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Notre classe

« Tous ensemble ! »

25% des vols annulés à Roissy : les grévistes unis à la base pour imposer 300€ d’augmentation !

Ce jeudi, une grève préparée depuis un mois par les salariés de plusieurs entreprises a secoué l'aéroport Roissy – Charles de Gaulle. Unis autour de la revendication d'une augmentation de 300€ pour tous les travailleurs de la plateforme, les grévistes montrent l'exemple face à la guerre sociale que mènent Macron et les grands patrons.

vendredi 10 juin

Cela faisait plus d’un mois que la grève à l’aéroport de Roissy – Charles De Gaulle était annoncée ce 9 juin. Et malgré les tentatives de différentes entreprises de l’empêcher, elle a bien eu lieu. Dès mercredi soir, une première annonce d’Aéroports de Paris (AdP) annonçait la couleur : un quart des vols annulés au départ de Roissy. En cause, le manque de personnel nécessaire pour faire tourner les quatre pistes de l’aéroport. Finalement, seules deux seront opérationnelles.

Dans beaucoup d’entreprises, les taux de grévistes sont montés jusqu’à 50%, tandis que le rassemblement appelé par les syndicats de l’aéroport a réussi à rassembler entre 1.500 et 2.000 personnes ce jeudi. Sur place, de nombreux soutiens étaient également présents : le maire de Stains Azzédine Taïbi ainsi que la députée LFI Clémentine Autain, mais aussi des syndicalistes d’autres secteurs comme Jean Pierre Mercier (CGT PSA Poissy et militant de Lutte Ouvrière), Simon Duteil (Solidaires), ou encore des militants de la CGT Monoprix Paris. Anasse Kazib, cheminot et ex-candidat à la présidentielle pour Révolution Permanente avait également fait le déplacement en soutien, ainsi qu’une délégation de jeunesse avec des membres du collectif étudiant Le Poing Levé.

Grève historique à Roissy : face aux manœuvres du patronat pour diviser les salariés de l’aéroport, les grévistes répondent « tous ensemble, tous unis ! »

A Roissy ce qui frappe en premier lieu, c’est la myriade d’entreprises sous-traitantes qui font fonctionner l’aéroport. Le tour de force de la grève du 9 juin a donc été de coordonner les salariés des différentes entreprises, en déjouant la division des négociations salariales boîtes par boîtes. Pour s’unir et frapper ensemble en appelant à une seule et même date de mobilisation, les grévistes se sont fédérés derrière le même mot d’ordre : une augmentation de salaire de 300 euros pour toutes et tous !

Parmi les grévistes rassemblés devant le terminal 2E de l’aéroport, des salariés de dizaines d’entreprises différentes, que ce soit du personnel volant, du personnel au sol (pompiers, agents de pistes), des travailleurs du fret ou encore des agents de sécurité. Nicolas Pereira, secrétaire de l’Union Locale CGT, le résume bien dans la première intervention de la journée : « tous ensemble, tous unis, c’est ce que nous avons voulu : l’unité des salariés, l’unité des syndicats et comme cela que nous obtiendrons satisfaction ».

Il faut dire que le patronat a cherché par tous les moyens à organiser la division entre les salariés, avec la complicité des directions syndicales. Ainsi FO, la CFTC et la CFE-CGC viennent de signer un accord national de branche qui acte une augmentation de salaire de 3,25% dès septembre prochain pour les salariés du secteur de la sûreté aéroportuaire. « Très insuffisant : c’est 50€ brut à peine » nous répond Lionel, lui-même agent de sûreté depuis 21 ans à Roissy. Lâchées par le patronat pour faire stopper la grève dans quelques entreprises stratégiques, ces miettes n’ont pas suffit à éteindre la colère et à diviser les salariés. Mais les grévistes vont devoir être vigilants pour conserver l’unité à la base, en se coordonnant et en refusant les négociations entreprise par entreprise qui visent à les diviser pour affaiblir le rapport de force.

« On nous a sucré plein de primes pendant la période du Covid » : les travailleurs de l’aéroport en colère face aux bas salaires et aux mauvaises conditions de travail

La seconde évidence, lorsque l’on écoute les grévistes parler de leurs conditions de travail, c’est une sorte de traumatisme du Covid : dans toutes les entreprises, les intérimaires et précaires ont été mis à la porte et des Accords de performance collective (APC) ont été signés, revoyant les salaires à la baisse. Nous avons échangé avec plusieurs salariés d’Aéroports de Paris (AdP), qui ont été particulièrement victimes de ces baisses de salaires.

Philippe, un agent technique d’AdP, dit avoir «  perdu un mois et demi de salaire sur une année. On nous a sucré plein de primes, les primes de conduite, d’assiduité, les indemnités kilométriques ». L’agent, qui a 28 ans d’ancienneté, nous confie « ne pas revenir à son salaire pré-Covid » même avec une augmentation de 300€. Même son de cloche pour Loïc, qui dit avoir perdu 25% de son salaire.

Et si beaucoup de salariés ont accepté dans un premier temps le chômage partiel et les autres aménagements des premières vagues, maintenant que le trafic est reparti de plus belle et que les entreprises engrangent des bénéfices monstres, continuer à imposer des sacrifices aux salariés ne passe plus. C’est ce qui explique la radicalité des grévistes, qui ont fait irruption dans un terminal en contournant le dispositif policier pour manifester leur colère.

Pour construire le rapport de force et amplifier le mouvement, il faut se coordonner et s’organiser à la base !

Enfin, le dernier aspect marquant de cette journée réside dans la détermination des salariés pour cette première journée de mobilisation et dans la conscience très largement partagée qu’une seule journée ne suffira pas à obtenir satisfaction et qu’il faudra faire face aux manœuvres du patronat. Car si l’aéroport était loin d’être totalement bloqué, la question de savoir comment développer le mouvement était au cœur de beaucoup de discussions.

Si une date n’a pas encore été déterminée pour une nouvelle journée de mobilisation, l’objectif restait ce 9 juin, selon un syndicaliste, de «  se compter, de voir qui était là et qui ne l’était pas  ». En ligne de mire, une nouvelle journée de grève dans les prochaines semaines et des assemblées générales pour s’organiser et coordonner les différents secteurs de l’aéroport. Une étape importante à l’heure où il est très rare de voir des regroupements d’entreprises se battre ensemble pour les salaires sans tomber dans le piège de la division et des négociations boîtes par boîtes.

Anasse Kazib, cheminot et ex-candidat à la présidentielle venu en soutien, expliquait ainsi : « c’est primordial de voir des salariés de différentes boîtes lutter ensemble, c’est ça qui fait peur aux patrons », avant de conclure « pour renforcer le rapport de force il va falloir qu’on se coordonne pour poser une date commune à tous les secteurs, et revendiquer une augmentation générale des salaires pour tous les travailleurs ! »

Même son de cloche du côté des étudiants du collectif Le Poing Levé venus en soutien, pour qui « la mobilisation des grévistes de Roissy est un exemple à suivre » face au programme de guerre sociale que promet Macron et son monde.

Amplifier et étendre le mouvement, construire le rapport de forces, organiser les grévistes pour faire grossir les forces vives, s’organiser à la base pour que la grève appartienne réellement aux grévistes et qu’aucun dirigeant syndical ne puisse négocier dans le dos des salariés, et casser toutes les barrières et divisions corporatistes qui peuvent exister entre les entreprises donneuses d’ordre et sous-traitantes : voilà le programme pour les jours à venir !



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