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Genres et sexualités

Journée internationale

25 novembre : violences sexistes, violences sociales, tous·tes uni·es contre le capital !

Alors que le 25 novembre est marqué par la crise, la guerre, et sous le signe d’un renforcement brutal de la misère dont les femmes et les personnes LGBTI sont en première ligne à l’échelle mondiale, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles passe par une dénonciation claire de l’État et du grand patronat qui ne seront jamais nos alliés dans ce combat.

vendredi 11 novembre

5 ans après #MeToo

Cinq ans après son lancement sur les réseaux sociaux, le puissant mouvement de dénonciation #MeToo a mis en lumière le caractère structurel des violences sexistes et sexuelles à l’échelle internationale. En dénonçant l’impunité d’agresseurs notables, de Weinstein à Polanski en passant par Patrick Poivre d’Arvor, il a révélé la façon dont le système capitaliste protège les siens, au détriment de femmes et d’enfants murés dans le silence. Face à un Darmanin, qui expulse les étrangers ayant commis des violences conjugales alors qu’il est lui-même accusé de viol, c’est le rôle même de l’État, de sa justice et de sa police, que toute une génération de femmes et de personnes LGBTI questionne.

La force de #MeToo et de ses multiples déclinaisons est aussi d’avoir démontré l’ampleur et la diversité des formes de violences sexistes et sexuelles. Le harcèlement et les agressions sur les lieux de travail, les violences conjugales et l’inceste ont ainsi fait leur apparition fracassante sur le devant de la scène, démontrant que les féminicides et les viols sont les expressions les plus extrêmes d’une longue chaîne de violences, qui prend racine dans les structures mêmes de l’État, du travail et de la famille capitalistes.

À ce titre, dans le sillon tracé par le mouvement #MeToo, le fait que les violences sexistes et sexuelles touchent d’autant plus durement les femmes et les personnes LGBTI des pays sous domination impérialiste, migrant·es, racisé·es et, plus particulièrement en France, musulman·es, a également été souligné.

L’ensemble de ces constats, que le mouvement contre les violences sexistes et sexuelles a permis d’imposer à une large échelle dans la société, doivent être réactualisés à l’aune de la situation actuelle, qui ne fait que les aggraver.

Un 25 novembre sous le signe de la crise et de la guerre à l’échelle internationale

La guerre en Ukraine, qui s’abat dans toute son horreur sur le peuple ukrainien et sur les fractions les plus impuissantes du peuple russe envoyées au front, n’est que le symptôme d’une tendance à l’affrontement militaire qui s’accélère sur fond de rivalités croissantes entre les puissances mondiales. Les femmes et les personnes LGBTI, comme toujours dans l’histoire, payent le prix fort de ce déchaînement de violences entre les États, et on peut faire l’hypothèse qu’elles seront aux avant-postes de sa contestation.

L’exemple de la révolte historique en cours en Iran va dans ce sens. Suite au féminicide de Masha Amini par la police des mœurs, les femmes ont entraîné dans leur contestation du régime théocratique les masses ouvrières et populaires radicalisées par la crise. Après deux mois de répression, c’est aujourd’hui l’ensemble de la caste réactionnaire et corrompue à la tête de l’État que ces dernières dénoncent, dans un pays où l’inflation dépasse les 40% et où le chômage atteint 9,2%, résultat d’une économie consciemment ravagée par des décennies de sanctions de la part des pays impérialistes.

Dans le même temps, l’approfondissement de la crise génère dans le monde entier l’émergence ou le renforcement de forces d’extrême-droite, qui s’expriment par des phénomènes tels que le trumpisme ou le bolsonarisme, ainsi que par l’arrivée au pouvoir de partis tels que le Fratelli d’Italia de Meloni. Les femmes, les personnes LGBTI ainsi que les migrant·es sont les premier·es impactées par ces courants réactionnaires, qui font campagne contre nos droits, voire les attaquent directement. Les forces bourgeoises prétendument progressistes, qui nous avaient juré d’empêcher de tels phénomènes, ont fait la démonstration de leur impuissance, aux États-Unis et ailleurs. Le climat réactionnaire qui en résulte ne peut que renforcer les violences sexistes, sexuelles, LGBTIphobes et racistes dans toutes les couches de la société.

Plus largement, l’inflation frappe de plein fouet les femmes et les personnes LGBTI du monde entier, en premier lieu dans les pays dominés par l’impérialisme mais aussi au cœur des puissances économiques mondiales. Ce faisant, elle renforce leur dépendance au travail et/ou au foyer, qui sont le terrain privilégié des violences sexistes, sexuelles et racistes : face à la nécessité de remplir son frigo pour se nourrir ou nourrir ses enfants, il devient de plus en plus difficile de quitter nos jobs violents et de s’indépendantiser de nos partenaires ou de nos familles abusives.

Un 25 novembre dans le contexte d’une perte généralisée de salaire réel et d’une offensive réactionnaire en France

En France aussi, la mobilisation contre les violences sexistes et sexuelles doit tenir compte d’un contexte aggravé de crise.

À l’heure de la « fin de l’abondance » annoncée par Macron, les femmes et les personnes LGBTI qui occupent les postes les plus précaires de la société, voire sont marginalisées du monde du travail du fait des discriminations à l’embauche, sont utilisées comme des variables d’ajustement pour maximiser les profits du grand patronat. Le gouvernement Macron accompagne ce phénomène, comme le montre par exemple sa politique autour de la «  féminisation » de la filière aéronautique qui masque mal l’objectif de renforcer le niveau d’emploi précaire plutôt que d’augmenter les salaires dans le secteur. Cela se fait au détriment de l’égalité salariale, l’écart s’élevant à 28,5% entre le salaire des femmes et celui des hommes dans le secteur privé, si l’on prend en compte les inégalités de volume de travail du fait des contrats précaires.

Un chiffre qui tend donc à s’aggraver sous l’effet de la crise, sous un gouvernement qui prétend pourtant faire de l’égalité salariale l’une de ses priorités politiques. Dans ces conditions, la perspective de l’indépendance économique des femmes et des personnes LGBTI, principal rempart face aux violences sexistes et sexuelles, ne fait que s’éloigner.

Les politiques d’austérité menées par Macron au service des intérêts capitalistes et au détriment de la santé publique et de l’éducation ne font qu’aggraver cette situation. En effet, la question de la prévention des violences, de leur détection et de l’accompagnement des victimes est primordiale. À l’hôpital et dans les écoles, les personnels pourraient jouer ce rôle s’ils n’étaient pas acculés par le manque de moyens et la pression au rendement, qui fait passer cette question au dernier plan, voire rajoute de la violence institutionnelle aux violences qu’on subit les victimes.

L’inflation, en France aussi, renforce drastiquement la dépendance économique des femmes et des personnes LGBTI. Alors qu’elle est estimée à 6,2% dans l’ensemble, à 11,8% sur l’alimentation et à 19,2% sur l’énergie sur l’année 2022, l’augmentation des prix a une réalité de classe, mais aussi de genre. Parmi les travailleurs et les classes populaires qui voient s’envoler les prix de l’alimentaire, en particulier dans les enseignes « discount », ainsi que les prix du carburant, les femmes et les personnes LGBTI sont parmi les plus exposés à la hausse des prix et voient leur niveau de vie violemment impacté. De plus, les produits dits « féminins » font aussi partie des produits sur lesquels la hausse des prix est la plus forte.

D’autre part, du fait de l’offensive réactionnaire qu’il est en train de mener et qui ne fait que renforcer l’extrême-droite, le gouvernement alimente directement un climat de violences. Son projet de loi immigration, porté par Darmanin, attise la haine des étrangers et des musulman·es, déjà stigmatisé·es par la loi séparatisme, dans le but de diviser la population et de légitimer un renforcement de l’appareil répressif. Par une rhétorique des plus réactionnaires, c’est même au nom des « droits des femmes » que ce projet est mené, expliquant comme le fait l’extrême-droite que les étrangers représenteraient une menace pour les femmes et qu’il faudrait donc les expulser. Cela ne fait que renforcer les violences racistes et islamophobes, ces dernières étant à 75% dirigées contre les femmes.

Dans la même logique, le gouvernement alimente les violences envers les personnes trans, suivant la brèche ouverte par l’extrême-droite qui se mobilise contre le prétendu « lobby LGBT ». En recevant au Ministère de l’Intérieur puis à l’Assemblée des figures notables du mouvement TERF, telles que Dora Moutot et Marguerite Stern, le gouvernement contribue à l’institutionnaliser. Il banalise de ce fait la haine des personnes LGBTI, alors même qu’au moins 85% des personnes transgenres sont agressées au cours de leur vie.

En réalité, la politique du gouvernement contre les violences sexistes et sexuelles ces dernières années ne s’est faite que sur le terrain judiciaire, raciste et répressif, de la loi contre le harcèlement rue aux moyens mis dans la police mais aucune mention n’a été faite à la mise en place de mesures tels que la question des logements ou de fonds d’urgence, qui permettraient de prévenir une grande partie des féminicides que nous regrettons chaque jour. Il n’est pas question pour ce gouvernement d’avancer vers de telles mesures quand leur boussole est celle de la mise en place de la réforme des retraites, la privatisation des services publics, la casse du droit social et de la protection des salariés.

L’État et le grand patronat ne seront pas nos alliés dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles !

Tous ces faits politiques mis bout à bout prouvent que le problème de l’État ne réside pas dans son inaction face aux violences faites aux femmes, mais révèle plutôt qu’il défend et soutient activement les intérêts d’une poignée de privilégiés, de la bourgeoisie et du patronat. L’État re-victimise et inflige des violences supplémentaires aux femmes avec des parcours et des décisions judiciaires entachées de préjugés patriarcaux. De la même manière, en plongeant l’immense majorité des femmes dans la précarité et la pauvreté, il garantit et reproduit l’inégalité des femmes face à la vie. Le fémonationalisme permet au gouvernement d’avancer sur son propre agenda raciste et sécuritaire qui cible les personnes musulmanes ou assimilées comme telles. Au nom des droits des femmes, l’État français opprime des millions de femmes et les classes populaires dans l’Hexagone et à l’international.

Pour toutes ces raisons, le fait que des organisations féministes de gauche continuent inlassablement de se tourner vers l’État et le patronat pour résoudre le problème des violences sexistes et sexuelles est une voie sans issue. Notamment, revendiquer l’éducation de la police et des patrons à la question des violences ou de nouvelle lois pour les criminaliser, comme le font Nous Toutes et la NUPES, est un contre-sens absolu, qui ne peut aboutir qu’au renforcement toujours plus important de l’appareil répressif au détriment de l’ensemble de notre classe dans un moment décisif de son histoire et au détriment des femmes et des personnes LGBTI du monde entier. Au contraire, le rôle de l’État et du grand patronat dans l’augmentation des violences à l’échelle internationale comme au niveau national doit être fermement dénoncé et pris en compte pour penser les batailles que le mouvement féministe doit se préparer à livrer.

Alors que dans le monde, le renforcement des tensions impérialistes appelle de nouvelles révoltes ouvrières et populaires dont les femmes seront des protagonistes de premier plan, à l’instar de l’Iran, il est fondamental d’opposer à la violence des États une solidarité de classe fondamentalement féministe : il faut revendiquer l’ouverture des frontières et la fin des sanctions impérialistes qui asservissent les peuples.

Face à une paupérisation à échelle de masse, dans le sillon tracé par la grève des raffineurs en France, il est urgent de revendiquer une augmentation de 400 euros des salaires et des minimas sociaux, ainsi que leur indexation sur l’inflation pour faire face à la hausse des prix. Pour qu’une réelle prévention et une prise en charge des violences sexistes et sexuelles soit possible, il faut aussi exiger des moyens massifs pour les services de santé et d’éducation, ainsi que pour les associations sur lesquelles ce travail repose en grande partie.

Enfin, contre l’offensive réactionnaire du gouvernement et de l’extrême droite, l’ensemble des lois racistes et islamophobes que promeut l’État français doivent être abrogées, à commencer par la loi séparatisme et le projet de loi sur l’immigration.

Notre féminisme est celui qui se bat pour toutes ces revendications avec la force et l’organisation des femmes travailleuses et des jeunes femmes, de celles qui luttent pour leurs salaires, leur dignité, contre l’État capitaliste, patriarcal et impérialiste aux politiques islamophobes ; avec la force également des grévistes de Total, de la RATP ou de Geodis qui sont en train de relever la tête, parce que ces secteurs ont la possibilité d’imposer un véritable rapport de force contre le gouvernement et le patronat en arrêtant la machine des profits.

Dans cette situation, à rebours de la stratégie de défaite des organisations syndicales qui appellent à des grèves isolées en même temps qu’elles retournent à la table des négociations, le mouvement féministe a un rôle à jouer dans la période politique qui s’ouvre. Sur nos lieux de travail, d’étude et dans la rue, c’est aux côtés des hommes de notre classe et en nommant clairement nos ennemis que nous pourrons avancer vers un monde débarrassé de violences sexistes et sexuelles.

Ces dernières décennies nous ont montrées que le patriarcat n’est pas tombé avec l’approbation de lois. Il ne tombera pas non plus par la simple volonté d’une présidente ici ou ailleurs. Ni le patriarcat, ni le capitalisme ne vont tomber d’eux-mêmes : nous devons les renverser avec notre force organisée dans une lutte totale contre l’État capitaliste et ce régime social qui ne nous réserve que misère, violences et inégalités.



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