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Politique

Indépendance de la Kanaky !

3ème référendum en Kanaky : l’Etat français veut profiter de la crise sanitaire pour passer en force

Alors que les indépendantistes réclament le report du 3ème référendum à 2022 en lien avec le contexte sanitaire, l’État français veut maintenir coûte que coûte le scrutin en décembre 2021. Il espère ainsi affaiblir le « oui » dans une énième manœuvre qui témoigne du caractère anti-démocratique du processus issu des accords de Nouméa.

lundi 15 novembre

Crédits photos : Théo Rouby / AFP

L’État français maintient le scrutin en décembre malgré l’opposition des indépendantistes

Vendredi dernier, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie annonçait le maintien de la tenue du troisième référendum sur l’indépendance de la Kanaky le 12 décembre prochain. Une décision scandaleuse, qui prend place alors que les organisations indépendantistes demandent depuis plusieurs semaines un report du scrutin qui doit clore la série de trois référendums prévus par les accords de Nouméa.

En effet, la Kanaky connaît depuis septembre une situation sanitaire difficile, avec un taux d’incidence qui est allé jusqu’à plus de 1200 fin septembre. Si la situation s’améliore depuis octobre, un confinement est encore en cours avec un couvre-feu entre 23h et 5h du matin et le taux d’incidence s’établissait à 96 samedi dernier. En ce sens, les organisations indépendantistes dénoncent une situation qui n’a pas permis de tenir des débats à la hauteur avant le référendum, et une période de deuil qui n’est pas propice à la tenue du scrutin alors que 272 personnes sont mortes depuis septembre, les autochtones étant un des secteurs particulièrement touchés à cause de leurs conditions de vie plus vulnérables précaires que le reste de la population.

Le 28 octobre dernier, trois organisations indépendantistes l’UNI, le Parti Travailliste et l’UC-FLNKS signaient ainsi un communiqué informant qu’elles « [n’avaient] pas transmis de document de propagande à la Commission de contrôle du Haut-Commissariat de la Nouvelle-Calédonie », signifiant ainsi leur boycott du scrutin. Suite à l’annonce du maintien, le Palika, branche du FLNKS, dénonçait de son côté une décision « inique » qui « s’apparente à une véritable déclaration de guerre contre le peuple kanak » rapporte L’Humanité.

Une réaction face à laquelle les organisations kanaks ont reçu du soutien avec un un appel unitaire à reporter le référendum publié dimanche 14 novembre, mais également une demande de report du scrutin formulée à l’ONU par l’ambassadeur de la Papouasie-Nouvelle Guinée.

Des organisations syndicales comme la CGT ou Solidaires ont aussi dénoncé ce maintien tandis qu’un rassemblement s’est tenu à Paris samedi 13 novembre à l’appel du Mouvement des jeunes kanak en France (MJKF).

Malgré ces prises de position, le gouvernement semble maintenir sa volonté de tenir le scrutin. Le ministre d’Outre-mer, Sébastien Lecornu, a ainsi déclaré ce dimanche au micro de Cnews et Europe 1 : « la non-participation est un droit en démocratie », elle n’aura pas d’« impact juridique » et « le fait de ne pas participer n’emportera pas de doute sur la sincérité [du scrutin] (…), n’empêchera pas qu’il soit légitime au sens juridique du terme ». Un véritable pied de nez au droit à l’autodétermination des Kanaks.

De fait, le gouvernement français essaye de passer en force, profitant de la non-participation des indépendantistes pour maximiser ses chances de maintenir le territoire sous sa tutelle. De même, la coalition loyaliste, qui s’était d’abord opposée à la tenue d’un troisième référendum, défend désormais son maintien. Et pour cause, la situation paraît propice à affaiblir le « oui » alors qu’entre les deux premiers référendums, les indépendantistes ont gagné en influence comme le note L’Humanité : « Cette situation intervient alors que le vote ­indépendantiste a jusqu’ici progressé : de 43,3 % de « oui » en 2018 lors du premier référendum, à 46,7 % au deuxième, en 2020. En février 2021, pour la première fois depuis 1998, un membre du FLNKS, Louis Mapou, a accédé à la présidence du gouvernement collégial de l’archipel. »

Un révélateur du caractère antidémocratique du processus

Cette décision antidémocratique de l’Etat français doit être dénoncée largement. Dans le même temps, elle est révélatrice du caractère anti-démocratique du processus référendaire même. Déjà en 2018, Daniel Guerrier, ancien coprésident de l’association information et soutien des droits du peuple kanak (AISDPK), pointait le choix d’un corps électoral large qui met les kanaks en minorité sur leur propre territoire. « [Le corps électoral] est moins bloqué que ne le souhaitaient les Kanaks. Les populations qui ont afflué sur le territoire lors du boom du nickel dans les années 60 et 70 ont été incluses dans le corps électoral. Cela noie les Kanaks dans leur propre pays ».

De même, comme le rappelait Survie en 2020 : « Le mouvement indépendantiste et ses soutiens en France (dont Survie fait partie) ne sont pas dupes du caractère biaisé de ce processus politique, initié et piloté par l’Etat et dans lequel la marge de manœuvre du peuple colonisé est faible. L’Etat œuvre en permanence pour faire obstruction à la décolonisation, parfois très grossièrement et ouvertement, comme dans les négociations qui se tiennent régulièrement à Paris entre les signataires de l’Accord de Nouméa (…). Depuis 30 ans, l’objectif de l’Etat et des partis non-indépendantistes est de mettre en minorité les Kanaks sur la liste référendaire pour empêcher un résultat favorable à l’indépendance. (…) Personne n’est dupe, non plus, des suites et des conséquences de ce processus politique, quel que soit le résultat des référendums. Même en cas de victoire du « Oui » à l’indépendance, les intérêts français en Nouvelle-Calédonie sont tels que l’Etat cherchera par tous les moyens à empêcher une réelle décolonisation, à vider l’indépendance de son sens, comme il l’a fait dans les anciennes colonies en Afrique en remplaçant la colonisation par la « coopération ». »

Dans le même temps, face à sa volonté d’aller au clash, l’Etat français se prépare à une éventuelle répression violente. Fin octobre, Demain Nouvelle Calédonie annonçait ainsi l’arrivée sur le Caillou de « 2 000 renforts humains vont arriver. Ils sont constitués de 1 400 gendarmes dont 15 escadrons de mobiles, une composante d’intervention spécialisée (GIGN), 60 enquêteurs, environ 100 policiers et 250 militaires, en plus des forces de l’État déjà présentes sur le territoire (600 gendarmes, 500 policiers, 1 500 militaires). » ainsi que de « 160 véhicules, 30 engins blindés de type VBRG, deux hélicoptères Puma, un avion Casa, le Bougainville pour remplacer le D’Entrecasteaux, des équipements d’information et de communication, 110 bases radio numérique, du matériel de protection individuelle. »

Une volonté de répression violente qui est un autre révélateur de la réalité de la politique de l’Etat français en Kanaky. Face à ces manœuvres du gouvernement c’est par la mobilisation des travailleurs, des classes populaires et de la jeunesse kanak qu’il sera possible d’arracher l’indépendance, par l’auto-organisation. Soutien à l’indépendance de la Kanaky – Nouvelle Calédonie !




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