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Politique

Nouvelle offensive contre le droit d'informer

Trois journalistes convoqués à la DGSI pour une enquête révélant l’usage d’armes françaises dans la guerre au Yémen

Le saut répressif contre les droits de la presse se poursuit. Trois journalistes du nouveau journal d'investigation Disclose ont été convoqués dans les locaux de la DGSI à propos de leur enquête révélant l'usage d'armes française dans le massacre des populations civiles au Yemen, mené par l'Arabie Saoudite. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris pour « compromission du secret de la défense nationale ».

vendredi 26 avril

Crédits Photo : L’un des 48 canons Caesar déployés par l’Arabie Saoudite à la frontière avec le Yémen et produits en France. Photo Newscom. Sipa

Le journal avait fait paraître le 15 avril une vaste enquête compromettant l’Etat Français. S’appuyant sur une note de la Direction du renseignement militaire (DRM) rédigée le 25 septembre 2018, Disclose a prouvé que de nombreuses armes françaises vendues à l’Arabie Saoudite ont été utilisées pour assassiner des populations civiles au Yemen. Cette enquête va à l’encontre de la ligne du gouvernement qui à toujours affirmé que les armes françaises vendues étaient utilisées à d’autres fins. Le document qui a fuité avait pourtant été transmis à Emmanuel Macron et Florence Parly, la ministre des armées, mais aussi à Edouard Philipe et Jean-Yves le Drian, ministre des affaires étrangères, preuve de leur indifférence face aux massacres des populations civiles.

C’est donc dans le cadre d’une enquête initiée le 13 décembre 2018, après une plainte du ministère des armées selon le journal Le Monde, que trois journalistes ont été convoqués. Ils encourent jusqu’à cinq ans de prison. Cette convocation témoigne clairement d’ « une volonté d’identifier les sources des journalistes qui sont en principe protégés par la loi », ainsi que de « dissuader d’autres journalistes d’enquêter sur ce type de sujets », selon Vincent Lannier premier secrétaire national du Syndicat national des journalistes.

Les récentes lois sur le secret des affaire et les fake-news, la répression policière, les confiscations et suppressions d’images faisant état des violences policières témoignent d’un tournant liberticide et menaçant les droits de la presse et notre droit démocratique d’informer. Le gouvernement fait en effet preuve d’acharnement, de répression et de tentative d’intimidations envers les personnes qui mettent à nu les violences étatiques, ici le fait de prioriser le profit coûte que coûte, quitte à consentir aux tueries humaines. Tous ces signes reflètent l’autoritarisme croissant de l’Etat en cette période.




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