art sont en mauvais état. Quel lien avec la SNCF ? La politique du tout routier menées sur les 30 dernières années au moins par les gouvernements successifs n’est pas étrangère à ce bilan catastrophique et coûteux tant en termes de santé publique que pour la santé des ponts, viaducs et autres ouvrages qui semblent bien plus impactés que prévu. Cet état des ouvrages d’art révèle les conséquences de décisions politiques méconnues.

jeudi 22 août

Des décisions de longue date qui portent leurs fruits aujourd’hui

Comme expliqué dans un précédent article, la SNCF a passé les 30 dernières années à saboter son activité de transport de marchandises au profit de la route (et en réalité au profit de la partie privée du groupe SNCF : Géodis).

Non seulement le fret ferroviaire a perdu des parts de marché (9% à l’heure actuelle), mais dans un contexte où les échanges de marchandises ont explosé avec la technique dite des « flux tendus » pour la grande distribution au départ et qui s’est généralisée, jetant sur les routes des milliers de camions…

Mais alors que les besoins augmentaient exponentiellement, le ferroviaire fermait les dessertes, les triages, licenciait des agents, en dépit de toute logique, de tout bon sens et de toute vision écologique de l’avenir bien sûr !!!

Un trafic efficace et écologique sacrifié

Jusque dans les années 1970, les voitures restaient un luxe et les camions aussi. Les lobbys pétroliers et automobiles devaient remédier à cette situation.

A l’époque, le réseau ferré français était parcouru de trains de marchandises qui prenaient des wagons dans les entreprises (l’état finançait les « embranchements particuliers », une voie privée raccordée au réseau pour livrer des wagons aux entreprises) en passant d’un train à l’autre dans chaque triage. Les agents SNCF (dits « de manœuvre », les fameux « indigènes de la SNCF » bien souvent), retiraient les wagons des différents trains pour les incorporer à d’autres jusqu’à destination.

Mais les grèves de 1986 et 1995 ont poussé les gouvernements (surtout après 95), à sabrer ce fonctionnement pourtant pratique et écolo car chaque grève empêchait l’approvisionnement des entreprises et donnait un levier aux cheminots pour des revendications gagnantes. Il fallait donc que cela cesse au plus vite pour nos capitalistes !

L’autorisation des 44 tonnes par Sarkozy, un tournant décisif !

La casse s’est donc intensifiée, avec la création du groupe SNCF qui organisait sa propre concurrence via Géodis. Mais, bien sûr Sarkozy (un des modèles de Macron) a voulu accélérer le mouvement et a autorisé le transport de marchandises par des camions pouvant transporter jusqu’à 44 tonnes.

Auparavant, ces marchandises étaient forcément dédiées au rail car les essieux des trains peuvent supporter jusqu’à 70 tonnes. Le gouvernement demanda un rapport parlementaire pour étudier les coûts. En effet, les routes n’étaient pas prévues pour de telles charges et déjà, à l’époque, des études estimaient que chaque camion abîmait la route comme des milliers de voitures (même des centaines de milliers d’après certaines études).

Avant 2012, le gouvernement finançait le réseau routier à hauteur de 15 milliards d’euros par an environ, et le rapport parlementaire estimait que la circulation des 44T augmenterait les coûts de 15 à 20%, soient 3 milliards par an au maximum. Or, aujourd’hui, le budget annuel de l’entretien du réseau routier dépasse les 25 milliards par an et est en constante augmentation ! (Le rail ne reçoit que 10 milliards).

Ce qui signifie deux choses, d’abord le trafic a nettement augmenté, et la détérioration générée par les 44T a été nettement sous-estimée ! D’autant plus si on fait le lien avec l’état très préoccupant de 25.000 ouvrages d’art qui vont demander un budget d’une toute autre ampleur, vu les moyens nécessaires pour réparer un pont, en montagne, etc. En réalité, ni les structures stabilisatrices des routes sous le bitume, ni les ponts, viaducs et autres ouvrages d’art, n’ont été conçus pour supporter de telles charges, ni de telles fréquences de passage…

Des décisions prises dans les alcôves du pouvoir, mais qui impactent la population à plus ou moins long terme !

Ce bilan qui n’est pas que financier, car la circulation routière induit un coût social énorme, avec des routiers précaires et exploités, des accidents de la route (les camions représentent 5,2% des véhicules et sont impliqués dans 28% des accidents mortels, et dans combien d’autres accidents graves ?), les nuisances sonores, environnementales, etc. Le tout étant supporté par la Sécurité Sociale, cela montre à quelle hauteur le trafic routier de marchandises est subventionné sans que la population en ait décidé ainsi.
Sans compter que la circulation des marchandises par rail amortissait en partie le coût des infrastructures. Leur raréfaction augmente mécaniquement le prix des circulations voyageurs.

Cette situation rappelle les décisions prises par EDF dans les années 70 avec le recours au nucléaire, sans annonce politique, ni même bien entendu que les travailleurs de l’entreprise ou les usagers aient leur mot à dire. La démocratie capitaliste s’arrête là. Certaines décisions économiques, discutées dans le secret des conseils d’administration, sont d’une importance bien supérieure au vote de certaines lois qui sont, elles-mêmes très partiellement, discutées publiquement.

Les services publics appartiennent à ceux qui les font tourner au quotidien et à ceux qui en bénéficient et toutes les décisions qui les concernent devraient leur revenir. Ne laissons plus jamais les "Tartuffes sociopathes" capitalistes décider pour nous !!

👉 Participez à la campagne de Révolution permanente :

N’hésitez à nous envoyer votre propre témoignage, que vous soyez cheminot ou usager, sur les conséquences de la réforme ferroviaire dans vos régions et métiers respectifs pour ce qui est des cheminots : siterevolutionpermanente@gmail.com

Consultez tous les articles et le dossier de la campagne




Mots-clés

Réforme Ferroviaire   /    Privatisation   /    Bataille du rail   /    Cheminot-e-s   /    Ecologie   /    SNCF   /    Nicolas Sarkozy   /    Notre classe