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Politique

MACRON EST FRAGILISE, IL FAUT LE DEBOULONNER !

5 décembre : Pour vaincre Macron et son monde, construire la Grève générale !

Depuis l’irruption du mouvement des gilets jaunes, la multiplication des grèves « sauvages » dans les transports, les mobilisations dans la santé et l’éducation, le premier sursaut de la jeunesse, une chose est sûre : le bras de fer est définitivement engagé autour d’un combat dur qui s’annonce le 5 décembre. Mais si le gouvernement donne des signes de fébrilité, pour vaincre et faire basculer le rapport de force, il nous faudra généraliser la grève reconductible à l’ensemble du monde du travail avec comme objectif la grève générale.

mardi 19 novembre

Crédits photos : © Photo Christophe Simon/AFP

Une situation mûre pour un affrontement victorieux

« En bas, nous ne voulons plus, en haut, ils peuvent de moins en moins ».

Depuis le coup d’envoi lancé en novembre 2018, Gilets jaunes, cheminots, hospitaliers, défenseurs du climat, RATP, et bien d’autres secteurs mènent des grèves dures, des manifestations de rue, souvent radicales, des occupations de forme inédite, des blocages…Une radicalité insufflée par les gilets jaunes et qui commence à faire école dans les rangs du mouvement ouvrier organisé. Départs en grève spontanés, voire « sauvages », refus de négociation marquent une créativité qui n’a d’égale que la colère montante des travailleurs et de toutes les couches exploitées qui cherchent un débouché vers la victoire.

Depuis plusieurs jours, sous la pression de cette fermentation tous azimuts, les directions syndicales, hormis la CFDT et l’UNSA, ont appelé à une journée de grève nationale interprofessionnelle le 5 décembre sans pour autant, à l’échelle des confédérations, appeler ouvertement à la reconduction du mouvement. Les principales organisations syndicales de la SNCF, dont la CGT cheminots, appellent à la grève reconductible à partir du 5 décembre, rejoignant ainsi l’appel à la « grève illimitée » initiée par les travailleurs de la RATP. Les hospitaliers et les pompiers sont toujours déterminés et mobilisés. Durant la semaine dernière, galvanisés par la détresse manifeste d’un de leurs camarades, les étudiants, peu présents dans le mouvement social en 2019, se sont portés sur le devant des luttes, même si pour l’heure, le mouvement doit se massifier. Comme première expression de cette jonction de secteurs du mouvement étudiants, certains ont appelé à la grève du 5 décembre.

Lors de leur jour anniversaire, les gilets jaunes, dont le pouvoir aurait préféré signer l’acte de décès pour ce 53ème samedi de manifestation, ont montré qu’ils étaient toujours présents et déterminés. Tandis que, d’après les sondages, 2/3 de la population les soutiennent, et que les militants ouvriers ont poussé leurs organisations à appuyer leurs revendications, la participation des GJ à la mobilisation du 5 lui donnera une dimension supplémentaire, non seulement numérique mais surtout politique.

De son côté, le gouvernement Macron se fissure et Jupiter fait désormais piètre figure. Le temps n’est plus où il pouvait faire avancer le bulldozer de ses réformes sans rien regarder ni entendre autour de lui. Bien sûr, il n’est pas encore défait, mais il esquisse quelques pas en arrière pour retrouver son équilibre. Il est désormais fragilisé, avec une base sociale considérée comme « minoritaire »,et fortement détesté par la population. Qui plus est, les dissensions au sein même du gouvernement se multiplient, comme en témoignent les déclarations de Delevoye au sujet de la « clause grand père ». C’est le moment de lui porter un coup décisif.

Généraliser la reconductible pour construire la grève générale

Aujourd’hui, si tous les regards sont fixés sur le 5 décembre, aussi bien du côté du gouvernement et de l’Etat que du côté des travailleurs et de la jeunesse, c’est que, loin de constituer d’avance l’une de ces sempiternelles « journées d’action » sans lendemain dont les dirigeants syndicaux sont friands, cette date devient potentiellement tout autre chose : à la fois un débouché pour un désir de convergence grandissant et de plus en plus nourri et un tremplin pour une lutte qui pourrait bien déborder les directions syndicales.

L’issue de cette grève reconductible, a minima au sein de la SNCF et de la RATP, peut déboucher sur un conflit de grande ampleur. Elle sera déterminée par la capacité du monde du travail et de la jeunesse à généraliser la grève à l’ensemble du travail tout en cherchant à se donner les moyens de décider de la meilleure stratégie à adopter pour gagner et défaire les mauvais coups du gouvernement.

En ce sens, les cadres d’auto-organisation, comme des AG interprofessionnelles regroupant des travailleurs syndiqués ou non syndiqués, des Gilets jaunes, les habitants des quartiers populaires, les étudiants, joueront un rôle déterminant pour agir comme moteur d’extension de la grève, afin d’entraîner d’autres secteurs dans la bagarre ou soutenir les grévistes déjà en mouvement. Dans ces cadres, il s’agira de développer un programme sur la question des retraites, mais aussi contre l’ensemble des lois ayant attaqué, au fur et à mesure, le code du travail mais aussi la jeunesse, un programme visant à s’adresser à l’ensemble du monde du travail et de la jeunesse.

C’est la seule solution pour généraliser la mobilisation à d’autres secteurs ainsi que pour éviter le risque d’une « grève par procuration » confiant aux grands secteurs dits « publics » comme la RATP, la SNCF, ou les Hôpitaux le soin de se mobiliser à leur place. En effet, si cette « grève par procuration » avait fait reculer Juppé en 1995, cela n’a pas empêché les classes dominantes de revenir à la charge par la suite. En ce sens, cet appel à la mobilisation générale se doit d’être entendu par chacun et chacune : car le train des réformes de Macron n’a laissé et ne laissera personne à l’abri si on ne lui porte pas un coup d’arrêt.

C’est seulement au travers la généralisation de la grève pour construire la grève générale que l’on pourra vaincre Macron, sa réforme des retraites et son monde.

Des mots d’ordre et des revendications de plus en plus transverses et politiques

Tout le monde se souvient du point de départ du mouvement des gilets jaunes, jugé dérisoire par certains : l’opposition aux taxes sur les carburants. Depuis, les mois ont passé et leur mot d’ordre principal est devenu, « Macron dégage » ; une revendication éminemment politique.

Simultanément le champ des revendications s’est étendu, au-delà et souvent en convergence avec les gilets jaunes, contre la réforme ferroviaire, avec la lutte des cheminots en juillet dernier, puis contre les risques climatiques avec les manifestations d’XR, contre la destruction du service public de santé lors de la dernière grève massive du 14 novembre des personnels hospitaliers, pour la sécurité des personnels et des usagers et en défense du service public à la SNCF, contre la réforme des retraites, notamment à la RATP.

Même quand les revendications prennent des aspects économiques de défense des salaires, des revenus ou du pouvoir d’achat, elles contiennent toujours l’idée explicite ou implicite que ce n’est pas ce gouvernement, ni même un autre gouvernement au service du capitalisme, qui pourra les satisfaire. En ce sens, lutte syndicale et lutte politique se mêlent de plus en plus étroitement et se nourrissent mutuellement.
Le mot d’ordre « contre la réforme des retraites » qui préside à l’appel à la grève reconductible du 5 décembre prend donc une signification qui va bien au-delà du montant des pensions ou de la durée d’indemnisation. A la pseudo « unification » des régimes de retraite grâce à laquelle Macron compte monter certaines fractions de la classe ouvrière contre d’autres, les travailleurs conscients de la manœuvre voudront répondre par l’unité de la classe. Nul doute que fleuriront dans la rue bien d’autres mots d’ordre que la réforme des retraites, et que les « Macron dégage » seront largement repris.

Ainsi, une grève générale prendrait, au-delà du blocage économique qu’elle pourrait occasionner, une dimension éminemment politique face à un Macron largement délégitimé.

Le danger vient de tous les côtés, Macron cherche à s’annexer l’opinion

Macron l’a compris, le danger vient de tous les côtés, et la convergence serait explosive. C’est pourquoi il a, depuis quelques mois, changé de tactique avec des opérations successives de déminage. Après le fiasco du pseudo « grand débat » il a engagé, pour ce qu’il appelle l’acte II, des opérations de négociation en tentant de s’appuyer sur les « partenaires sociaux », en cherchant à monter certaines fractions de la population contre d’autres, en opposant jeunes et plus anciens, « privilégiés » et intérêt général et en tentant de négocier au cas par cas, comme il tente de le faire en toute hâte avec le secteur de la santé. Le cafouillage au sommet de l’Etat sur la question des retraites, les pressions de la base sur les « partenaires sociaux » ont fait que ces opérations ont peu de chance d’aboutir avant le 5 décembre. Le rempart est jusqu’ici inefficace.

Conscient de cette faiblesse, Macron utilise les récentes manifestations des gilets jaunes pour agiter le sempiternel épouvantail de la violence, sa dernière cartouche. Les médias se précipitent à la rescousse et nous bassinent à longueur de journée sur les « casseurs », l’ordre à maintenir, les centres commerciaux menacés et les intérêts des petits commerçants mis à mal. Un discours qui n’a pas empêché les 2/3 de l’opinion de rester favorable aux gilets jaunes mais plus significatif encore, un récent sondage souligne que la grève du 5 décembre est soutenue par 74 % des ouvriers et 70 % des agents de la Fonction publique. Cette opinion, malgré le travail honteux de la presse aux ordres, n’est pas dupe et voit bien de quel côté sont la violence et l’impunité, quand les gilets jaunes victimes des violences policières font de la prison ferme et que l’épouse Balkany condamnée à de la prison, court les rues pour faire campagne et cagnotter pour le compte du triste sire dont elle porte le nom.

Macron a du souci à se faire, mais rien n’est gagné. Le compte à rebours est mis pour que chacun et chacune, là où il travaille, là où il vit, militant ou non, se prépare à répondre présent le 5 décembre et convainque autour de lui toutes celles et ceux qui veulent que la peur et la domination changent de camp. Pour changer radicalement le rapport de force, c’est bien une grève générale qu’il s’agit de construire.




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