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55 licenciements chez l’équipementier ferroviaire Compin : « On ne se laissera pas faire ! »

Chez Compin, un équipementier ferroviaire situé dans l’Eure, la direction vient d’annoncer, à la grande surprise des salariés, un PSE pour licencier 55 personnes, pour délocaliser la production en Pologne et Turquie.

mardi 6 septembre

Depuis 1902, les établissements Compin fabriquaient, dans l’Eure, des sièges pour les voitures de chemin de fer. L’entreprise, qui est maintenant spécialisée dans les sièges de bus et les équipements intérieurs des trains (sièges, tablettes), est inconnue du grand public, même si chaque passager du TGV s’est un jour assis dans leurs sièges. C’est donc une petite page d’histoire qui va peut-être se refermer, alors que la direction a annoncé le 1er septembre un « plan de sauvegarde de l’emploi » (PSE), dont le but n’est ni plus ni moins que de supprimer la moitié des emplois. Sur les 113 salariés, 55 devraient être licenciés, alors que 7 départs n’ont pas été remplacés. Une saignée sociale qui a surpris tout le monde, des salariés à la région.

Nous avons pu interroger un syndiqué à la CGT, qui a préféré garder l’anonymat. Celui-ci regrette la mise au ban du site par la direction : «  il y a dix ans, tout était fait localement, et on arrivait à avoir des augmentations, des primes d’intéressement et de bénéfices, et maintenant on nous dit que même payés au SMIC, sans prime d’intéressement ni rien on coûte trop cher  ». Pour ce dernier, c’est le sous-investissement, couplé à une politique de délocalisation à l’étranger, qui est la cause du PSE : « on a perdu quelques marchés ces dernières années, mais surtout ils n’ont jamais investi localement pour pouvoir répondre aux demandes du marché. Ils ont construit deux usines récemment, une en Pologne et une en Turquie. Maintenant, ils justifient le PSE en expliquant que la plus grosse concurrence c’est l’inter-site Compin-Fainsa », explique, amer, le salarié. Derrière les formules de la direction, c’est l’idée d’une délocalisation qui se confirme, notamment vers les sites espagnols, pour les sièges de bus, ou le nouveau site polonais.

Selon la CGT, tout a été fait par l’entreprise pour cacher ce PSE, visiblement en préparation depuis quelques temps. En effet, le syndicat dénonce les manquements aux obligations sociales de l’entreprise, notamment sur les informations sociales, économiques, financières et stratégiques que l’entreprise est censée présenter au CSE chaque année. « On ne pouvait pas avoir les indicateurs, parce que l’entreprise, durant les trois derniers exercices ne nous a pas informé sur les trois blocs récurrents de la loi Rebsamen [regroupant toutes les informations que l’entreprise doit fournir au CSE, ndlr]  ». De la même manière, un ouvrier nous confie de pas « connaitre ce qu’ils donnent aux actionnaires », autant d’informations que n’importe quelle entreprise devrait donner publiquement, d’autant plus lorsque celle-ci veut licencier des salariés.

La revendication de l’ouverture des livres de comptes, c’est-à-dire rendre publique toutes les informations financières et économiques des entreprises, qui a longtemps été une revendication du mouvement ouvrier, prend une nouvelle fois son sens. Une revendication d’autant plus légitime qu’aujourd’hui, les principaux clients et donneurs d’ordre des Etablissements Compin sont Alstom, qui vend des trains à la SNCF. Autrement dit, l’immense majorité des recettes de l’entreprise provient des caisses publiques, dans l’achat et la rénovation des trains de la SNCF. De surcroît, même si elle reste minoritaire, la Banque Publique d’Investissement (BPI), fait partie des actionnaires et devait donc connaître l’existence de ce PSE et l’ont avalisé. « La BPI n’est rien d’autre que le bras armé de Bruno Le Maire  », rappelle d’ailleurs un salarié, dénonçant l’hypocrisie des responsables politiques de la région, comme Hervé Morin (Les Républicains), qui fait semblant d’être outré alors que son parti n’a cessé de mener des politiques semblables alors qu’ils étaient au pouvoir.

Les choses ne devraient cependant s’arrêter là, et les salariés ne comptent pas rester l’arme au pied. « On ne se laissera pas faire. On fera les actions nécessaires » prévient le syndicaliste. Face à une telle attaque, une grève est inévitable si les salariés veulent garder leur emploi et imposer à l’entreprise la fin d’un PSE qui n’a pour unique motivation de maximiser les profits sur le dos des travailleurs polonais ou turcs.



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