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Précarité étudiante

37€/mois en plus avec la réforme des bourses : Macron n’achètera pas la colère de la jeunesse !

Effrayé par une explosion de la colère de la jeunesse dans le mouvement actuel, le gouvernement a annoncé, dans l’urgence, les modalités d'une réforme des bourses étudiantes. L’objectif : monnayer la colère étudiante contre 37 euros de plus par mois pour les étudiants boursiers.

Erell Bleuen

31 mars 2023

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37€/mois en plus avec la réforme des bourses : Macron n'achètera pas la colère de la jeunesse !

Photo : O Phil des Contrastes

Profondément effrayé d’une explosion de la colère de la jeunesse dans le mouvement actuel, le gouvernement multiplie les annonces à son égard depuis le début de la semaine : L’Opinion nous apprenait mercredi que Macron aurait renoncé à la généralisation du SNU, et quelques heures plus tard, la ministre de l’Enseignement Supérieur, Sylvie Retailleau, annonçait lors d’une conférence de presse convoquée dans l’urgence, les modalités de la réforme des bourses étudiantes.

La réforme des bourses, un écran de fumée face à la précarité étudiante

Attendue depuis le mois de janvier et sans cesse repoussée depuis, la réforme des bourses sur critères sociaux a été annoncée, ce mercredi 29 mars, dans la précipitation. L’effet recherché est clair : tenter de mettre un coup d’arrêt à la mobilisation grandissante dans la jeunesse, qui est descendue massivement dans la rue depuis l’annonce du 49.3.

Pourtant, la réforme annoncée n’a pas de quoi faire baisser la colère les étudiants. En effet, celle-ci comporte une révision du barème d’allocation de 6 %, censée permettre à 140 000 étudiants d’accéder à un échelon supérieur, ainsi qu’une hausse du barème d’éligibilité de 6 % qui permettrait à 35 000 étudiants supplémentaires de bénéficier des bourses. Or, un document ministériel que s’était procuré Le Monde estimait « à 8 % le nombre de boursiers en 2020-2021 qui ne seront plus éligibles aux bourses pour l’année universitaire 2024-2025, soit une nouvelle baisse de 60 000 bénéficiaires ». En réalité, la réforme ne couvrira donc qu’à peine la moitié du nombre d’étudiants qui ont été éjectés du système de bourses.

Les mesures énoncées se couplent à la revalorisation du montant de l’ensemble des bourses à 37 euros. Un montant qui apparaît pour le moins dérisoire face à l’extrême précarité qui touche les étudiants, que quelques dizaines d’euros seulement ne viendront pas combler. Au regard de l’enquête menée en novembre dernier par les organisations étudiantes de l’université Bordeaux Montaigne, qui atteste que 63% des étudiants de l’université vivent avec moins de 399 euros par mois, et environ 91% avec un budget inférieur au seuil de pauvreté, les 37 euros promis apparaissent comme un cache-misère plutôt qu’une véritable mesure face à la précarité étudiante.

Mais le tour de passe-passe du gouvernement ne s’arrête pas là. La ministre de l’Enseignement Supérieur a également annoncé le gel des prestations du CROUS et la pérennisation des repas à 1 euro pour tous les étudiants boursiers et les étudiants non-boursiers qui en ont fait la demande. Une tentative de rattraper le camouflet provoqué par le refus des députés de sa majorité à l’Assemblée de généraliser le repas à 1 euro, qui est apparu comme un symbole du mépris de la macronie pour les milliers de jeunes qui continuent à faire la queue dans les files alimentaires.

Dans son ensemble, l’opération apparaît bien loin de véritables mesures pour résoudre le problème de la précarité étudiante, et plutôt comme un nouvel écran de fumée pour tenter de canaliser la colère étudiante qui s’est exprimée ces dernières semaines dans la rue.

Macron veut acheter la mobilisation étudiante : construisons la avec deux fois plus de force !

Entre le SNU et la réforme des bourses, la macronie tente de moyenner la mobilisation étudiante et lycéenne pour empêcher qu’elle explose. Car Macron est bien conscient qu’il cristallise toute la contestation : ces dernières années, le gouvernement n’a cessé d’attaquer les étudiants et les lycéens. Entre la réforme des APL, Parcoursup, le SNU, … Macron a multiplié les réformes austéritaires et répressives à l’encontre de la jeunesse, tout en laissant les files d’étudiants s’allonger devant les banques alimentaires pendant qu’il donnait des milliards aux grands patrons qui polluent la planète.

Et maintenant que les jeunes sont entrés dans la bataille suite à l’annonce du 49.3, le gouvernement tente du même coup de reconquérir une once de légitimité auprès d’un secteur qui n’a plus d’illusion dans son quinquennat. Après que l’exécutif ait imposé de force une loi anti-sociale que l’immense majorité de la population refuse, la mobilisation dans les universités et les lycées prend un caractère politique contre l’autoritarisme de la Vème République qui réprime toute forme de contestation de l’ordre établi - en témoigne la répression brutale qu’a subit la mobilisation contre les mégas-bassines le week-end dernier.

En ce sens, les miettes avec lesquelles le gouvernement veut acheter la jeunesse doivent renforcer la détermination à poursuivre la mobilisation. Si en quelques jours, le gouvernement a reculé sur le SNU et a promis une réforme des bourses, c’est bien le symptôme qu’il est faible et isolé, et qu’il est possible d’obtenir bien plus que le retrait de la réforme des retraites.

Plutôt que 37 euros par étudiant boursier, c’est le moment d’imposer un revenu étudiant à hauteur du SMIC financé par le patronat pour mettre fin à la précarité, la fin de Parcoursup et de toutes les lois sélectives pour garantir une université ouverte à toutes et à tous, accompagnée de la neutralisation des examens pour ce semestre ainsi d’une note minimum de 10 pour permettre à l’ensemble des étudiants de se mobiliser sans craindre la sélection. Des revendications notamment votées par l’Assemblée Générale de Paul Valéry à Montpellier, à même de convaincre que ce combat vaut la peine d’être mené, et qu’il est possible de gagner.

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