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Politique

DECEMBRE NOIR

5 décembre. Du « mur » au « cyclone », la tension monte d’un cran pour le gouvernement

Il y a quelques jours, Emmanuel Macron allégeait son agenda international pour se préparer à faire face au « mur » du 5 décembre... Aujourd'hui, à quelques jours de l'ouverture du conflit, pour le gouvernement, c'est à un « cyclone » qu'il va falloir tenter de survivre !

lundi 2 décembre

Crédits photos : POOL NEW / REUTERS

A quelques jours du « cyclone » du 5 décembre, un vent de panique souffle sur les classes dominantes

Plus on s’approche de la date du 5 décembre - annoncée il y a maintenant 3 mois par la RATP suite à la grève du 13 septembre qui avait paralysé l’ensemble de la capitale tout un vendredi - plus on sent monter la tension partout dans le pays. Que ce soit du côté des secteurs qui prévoient de se mobiliser et préparent la grève depuis déjà des mois avec une détermination qui ne cesse de croître, ou du côté du gouvernement, il n’y a plus de doutes permis : le 5 décembre verra une mobilisation d’ampleur, et promet d’être une date décisive au milieu du quinquennat Macron. Ainsi, à la combativité grimpante des travailleurs, répond une fébrilité elle aussi de plus en plus forte et difficile à masquer chez les classes dominantes.

Alors qu’il y a encore une semaine, le gouvernement annonçait un allègement de l’agenda international du président en vue du « mur » que promettait d’être le 5 décembre, c’est maintenant à un « cyclone » qu’avoue se préparer le gouvernement. C’est ce dont témoigne les propos rapportés ce lundi dans Le Monde : « C’est comme aux États-Unis quand il y a un cyclone. L’événement est annoncé dix jours à l’avance et tout le monde se prépare en mettant des plaques en bois sur les portes », souligne un poids lourd de la majorité. Et le même d’ajouter : « La mobilisation va être forte. Le vrai sujet c’est, est-ce qu’il y aura de la violence ? » « Les mouvements sociaux deviennent plus imprévisibles et plus violents, estime un ministre. Quand vous voyez qu’une manifestation étudiante a forcé la grille du ministère de l’enseignement supérieur [le 12 novembre], il y a une vraie radicalisation. » »

Une inquiétude que l’on sent donc monter, à l’approche d’un « cyclone » social, face auquel le gouvernement comprend qu’il sera difficile de faire face, et qui semble réveiller le traumatisme qu’ont été les journées de décembre dernier. Pics les plus aigus de la crise des Gilets jaunes, les premiers actes avaient fait flotter dans l’air le spectre de la révolution entre deux scènes insurrectionnelles, des barricades en feu, tags de l’arc de triomphe, aux attaques de lieux de pouvoirs tels que le cabinet de Benjamin Griveaux.

Après avoir échoué à faire passer la grève pour une mobilisation « corporatiste » de « privilégiés », la crainte d’un « tous ensemble » pour le gouvernement

Et si le gouvernement se montre de plus en plus fébrile, on ne peut que reconnaître qu’il a de grandes raisons de s’inquiéter. En effet, dans le climat social tendu en France depuis des mois, qui a donné à voir les rues de toutes les grandes villes animées par de nombreuses luttes, des jeunes pour le climat depuis des mois déjà, à l’historique marche du 23 novembre contre les violences faites aux femmes, en passant par les manifestations et rassemblements des enseignants suite aux lois de Blanquer et au suicide de Christine Renon, la grande marche contre l’islamophobie et l’offensive, ou encore la manifestation nationale des hospitaliers (eux aussi très mobilisés depuis des mois) il y a à peine quelques semaines, la perspective de plus en plus sérieuse de voir se réunir toutes ces luttes dans la rue à partir du 5 décembre a de quoi faire trembler le gouvernement ! Un gouvernement qui plus est en déficit de soutien et de légitimité, après deux ans de contre-réformes néolibérales et de scandales qui n’ont cessé d’entamer sa légitimité et de réduire sa base sociale, et ne parvenant à réunir massivement aujourd’hui que contre lui.

Pour parer et empêcher cette convergence des colères dans la rue et dans l’action qui pourrait lui être fatale, l’exécutif avait misé sur la stratégie de communication, bien connue et recyclée des différents gouvernements s’attaquant au système des retraites, de faire passer les principaux secteurs à l’initiative de la grève - en l’occurrence la SNCF et la RATP - pour des privilégiés se battant pour leurs avantages face à ce qui serait une réforme pour l’égalité. Or, apparaît clairement à quelques jours du sifflet de départ, que cette communication, pourtant menée avec un certain acharnement, n’a pas trouvé l’écho attendu.

En effet, le ralliement massif des salariés du privé à la date du 5 décembre, comme les résultats des derniers sondages, qui déclarent plus de 60% des Français en soutien à la grève, révèlent l’échec de cette tactique de division qui visait à exclure les secteurs d’avant-garde du mouvement ouvrier dans une lutte prétendue « corporatiste ». Bien loin des discours du gouvernement, les Français, et l’ensemble des salariés, du public comme du privé, et y compris des secteurs les plus précaires de la société, ainsi que les Gilets jaunes, ont bien compris qu’ils avaient tous à perdre avec cette réforme à l’image de toutes les contre-réformes néolibérales passées en force par les derniers gouvernements, et en particulier depuis le début du quinquennat Macron.

Face à une société radicalisée et à la « giletjaunisation » du mouvement ouvrier

Et dans le contexte de la promesse de la réelle possibilité d’un « tous ensemble » contre la réforme des retraites, le gouvernement apparaît inquiet par ce qui s’annonce d’ores et déjà comme une grande difficulté pour contenir le mouvement qui s’exprimera à partir du 5 décembre. De la même façon que la grève a été imposée par la radicalité, la rage, et l’envie de se battre exprimée à la base des salariés et des syndiqués, il est plus nécessaire que jamais que la base impose son calendrier aux directions syndicales et développe sa stratégie pour gagner et surtout généraliser la grève.

Les mouvements de grève qu’a en particulier connu la SNCF ces dernières semaines donnent en ce sens le ton. Du dépôt de retrait massif aux grèves surprises dans les technicentre comme à Chatillon ou au Landy, c’est une spontanéité nouvelle qui s’exprime dans le mouvement ouvrier comme contaminé par le mouvement des Gilets jaunes. C’est ainsi sur ces derniers phénomènes de grève, radicaux qu’il s’agit de généraliser pour imposer le débordement.

Pour autant contre toute vision faciliste, il va bien falloir construire cette grève pour la généraliser notamment en direction du secteur privé mais aussi se préparer à tous les mauvais coups du gouvernement. Dans ce sens, c’est y compris sur le terrain de la répression qu’il se prépare à répondre, avec notamment des commandes massives de LBD. En ce sens, les piquets de grève seront déterminants.

Le gouvernement tremble : faisons le tomber ! Tous ensemble en grève et dans la rue à partir du 5 décembre et jusqu’au retrait !

Dans un tel climat de tension, et après des mois d’annonce et de préparation, cette grève du 5 décembre promet ainsi d’être bien plus qu’une simple journée de grève, mais bien plutôt une lutte d’ampleur. Pour cela, il va falloir généraliser la grève reconductible à tous les secteurs, et généraliser la lutte contre l’ensemble d’un système néolibéral porté par la politique de Macron.

C’est en ce sens que l’ensemble des secteurs exploités et opprimés de la société ont annoncé leur convergence sur cette date, à l’image des femmes contre l’ensemble des violences sexuelles et sociales, des organisations de lutte anti-racistes, ou encore de la jeunesse, dont la lutte contre la précarité s’éveille depuis l’immolation d’un étudiant lyonnais dénonçant ses conditions de vie et accusant les derniers gouvernements de l’avoir tué.

A l’image du retour de la lutte des classes à l’échelle internationale, et des mouvements en Algérie, au Chili, en Irak ou au Liban, soyons tous dans la rue, construisons la grève générale politique, à partir du 5 décembre, contre Macron et son monde !




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