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Notre classe

Coup de gueule d'un ouvrier militant dans l'aéro

36 millions pour le patron d’Airbus. « Il faudrait 1500 ans à un ouvrier pour avoir ça ! »

On apprend que Tom Enders, patron d’Airbus va toucher la « coquette » somme de 36 millions pour son départ à la retraite. Le coup de gueule d’un militant et ouvrier de la sous-traitance aéronautique.

mercredi 3 avril

36 millions ! C’est le parachute sacrément doré que touchera Tom Enders, le patron d’Airbus, qui part en retraite. Franchement, en voyant la somme, au début on a du mal à réaliser. Même moi, qui suis militant depuis quelques années déjà, je banalise. On s’habitue presque, et de toutes façons, on parle de sommes dont on a pas la notion. 

Mais quand même, 36 millions ! Et puis, c’est mon patron indirect (je travaille dans une usine sous-traitante), donc je devais m’y intéresser. 

Alors, j’ai fait un petit calcul. Imaginons un ouvrier qui gagne 2000€ brut par mois. Imaginons que cet ouvrier ne dépense rien. Et bien 36 millions, il faudrait 1500 ans à un ouvrier pour avoir ça ! 

Autre calcul. Imaginons que dans sa grande bonté, ce patron refuse ce parachute, et le partage entre les environs 16.000 salariés d’Airbus. Rien de très révolutionnaire que d’imaginer ça, il arrive régulièrement que des grands riches lâchent plusieurs millions pour s’acheter une image et/ou une "conscience", ce qui montre d’ailleurs qu’ils en ont encore sous le pied. 

Chaque salarié toucherait un "mini parachute" d’un peu plus de 2200€. 

On pourrait continuer à faire des calculs pour essayer de réaliser ce que veut dire 36 millions. On s’y amuse d’ailleurs à l’usine parfois, par exemple au moment où est sorti le salaire de Steve Jobs. On s’amuse à imaginer combien il gagne en une minute, en une seconde. Mais ça nous amuse 5 minutes... (le temps pour Steve Jobs de gagner 750.000€). 

Et nous, qu’est-ce qu’on fait face à ça ?

Quand on est militant, et qu’on voit des patrons se gaver par millions sous les yeux de tout le monde, on a parfois du mal à croire qu’il n’y ait pas plus de révolte. Moi-même à l’usine, quand un collègue commence à trouver trop d’excuses au patron, dans ma tête je me dis « mais attends, le mec gagne sur notre dos des sommes que t’arrives même pas à imaginer, et tu m’expliques que ’il faut se mettre à sa place’ ? »

Mais pourtant, je dois avouer que j’ai toujours été mal à l’aise avec les cris sans contenu du style "Réveillez-vous !". 

Parfois, quand je vois des post facebook qui invitent les "moutons" à se "réveiller", sans contenu ni rien, ça m’énerve. C’est comme un aveu d’impuissance, un cri désespéré dans le désert. 

J’ai souvent envie de leur répondre : « C’est toi réveille-toi ! » S’il n’y a pas de révolte instantanée et massive face à ce qui est pourtant sous notre nez, c’est bien la preuve que notre classe n’est pas dominée qu’économiquement, mais aussi politiquement et idéologiquement. Plutôt que de se placer en extérieur plus ou moins aigri, on doit comprendre pourquoi certains collègues peuvent rester passifs, peuvent avoir peur, et même essayer de trouver des excuses ou des raisons pour ne rien faire. Si tu es convaincu, place-toi en première ligne, prends le temps de discuter avec les collègues, de briser les obstacles, les peurs, de créer des liens. 

Aujourd’hui, ça n’est pas d’appels à la révolte dont on a besoin, il y en a déjà plein partout. Aujourd’hui, on a besoin de militants pour transformer nos révoltes en victoire !




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