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Politique

Les frontières tuent

27 migrants noyés à Calais. L’Etat est responsable : ouvrons les frontières !

Au moins 27 migrants sont morts mercredi 24 novembre au large de Calais dans le naufrage de leur bateau pneumatique. Une catastrophe qui, malgré les larmes de crocodile du gouvernement français, met en avant la nature criminelle des frontières. Face à ce drame, il est urgent d’imposer l’ouverture des frontières et la régularisation de tous les sans-papiers.

jeudi 25 novembre

Crédit Photo : Gonzalo Fuentes / Reuters

Au moins 27 migrants sont morts mercredi au large de Calais dans le naufrage de leur embarcation alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Angleterre. L’embarcation, un bateau pneumatique, était partie de Dunkerke avec à son bord une cinquantaine de personnes, comme le rapporte Mediapart..

Les traversées en bateau pneumatiques se sont multipliées depuis le verrouillage par l’Etat des autres itinéraires de traversée précédemment utilisés : l’Eurotunnel et le port de Calais. Avec ces traversées, les naufrages se sont également multipliés, entraînant officiellement 4 morts en 2019 et 6 morts et 3 disparus en 2020.
D’après l’association de soutien aux migrants Utopia56, ce naufrage porte à au moins 340 le nombre de personnes mortes à la frontière franco-britannique depuis 1999.. Comme le dit l’association, ces personnes sont « Mortes cachées dans la remorque d’un camion. Mortes électrocutées par un caténaire du site d’Eurotunnel. Mortes noyées dans la Manche. Mortes renversées sur l’autoroute. Mortes des conditions de vie trop dures. Mortes d’insuffisance de prise en charge médicale. Mortes des suites d’une intervention des forces de l’ordre. Tuées par la frontière. »

Devant l’ampleur et la médiatisation de la catastrophe, le gouvernement et la classe politique n’ont pas manqué de montrer leur indignation dans une succession de tweets et de déclarations rivalisant d’hypocrisie. Macron a affirmé que « la France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière ». Castex a adressé ses pensées aux « nombreux disparus et blessés » en pointant une « tragédie » et Darmanin, qui il y a deux semaines encore encensait le modèle de prisons pour migrants à ciel ouvert mis en place en Grèce, a confessé ressentir « une forte émotion ».

Xavier Bertrand, à peine sorti de la surenchère xénophobe du débat des primaires des Républicains, a fait part d’une « profonde émotion et colère ». Roussel, qui affirmait cet été que les migrants sans droit d’asile ont vocation à rentrer chez eux, a quant à lui partagé son effroi et son horreur. Même Marine Lepen et Ciotti se sont joint à ce grand moment d’indignation républicaine.

Retour aux priorités répressives

Une fois les hommages de rigueur passés, l’hypocrisie a succédé au cynisme le plus total avec l’instrumentalisation de ce naufrage pour justifier des politiques répressives et xénophobes. La république en Marche, Les Républicains et le RN ont ainsi mis en avant la responsabilité des passeurs dans ce drame et fait part de leur volonté de mobiliser plus de moyens répressifs contre eux, une offensive sécuritaire dont les retombées seront subies en première ligne par les migrants.

Encore plus cynique, le naufrage a été instrumentalisé pour défendre des frontières plus étanches donc plus meurtrières. Marine Lepen a ainsi affirmé que « le laxisme en matière migratoire entraîne des drames » pour pouvoir avancer son agenda xénophobe sous un vernis humaniste.

Après une discussion avec le premier ministre britannique Boris Johnson, Macron a mis en avant « l’urgence » de stopper les traversées, comme le rapporte Le Monde. Il a également affirmé la nécessité de renforcer Frontex, la police des frontières européenne et annoncé une « réunion d’urgence des ministres européens concernés par le défi migratoire ». La catastrophe causée par l’existence des frontières et leur militarisation est donc instrumentalisée en une offensive en bonne et due forme contre les migrants à l’échelle européenne sous couvert de lutte pour « démantèlement des réseaux criminels ». Un discours qui exaspère les associations, qui pointent la responsabilité de l’Etat : « C’est une hypocrisie immonde de dire qu’on va lutter contre les passeurs. Ce sont eux qui les ont fabriqués » fustige Vincent de Coninck cité dans Le Monde.

Les frontières tuent, l’Etat est responsable !

L’agitation frénétique par ces politiques de la responsabilité des passeurs dans le naufrage est une tentative grossière de faire oublier la leur. De fait, au-delà de toute lutte hypocrite pour empêcher les migrants de tenter de passer les frontières à l’aide de passants véreux, c’est bien l’existence même de ces dernières qui implique la mort de ces hommes, femmes et enfants qui fuient pour leur vie.

A Calais, 65km de clôtures ont été posés et des zones ont été inondées pour empêcher le passage par l’Eurotunnel ou par le port commercial, renforçant le rôle de filières de passeurs et rendant le passage vers l’Angleterre toujours plus dangereux et meurtrier, en laissant comme seule solution les traversées de la Manche à bord d’embarcations de fortunes et les tentatives de monter à bord des camions convergeant vers le port.

Mais si la surenchère sécuritaire et policière aux frontières orchestrée par l’Etat a forcé les migrants à devoir risquer toujours plus pour passer en Angleterre, le caractère criminel des frontières vient de plus loin. En effet, comme l’indique Michel Agier, anthropologue dans Libération, « Depuis 1993, les frontières extérieures de l’Union européenne (UE) ont vu la mort d’au moins 50 000 personnes qui tentaient de les traverser, principalement en Méditerranée. Et depuis 1999, plus de 300 personnes sont mortes à Calais et dans sa région en tentant de franchir la frontière britannique « externalisée » en France, depuis 2004 par les accords du Touquet. Les années 2000 et 2010 ont été jalonnées de ces annonces de morts aux frontières, parfois monstrueuses comme ce millier de morts en deux naufrages successifs les 12 et 19 avril 2015 ».

Les passeurs que les Macron et les Lepen fustigent étaient inexistants avant le verrouillage de la frontière, comme le rappelle pour Le Monde Olivier Cahn, membre du Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (Cesdip).

Plus globalement c’est toute la politique xénophobe menée par le gouvernement, dont l’extrême droite critique le « laxisme », qui est responsable de ces morts. Du harcèlement policier, judiciaire et administratif à la destruction et confiscation des effets personnels et abris, en passant par la militarisation des frontières, l’empêchement d’accéder à des soins, l’emprisonnement dans les CRA ou les expulsions.

Qu’ils fuient la guerre, les dictatures, la misère ou encore les catastrophes climatiques, les migrants sont constamment harcelés par l’appareil répressif français. Quand il ne les tue pas directement, celui-ci les expose à des dangers toujours croissants via notamment la militarisation des frontières, comme le montre le naufrage de mercredi. Contre ces politiques xénophobes criminelles, qu’elles soient le fait des gouvernements français, européens ou étatsuniens, il est nécessaire de s’organiser pour mettre fin à l’Europe-forteresse et aux frontières. Cela passe par la régularisation immédiate de tous les sans-papiers, la fermeture des centres de rétention administratifs, la défense du droit au regroupement familial, l’arrêt immédiat des expulsions ainsi que le droit de toutes et tous de bénéficier d’un titre de séjour, d’un travail et d’une place à l’université.




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