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Politique

Education nationale

5 décembre : Jean-Michel Blanquer joue ses dernières cartes pour dissuader les enseignants

A la veille du 5 décembre, la mobilisation dans l’Education Nationale s’annonce large et massive. Après la lettre envoyée hier sur l’adresse mail académique des 850 000 enseignant.e.s, Jean-Michel Blanquer tente à nouveau de désamorcer le mouvement. Il affirme que la réforme des retraites n’aura aucun impact sur les pensions des enseignant.e.s et accuse les syndicats de diffuser de fausses informations.

mercredi 4 décembre

Crédit photo : Ludovic Marin, AFP

« Je ne pense pas qu’on aura dans l’éducation une longue grève »

C’est ce qu’affirmait aujourd’hui Jean-Michel Blanquer, interviewé en direct sur CNEWS. Pourtant, à la veille du 5 décembre, la situation est explosive. Les réformes annoncées par le gouvernement, ainsi que le ministère Blanquer, sont largement remises en cause par les enseignant.e.s., ce qui a conduit les syndicats majoritaires de l’Education Nationale à appeler à la grève reconductible. Ainsi, dans le primaire, les enseignant.e.s, qui ont déjà largement exprimé leur ras-le-bol lors des rassemblements à la suite du suicide de Christine Renon, directrice d’école, sont près de 70% à s’être déclarés grévistes pour la journée du 5 décembre ; tandis que dans le secondaire, plus de 60% des personnels seront en grève le 5 décembre, alors même que le secteur s’est déjà largement mobilisé en juin contre la réforme du lycée et du baccalauréat (chiffres de la FSU, syndicat majoritaire dans l’Education Nationale).

Ne reculant devant rien pour minimiser l’ampleur du mouvement de contestation qui s’annonce, le ministre tente coûte que coûte de maintenir l’illusion du contrôle. Il déclare, sur la même chaîne, que toutes les écoles seront « ouvertes » demain, c’est-à-dire que tous les élèves pourront être accueillis. Ce discours rassurant, qui tente de faire échouer une situation de blocage que craint le gouvernement, vise aussi à rassurer les parents d’élèves que le ministre tente de rallier à sa cause, les désolidarisant des enseignant.e.s. Ainsi, la veille de la grève, le ministre prétend prendre en compte le bien-être des élèves, alors même que les réformes en cours, que ce soit celles des retraites ou de l’éducation, dégradent toujours plus les conditions d’apprentissage et de vie des élèves et mettent en danger l’avenir d’une jeunesse déjà victime des politiques du gouvernement !

Dissuader les enseignant.e.s, diviser les grévistes

Mais la manœuvre ne s’arrête pas là. Après la lettre d’hier, dans laquelle Jean-Michel Blanquer tentait de dissuader les enseignant.e.s grévistes en promettant une « revalorisation salariale » afin de compenser les pertes de pension liées à la réforme Delevoye, le ministre réaffirme aujourd’hui que le gouvernement travaille à l’amélioration des revenus des enseignant.e.s. Pourtant, le président Emmanuel Macron lui-même déclarait au mois d’octobre que la revalorisation des retraites ne passerait pas par une augmentation des revenus, mais par celle du temps de travail... Face à l’ampleur de la bataille qui s’annonce, le ministre semble ne plus en être à une contradiction près.

Cette tentative désespérée de désamorcer le mouvement va encore plus loin cet après-midi : le ministre de l’Education a accusé en direct les syndicats enseignants de propager de fausses informations. Après avoir déclaré que les enseignant.e.s « sont en grève par ce qu’ils ne comprennent pas tout » le 2 décembre sur RTL, voilà les enseignant.e.s désormais victimes de désinformation ! Le ministre évoque en effet des « simulations fausses », élaborées sur des « bases inexactes » qui induiraient les enseignant.e.s en erreur en leur dévoilant le montant total des pertes induites par la réforme. Le ministre vise, sans le nommer, le simulateur créé par le SNES [https://www.etmaretraite.fr/], qui permet de calculer le montant de sa retraite avant/après la réforme. Or, ces outils, construits à partir des éléments connus de la réforme, ont le défaut de dévoiler la réalité : la transformation du mode de calcul de la retraite pour les enseignants, qui prendra en compte toute la carrière, et non plus les 6 derniers mois, implique des pertes de pension pouvant atteindre plusieurs centaines d’euros.

« Blanquer et Macron doivent tomber »

Ainsi, le gouvernement, par le biais de son ministre de l’Education, tente de dissuader les grévistes d’un secteur qui s’annonce particulièrement mobilisé dans la lutte qui commence le 5 décembre. A quelques heures d’un mouvement social qu’il craint de ne pouvoir maîtriser, il joue une fois de plus la carte de la division, en promettant aux enseignantes et enseignants, contre toute évidence, qu’ils ne seront pas impactés par la réforme actuelle du système des retraites. Le gouvernement tente ainsi de désolidariser l’Education Nationale des autres secteurs en lutte, car il sait que n’est qu’en construisant un mouvement social massif que nous pourrons l’emporter contre un ensemble de réformes qui menacent notre avenir.

Non seulement la réforme des retraites menace de nous entraîner vers toujours plus de précarité, mais c’est aussi l’ensemble des réformes du gouvernement qui dégradent nos conditions de travail et de vie. Contre les réforme Delevoye, mais aussi contre les réformes Blanquer et toutes celles qui nous menacent, nous, enseignant.e.s, constituons une force réelle qu’il va nous falloir associer aux autres secteurs en lutte pour faire céder le gouvernement !




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