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Salaires

250 grévistes à Dassault Mérignac débrayent pour leurs salaires : « on est prêts à durcir le mouvement »

Depuis vendredi dernier, dans le cadre des NAO, des débrayages importants sont en cours sur le site de Dassault Mérignac pour des augmentations de salaires. En France, sur les neuf sites, ce sont près de 900 travailleurs qui ont débrayé dans les usines Dassault.

Maïa Maros

27 février 2023

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Crédits photos : lors de la grève de janvier 2022, DR

Des débrayages pour les salaires largement majoritaires

Début février, les travailleurs de Dassault Aviation ont entamé une mobilisation dans le cadre des NAO (Négociations Obligatoires Annuelles). Celle-ci s’est intensifiée mercredi dernier suite au refus de la direction de revoir sa proposition sur les salaires, une proposition « très loin des attentes des salariés » selon Antony Dupuy, délégué syndical CGT Dassault Mérignac que nous avons interrogé. Sur le site de Mérignac à quelques kilomètres de Bordeaux, cette première journée de débrayage a été suivie par 250 travailleurs, soit 80% des salariés de la production, tandis que de nombreux sites en France ont suivi le mouvement.

L’année dernière déjà, les travailleurs de Dassault avaient montré leur combativité avec une grève victorieuse longue de 4 mois. Aujourd’hui, les syndicats revendiquent une augmentation de 250 euros brut pour la CGT et la CFDT, et 300 euros brut pour l’UNSA pour les salariés non-cadres. En réponse à ces revendications, la direction a mis sur la table des miettes. Pour cause, c’est avec une proposition bien inférieure, avec un plancher maximal d’augmentation de 100 euros brut, que la direction s’est présentée aux NAO. A notre micro, le syndicaliste cégétiste affirme « qu’entre l’inflation et le conflit de l’année dernière, les propositions de la direction sonnent comme une provocation ». Une attitude que la direction a gardé après la première journée de mobilisation début février, dénié après laquelle elle a proposé une augmentation de seulement 10 euros sa proposition initiale. Le mécontentement des grévistes concerne aussi le budget accordé par la direction aux augmentations individuelles qui s’élève à 0,6% de la masse salariale. Pour Antony Dupuy, « On n’a jamais vu une proposition si faible ».

Face à des propositions « jamais-vu et très loin des attentes des salariés », selon le syndicaliste, le mouvement devrait se durcir d’ici la prochaine journée de négociation le 2 mars prochains. À Mérignac, un travailleur affirme : « On va durcir le mouvement jusqu’à ce qu’il y ait de vraies propositions »

Un mouvement à l’échelle nationale qui se prépare à durcir

Dans le cadre des NAO du géant français de l’aéronautique, les débrayages sont nationaux, et ont été suivis par 900 salariés sur les neuf sites que compte l’entreprise, selon nos informations. Une mobilisation conséquente, qui fait écho à la dernière mobilisation chez Dassault lors de laquelle 1000 travailleurs étaient en grève. Mais cette fois-ci, le mouvement a été plus suivi : « on n’a jamais fait aussi fort sur un premier débrayage », témoigne Antoine Dupuy.

Le jeudi 2 mars aura lieu la troisième journée de négociations., Sur la plupart des neuf sites la volonté des grévistes est de « mettre un coup de pression à la direction » en durcissant le mouvement. Pour cela, les travailleurs se dotent déjà des outils nécessaires au renforcement du mouvement et notamment en convergeant avec d’autres travailleurs de l’aéronautique en lutte. C’est le cas à Mérignac, où les travailleurs de Dassault ont déjà apporté leur soutien - au travers leur présence sur le piquet de grève, mais aussi à travers la caisse de grève - aux grévistes de Safran, sous-traitant sur le même site, qui mènent une grève depuis près de deux semaines. Les travailleurs du sous-traitant ont apporté leur soutien en retour lors des débrayages des travailleurs de Dassault en début de semaine. Un syndicaliste nous confie que ces deux secteurs de l’aéronautique discutent et réfléchissent déjà à mener des actions communes, une possibilité qui pourrait permettre de rompre avec la séparation entre donneurs d’ordre et sous-traitant, et amplifier le rapport de force

Fin du mois, fin de carrière : un lien urgent à faire

Dans un contexte de forte mobilisation contre la réforme des retraites, les grévistes ne se battent pas que pour leurs salaires. À Bordeaux, les travailleurs de Dassault Aviation ont répondu présent à chaque appel de mobilisation contre la réforme, affrétant plusieurs bus au départ de l’entreprise pour les manifestations en centre-ville. Antony Dupuy note tout de même la difficulté pour les travailleurs de la production, c’est-à-dire les plus précaires, à se mobiliser pour les retraites : « ces travailleurs-là ne sont pas forcément dehors contre la réforme des retraites à cause du salaire, donc bien sûr on essaye de faire le lien entre salaires et retraite ».

Pour aller plus loin : Lier bataille des retraites et lutte pour les salaires, une condition pour vaincre contre Macron

Comme dans de nombreuses autres grèves, la question des salaires est donc intimement liée avec celles des retraites. Deux combats qui se mènent pour l’instant séparément à l’échelle nationale, malgré le fait que l’inflation soit une des préoccupations les plus importante des salariés. Cette division entretenue par l’intersyndicale crée de fait une division entre les combats, entre la grève dans les entreprises pour les salaires et les journées nationales contre la réforme des retraites, comme on le voit chez les plus précaires. Une raison de plus pour faire de la bataille contre la réforme des retraites une bataille qui revendique aussi des augmentations de salaires.


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